DEUXIÈME FÉE.

L’heure! voici l’heure!

N’entendez-vous pas

La forêt qui pleure

A ce bruit de pas?

Effrayant mystère!

Sentez-vous la terre

Frémir et trembler,

Et du chêne austère

Le tronc s’ébranler?

Tout se tait; silence!

La lune a pâli;

Sur son front s’avance

Un funèbre pli,

Où l’astre s’engage

Sous le noir nuage

Presque enseveli.

Elle éclaire à peine

Mont, forêt et plaine

De ternes lueurs;

Dans sa marche lente

Son disque s’augmente

De vagues rougeurs....

La feuille jaunie

Vole en tourbillon;

Sur la fleur ternie

Meurt le papillon;

Soudain quel silence!

Voilà qu’il s’élance

De l’horizon noir

L’orage en furie,

Qui s’acharne et crie

Contre le manoir.

Le vent se déchaîne,

Courbe le grand chêne,

Tord, dépouille, abat

La débile plante

Qui, sous la tourmente,

En vain se débat,

Et traîne, brisée,

Sur le sol poudreux

Sa fleur irisée,

Pleine de rosée....

Tourbillon affreux!

Des oiseaux nocturnes,

Au jour taciturnes,

Entendez les cris;

Aux troncs ils s’attachent,

Se battent, s’arrachent

D’informes débris.

Le tourbillon roule:

Comme un mont qui croule,

La vaste forêt

Penche tout entière

Sa verdure altière,

Dont, sous la poussière,

L’éclat disparaît;

Elle se relève;

Mais le vent, sans trève,

Frappe à coups pressés

Les cimes géantes

D’effroi mugissantes;

Les pins fracassés,

Race chevelue,

Dressant dans la nue

Leurs vieux troncs blessés,

Luttent inflexibles,

Secouant, terribles,

Leurs bras hérissés.

(_La flamme s’éteint._)

Les poètes du peuple au XIXe siècle · 第 68 / 139 题