La traditionnelle Fête des Fleurs, instituée au bénéfice de la caisse
des Victimes du devoir, a eu lieu, comme de coutume, au bois de
Boulogne. Le vendredi 2 juin et le samedi 3, pendant deux après-midi,
des équipages enguirlandés défilèrent le long de l'allée des Acacias
devant une double haie de curieux intrépides bravant un soleil
implacable; car un temps superbe favorisa ces journées trop souvent
mouillées et ce fut là peut-être ce qu'elles offrirent de moins «déjà
vu». A noter pourtant les nouvelles conquêtes de l'automobilisme dans ce
domaine des élégances, où les attelages semblent désormais relégués au
second plan; il y avait tant d'automobiles si ingénieusement et si
luxueusement décorées qu'il fallut décerner plusieurs prix d'honneur;
l'un d'eux échut à Mlle Marconnier, de l'Opéra, pour sa voiture parée
fort à propos de roses rouges et jaunes (les couleurs espagnoles) et
surmontée d'un petit moulin à vent tout fleuri dont un moteur invisible
faisait tourner les ailes.
Le monde parisien, d'ailleurs, à son ordinaire, n'a attendu ni la Fête
des Fleurs, ni la date officielle du calendrier pour inaugurer la saison
d'été. Dès la dernière semaine de mai, ce n'étaient que réunions et
divertissements en plein air; le jour même de l'arrivée du roi
d'Espagne, le maître peintre Chartran et Mme Chartran donnaient, dans
leur villa de Neuilly, une garden party merveilleusement organisée, où,
sous les ombrages du jardin, devant un coquet théâtre de verdure, une
nombreuse et brillante assistance goûta un plaisir d'autant plus délicat
qu'elle coopérait à une oeuvre de bienfaisance.
Et le monde sportif, lui aussi, célèbre de mainte façon le retour de
l'été; ses exercices, ses jeux s'égayent d'amusantes fantaisies, tel, au
Polo de Bagatelle, le GYMKHANA, auquel prennent part les dames, et dont
une curieuse figure consiste à crever d'un coup de lance, en passant en
automobile, un inoffensif animal en baudruche.