Le mois des roses jetait ses roses, avec des parfums nouveaux qui
étaient des conseils impérieux. La folie de mai courait dans l'air.
On voyait des papillons blancs se hasarder loin au-dessus du bleu
des eaux. Les lilas, lourds de gouttes d'eau, faisaient courber les
branches... Les odeurs et les couleurs claires parlaient de la fuite
des matins heureux...
Pierre faisait remarquer à Elise tous ces jolis détails de saison. Il
les commentait, les mêlait à ses paroles,--se mêlait lui-même pour elle
à toutes choses.
Après les roses d'hiver, les roses de mai triomphaient, plus charnues,
royalement belles, insolentes, comme méprisantes pour leurs sœurs
fanées, et sachant bien qu'elles arrivaient au temps où, êtres et
choses, tout est soumis à la force qui les rend belles.
Les bouquets qu'apportait Pierre provoquaient les soupirs d'Elise,
qui y buvait, en les respirant, une gouttelette de rosée; et il lui
venait un désir sauvage de fuite ailée, dans l'air libre où les parfums
s'envolent...
En baisant une rose, un jour, elle éprouva une oppression qui la fit
pâlir. Elle ne se connaissait plus. Elle attribuait ces vertiges
au pays, à la mer, à la vertu des choses autour d'elle. Elle avait
raison... Un amour matériel, quoique subtil, fluide, sortait de tout;
de la terre même où travaillaient les racines en pleine sève; des
bruyères roses et des tamaris; des pins salubres et des figuiers
pâles... Tous les figuiers portaient maintenant, au bout de chacune
de leurs branches encore nues, un jet de feuilles transparentes, tout
neuf, tout tendre, et qui montait droit dans l'air bleu comme aux
branches du chandelier mystique, les langues dardées d'une flamme d'or.