Quand le Christ apparut aux enfants de la terre,
Qu’il venait affranchir en leur prêchant sa loi,
Il choisit, pour remplir un sacré ministère,
Des hommes qu’il marqua du signe de la foi.
Pour qu’ils fussent un jour l’écho de sa parole,
Il les rendit témoins de sa divinité;
Il leur fit écouter sa sage parabole
Qui leur parlait d’amour et de fraternité.
Quels étaient ces élus dont toute l’existence
Allait se consacrer au grand apostolat?
Étaient-ils nés puissants ou gorgés d’opulence?
Avaient-ils des grandeurs le vaniteux éclat?
Non, ils étaient du peuple, et leur plus noble marque
Était la pauvreté, compagne du Sauveur;
Leurs seuls trésors étaient leurs filets et leur barque,
Et leur seul titre était le titre de pêcheur.
Et, pourtant, quand leur maître eut, par une victoire,
Racheté les mortels avec le sang d’un Dieu,
Quand il eut envoyé, du séjour de sa gloire,
L’esprit consolateur dont les langues de feu
D’un baptême nouveau sanctifiaient leur âme,
On les vit tous, armés d’une éloquente voix,
Voix qui laissait tomber des paroles de flamme
Sur le monde où planait l’étendard de la croix;
On les vit, pleins d’amour, de force et de courage,
Proclamer en tous lieux l’œuvre du Rédempteur:
On les vit, abreuvés de mépris et d’outrage,
Convertir l’incrédule et le persécuteur;
Ardents à l’éclairer, ils disaient à la foule:
«Écoutez! à la terre un Dieu s’est révélé;
»Devant lui, de vos dieux il faut que l’autel croule.»
Ils parlaient, et soudain l’autel avait croulé!
Vous que l’intelligence en ces temps illumine,
Vous, poètes éclos dans le plus humble rang,
Si votre mission n’est point aussi divine,
Pourtant, elle est sacrée et son pouvoir est grand;
Car le poète, un jour, peut devenir prophète,
Comme il devient apôtre en recevant des cieux
L’esprit inspirateur, qui sait dans la tempête
Faire entendre un accent sublime et généreux.
Si, pour rendre en ce jour votre voix triomphante,
Dieu qui vous la donna voulut y joindre encor
Un des célestes chants que le génie enfante;
Si dans la main du pauvre il mit la harpe d’or;
S’il voulut enfermer dans un vase d’argile
Une âme qu’il éprouve et qu’il veut consoler;
S’il fit luire à vos yeux un nouvel évangile,
C’est qu’il vous choisissait pour nous le révéler.
C’est qu’il vous a choisis pour prêcher sa justice,
Que de tous les humains il voulait faire aimer;
Il a dit:... «Que par vous mon arrêt retentisse
»Dans le cœur du puissant qui veut vous opprimer.»
Il voulut vous choisir, au sein de la tourmente,
Pour être le pilote et sauver de l’écueil
Vos frères engloutis dans l’abîme où fermente
Le flot des passions agité par l’orgueil.
A vous qui partagez la fatigue et les larmes
Du peuple qui s’épuise en longs gémissements,
A vous il appartient de calmer ses alarmes
Par un chant qui console au milieu des tourments;
A vous il appartient de ranimer sa vie,
D’éclairer son chemin, de diriger ses pas...
Et de laisser tomber sur sa lente agonie
L’espoir qui soutient l’âme à l’heure du trépas.
De votre apostolat tel est le but sublime;
Mais, dans vos saints transports gardez-vous d’éveiller
Le fanatisme affreux qui conseille le crime;
Notre siècle de sang ne doit point se souiller.
La parole suffit au peuple qui se lève,
Pour faire entendre un cri que l’on veut étouffer;
Contre ses oppresseurs sa parole est un glaive
Que, dans la main du temps, on verra triompher.
Si, pour vous arrêter au bord de la carrière,
Si, pour vous arrêter au seuil de l’avenir,
L’iniquité puissante élève une barrière;
Si d’oser l’attaquer l’orgueil veut vous punir,
Pour forts et généreux faites-vous reconnaître;
Toujours calmes, songez qu’en sapant les erreurs,
Les apôtres du Christ, comme ce divin maître,
Mouraient en pardonnant à leurs persécuteurs.