Un soir qu'on attendait Adeline, la famille était réunie dans le bureau
dont on venait de fermer les volets après le départ des ouvriers et
des employés. Dans son fauteuil, la Maman achevait la lecture de
l'_Officiel_, Berthe tournait les pages d'un livre à images, devant un
pupitre Léonie achevait ses devoirs, et en face d'elle madame Adeline
couvrait de chiffres un cahier formé de lettres de faire part qui,
cousues ensemble, servaient de brouillon et économisaient une main de
papier écolier. La cour si bruyante dans la journée était silencieuse;
au dehors, on n'entendait que les rafales d'un grand vent de novembre,
et dans le bureau que le poêle qui ronflait, le gaz qui chantait et la
plume de madame Adeline courant sur la papier. De temps en temps
elle s'interrompait pour consulter un carnet ou un registre, puis le
frôlement de sa main descendant le long des colonnes de ses additions,
recommençait. C'était hâtivement qu'elle faisait son travail, et le
geste avec lequel elle tirait ses barres trahissait une main agitée.
--Est-ce que vous avez une erreur de caisse, ma bru? demanda la Maman.
--Non.