Mais l'amour est un grand fard et sa passion était devenue tellement

vive qu'elle mandait un jour à la Reine sa mère qu'on ne pouvait

imaginer rien de plus délicieux que de faire quinze lieues en

traîneau, sur six pieds de neige, par quinze degrés de froid. Il faut

que le camarade de traîneau soit bien agréable pour embellir autant

une telle promenade! Au reste, toutes ses lettres respiraient le

bonheur et contenaient des hymnes en l'honneur du duc Alexandre.

Toutefois, le goût de l'indépendance ne se démentait pas. Lorsque la

petite Cour de Cobourg se transporta à Gotha, elle refusa de loger au

palais et s'installa dans un pavillon contigu qu'elle fit meubler. Il

était si peu vaste que le royal ménage ne le pouvait habiter qu'avec

deux valets seulement.

La princesse avait, dès longtemps, la fantaisie de préparer de ses

mains le chocolat qu'elle prenait de grand matin. Le poële allemand ne

lui permettant pas de le faire sur son feu, comme en France, on lui

apportait un petit réchaud à l'esprit-de-vin qu'on posait sur sa table

de nuit. Un jour, la dentelle de son oreiller prit feu. La princesse

et sa femme de chambre, en cherchant à l'éteindre, renversèrent le

réchaud. L'esprit-de-vin enflammé se répandit sur tout le lit, placé

dans une alcôve drapée de mousseline.

L'incendie fut si rapide, si complet, que la princesse n'eut que le

temps de se sauver en pantoufles, enveloppée d'une robe de chambre que

sa suivante lui jeta sur le corps. Leurs cris attirèrent le duc

Alexandre; mais déjà on ne pouvait que difficilement entrer dans la

chambre, et l'isolement où ils se trouvaient retarda tellement les

secours que tout se trouva consumé.

Au reste, il aurait été fort difficile d'éteindre un feu si actif,

dans un moment où un froid de dix-huit degrés ne permettait pas même

l'espoir de se procurer de l'eau. Aussi le pavillon brûla-t-il jusqu'à

terre et, dans ses ruines, furent enfouis tout ce que possédait la

princesse Marie, ses diamants, ses parures, et, ce qui était plus

irréparable et plus regretté par elle, ses albums, tous ses travaux

d'art aussi bien que ses papiers.

On retrouva dans les cendres les diamants et les pierres précieuses.

Je les ai vues, arriver ici presque calcinés; cependant on put encore

tirer parti d'un assez bon nombre; mais toutes les montures et des

perles magnifiques données par le Roi furent complètement perdues.

Selon l'habitude qu'elle s'était faite de prendre sur elle, la

princesse Marie ne montra aucun effroi et médiocrement de regret; mais

je ne puis me défendre de croire qu'un pareil événement, dans son état

de grossesse, n'ait encore donné quelque atteinte à sa santé.

Jusque-là, ses lettres vantaient son embonpoint, et pourtant nous la

vîmes arriver, quelques semaines après, fort changée et très amaigrie.

Cela fut attribué à sa position.

Le Roi se donna le plaisir de lui faire retrouver, dans le pavillon

qu'avec grand soin il lui avait construit à Neuilly, tout ce qui

pouvait se réparer des pertes que l'incendie de Gotha lui avait fait

subir.

Les premiers jours se passèrent avec joie et douceur dans le sein de

sa famille; mais, bientôt, elle se renferma dans son appartement, avec

le duc Alexandre, et ne supporta qu'avec une impatience marquée tout

ce qui troublait leur tête-à-tête. Aucune personne, même de son

ancienne intimité, n'était admise chez elle. À peine, de loin en loin,

Olivia de Chabot y arrivait-elle.

Cela étonnait d'autant plus qu'au nombre des avantages que, la

princesse Marie semblait priser le plus dans son mariage elle comptait

la liberté de vivre dans la société et la possibilité de _faire des

visites_, ce qui se présentait à son imagination comme le complément

de l'agrément de la vie rationnelle.

Aller chercher la distraction qu'on veut, à l'heure où elle convient,

n'en prendre que ce qui plaît, joindre les chances de l'imprévu à

celles qu'on sait trouver, causer de tout avec tout le monde, sans

gêne, et sans responsabilité, voilà la théorie qu'elle s'était faite

de _la visite_. Je la lui ai souvent entendu professer, en se

plaignant d'en être privée, et elle s'étonnait de nous voir rire de

son utopie.

Loin de l'avoir rendue plus sociable, son indépendance de position ne

l'avait donnée qu'à la solitude. Cela s'expliquait par deux motifs.

D'abord par sa santé qui, la suite l'a prouvé, n'était que trop

mauvaise, quoiqu'elle ne s'en plaignît jamais, ensuite par une

souffrance morale dont j'ai acquis la certitude.

L'amour lui peignait le duc Alexandre orné de toutes les perfections

et de toutes les distinctions; mais elle avait trop de perspicacité

pour ne pas s'apercevoir qu'aux yeux de sa famille c'était un beau et

bon garçon bien ennuyeux pour qui on avait beaucoup d'égards et peu de

goût.

Elle ne pardonnait pas aux siens ce qui lui semblait une injustice,

et, très probablement, le prince, qui l'adorait avec dévouement, plus

à son aise dans leur intérieur, s'y montrait moins gauche qu'au milieu

de ses beaux-frères dont la supériorité l'écrasait. Ce qu'il y a de

sûr, c'est que l'ancienne intimité ne se rétablit pas entre la

princesse Marie et ses frères.

Quoique la fin de sa grossesse fût pénible, elle accoucha très

heureusement, le 30 juillet 1838, d'un enfant si énorme qu'on attribua

ses souffrances précédentes à cette cause, et, pendant quelques

semaines, son état ne donna nulle inquiétude; mais, loin de se

rétablir, elle s'affaiblissait de plus en plus et son dépérissement

augmentait.

Le Roi fut le premier à s'en alarmer; il exigea une consultation. La

princesse y répugnait. Quelques mois de séjour dans l'air pur de

l'Allemagne suffiraient, assurait-elle, à son rétablissement.

Toutefois les craintes du Roi furent confirmées par la Faculté, et le

docteur Chomel prévint monsieur le duc d'Orléans du danger imminent de

sa soeur.

Le reste de la famille conserva quelque sécurité. On manda un médecin

de Bruxelles. Il encouragea les espérances, en ordonnant néanmoins,

comme ses confrères français, l'air doux du Midi.

On arracha à grand'peine le consentement de la princesse Marie. Elle

voulait absolument passer l'hiver dans son château de Fantaisie

qu'elle n'avait pas encore vu. Les sollicitations de sa famille

l'emportèrent enfin.

Le duc Alexandre s'y joignit, plus par déférence que par conviction,

car sa femme lui disait qu'elle n'était pas malade. Il la croyait en

cela, comme en toutes choses, et l'idée de la contrarier lui était

très pénible.

On désirait qu'elle fixât son séjour dans une ville du midi de la

France. La Reine l'en supplia, en lui disant qu'elle irait lui faire

une visite dans le cours de l'hiver, sans pouvoir l'obtenir. Madame

Adélaïde s'offrit à l'accompagner partout où elle voudrait aller et

fut également repoussée avec pétulance. Son caractère était

complètement changé.

Cette personne, si maîtresse d'elle-même, était devenue irritable à

l'excès, et son antipathie pour tout ce qui n'était pas allemand était

portée jusqu'à la manie.

Elle fit appeler un médecin de Cobourg pour la soigner. Il se trompa

sur son état et avança peut-être sa mort de quelques semaines; mais

elle était trop profondément atteinte pour que rien la pût sauver, et

les paroles de sécurité, sur l'efficacité du traitement que

l'allemand comptait faire suivre à la princesse pendant le voyage

eurent l'avantage de rendre la séparation moins déchirante pour sa

famille.

Une fois qu'elle eut consenti à se rendre en Italie, la duchesse de

Wurtemberg témoigna un si vif empressement de partir que, l'arrivée de

la reine des Belges ayant retardé son voyage de quarante-huit heures,

elle ne put lui cacher la contrariété qu'elle en éprouvait et reçut

presque froidement cette chère moitié d'elle-même.

Tous les siens l'accompagnèrent jusqu'à Fontainebleau. Elle en prit

congé amicalement, mais très calmement, leur donnant rendez-vous pour

l'automne suivant dans ce même palais de Fontainebleau. Toutefois, en

embrassant la reine des Belges, elle lui dit très bas: «Louise, ne

m'oublie jamais.»

Ce fut la seule circonstance qui pût donner lieu de croire que son air

enjoué était feint.

Le Roi, en remontant le perron après l'avoir mise en voiture, ne put

retenir ses larmes. La Reine alla cacher son trouble au pied de la

croix, son refuge ordinaire, mais elle conservait plus d'espérance que

le Roi.

Le voyage s'accomplit assez heureusement. Le médecin allemand envoyait

chaque jour un bulletin scientifique où on ne comprenait pas

grand'chose. Le prince, suivant en cela la volonté de sa femme,

mandait qu'elle allait mieux; elle-même le confirmait par quelques

lignes.

Enfin une longue lettre de sa propre main, écrite d'une des villes de

la rivière de Gênes, sous l'influence du beau ciel, de la belle mer,

des beaux sites, dont l'aspect avait réveillé ses impressions

d'artiste, porta la joie dans les Tuileries.

Mais, à peine arrivée à Gênes, le temps se gâta, et ce besoin de

locomotion, triste et dernier symptôme des maladies de poitrine, se

fit de nouveau sentir. Après avoir changé trois fois de palais et sept

fois de chambre en dix jours, la princesse voulut absolument partir.

Monsieur de Rumigny, ambassadeur de France à Turin, fort dévoué à la

famille royale et qui s'était rendu à Gênes, manda au ministre des

affaires étrangères qu'après avoir bien pesé toutes les

considérations, la contrariété de rester à Gênes paraissait faire tant

de mal à la princesse qu'on se décidait à la laisser partir, quoique

le médecin eût peu d'espoir de la voir arriver jusqu'à Pise. Il

annonçait prendre sur lui de quitter son poste pour l'accompagner,

tant il croyait le cas urgent.

Le comte Molé reçut du Roi la triste mission de communiquer cette

dépêche à la Reine. Elle tomba au milieu de la famille comme une

bombe. Jusque-là, on n'était inquiet que pour un avenir qu'on croyait

encore fort éloigné.

La Reine sacrifia son désir d'aller trouver sa fille. Elle sentait les

difficultés qui s'opposaient à ce qu'elle traversât toute l'Italie.

Monsieur le duc de Nemours partit seul, espérant à peine retrouver sa

soeur; mais, contrairement à toutes les prévisions, le voyage lui

avait été salutaire et, deux jours après son arrivée à Pise, elle

écrivit plusieurs longues lettres. Dans celle à la Reine, elle disait

qu'elle se sentait renaître sous ce ciel si pur et si doux.

Elle écrivait à Olivia de Chabot des instructions sur des étrennes

qu'elle destinait à quelques pensionnaires de sa charité. Elle

chargeait enfin monsieur le duc d'Orléans de lui envoyer des albums,

des crayons, des pinceaux et un tabouret pour dessiner d'après nature,

ainsi que le temps semblait bientôt devoir le permettre.

Ces lettres ramenèrent la sécurité. On crut à une crise terminée

favorablement et précédant une guérison.

On avait craint que l'arrivée inopinée de monsieur le duc de Nemours

n'effrayât la princesse; mais il est toujours facile de tromper un

malade: on la lui expliqua, sous un prétexte quelconque. Elle

accueillit son frère avec joie et ne lui parut pas aussi mal qu'il le

craignait.

Elle se leva et passa trois heures à dessiner avec lui. Ce récit

contribua à rassurer ici; l'illusion fut complète. Les réceptions du

jour de l'an eurent lieu comme de coutume.

Cependant, les lettres de monsieur le duc de Nemours devinrent de

moins en moins satisfaisantes. Celle reçue le jeudi 3 janvier parut si

alarmante qu'elle inspira à la Reine le plus vif désir de partir et,

simultanément au Roi celui de la retenir, persuadé qu'elle

n'arriverait plus à temps.

Elle répondit à cette objection que déjà on l'avait opposée au départ

de monsieur le duc de Nemours et qu'il était depuis quinze jours au

chevet du lit de sa soeur.

Le Roi ne fit plus de difficultés. L'ordre fut donné de préparer à

Toulon un bateau à vapeur pour transporter la Reine à Livourne d'où

elle gagnerait facilement Pise, sans traverser d'autres États, et le

télégraphe appela la reine des Belges qui devait, accompagner sa mère.

Le départ fut fixé au lundi. La reine Louise arriva le dimanche; mais

les nouvelles étaient tellement mauvaises que le voyage fut

contremandé le lundi même et, le mardi, monsieur Molé eut la

douloureuse mission d'annoncer la mort.

La Reine s'écria: «Mon Dieu! vous avez un ange de plus, mais j'ai

perdu ma fille.» Et elle courut s'enfermer dans la chapelle d'où le

Roi seul eut le crédit de l'arracher au bout de quelques heures.

Malgré son grand courage, sa rare piété, son admirable résignation, ce

chagrin intime fit en elle un ravage si profond que son changement,

lorsque je la vis le surlendemain, était effrayant.

Les détails qu'elle recueillit bientôt sur les derniers moments de sa

sainte fille, ainsi qu'elle l'appelle, devinrent un grand

adoucissement à sa douleur et en changèrent l'amertume en une sorte

d'admiration passionnée. Elle invoque sa fille, en même temps qu'elle

la pleure.

La solennité de Noël avait servi de prétexte, ou de motif, à la

duchesse de Wurtemberg pour chercher les consolations de la religion.

Le vicaire apostolique de Pise, appelé auprès d'elle, avait été aussi

touché qu'édifié des dispositions où il avait trouvé cette _sainte

princesse_, ainsi que s'exprimait la lettre d'un légitimiste, en me

mandant cette circonstance.

Un nouveau traitement, suite d'une consultation demandée par monsieur

le duc de Nemours, avait amené un léger soulagement; mais les

accidents reparurent, et, le 30 décembre, elle eut une faiblesse très

prolongée.

Le lendemain matin, se trouvant seule avec son frère, elle lui dit:

«Nemours, tu me connais assez pour savoir que je puis supporter la

vérité, mais que je la veux; dis-moi, suis-je très mal?

--Très mal, non; mais, depuis hier soir, les médecins sont inquiets.

--Merci, mon frère; je te comprends.»

Voyant alors rentrer le duc Alexandre, qui s'était éloigné un moment,

elle mit son doigt sur sa bouche, en faisant _chut_, et ne parut pas

autrement troublée. Seulement, on s'aperçut qu'elle devenait plus

caressante pour son frère et son mari; mais, depuis ce moment, elle

ne demanda plus son petit enfant.

Elle fit appeler sa dame d'honneur, madame Spietz, catholique ainsi

qu'elle, et la chargea de tous les détails religieux avec une présence

d'esprit qui ne se démentit pas un instant, malgré les fréquents

évanouissements où elle tombait; et bientôt, entourée des secours

qu'elle avait réclamés, elle ajouta les paroles les plus élevées et

les plus touchantes aux prières des prêtres où elle ne manquait pas de

prendre part.

Les souvenirs de sa famille se mêlaient tendrement aux adieux qu'elle

adressait près d'elle; et, dans les deux derniers jours de sa jeune

carrière, elle se montra aussi expansive qu'elle avait été

habituellement contenue jusque-là. Son âme, tout à la fois pieuse et

passionnée, semblait comprendre qu'elle allait s'élancer vers sa

véritable patrie.

Le 2 janvier, après un état d'épuisement tel que pendant plus de trois

heures on penchait l'oreille pour s'assurer si elle respirait encore,

elle se ranima tout à coup. Monsieur le duc de Nemours dit ne l'avoir

jamais vue si belle.

Ses yeux reprirent leur brillant éclat, sa physionomie s'éclaira; elle

se redressa sur sa couche de mort, regarda autour d'elle, sourit à son

mari et à son frère, les attira près d'elle, les embrassa tendrement,

puis leur dit d'une voix forte, mais naturelle:

«Mes amis, voyez la puissance de la religion! J'ai vingt-cinq ans, je

suis heureuse... bien heureuse, reprit-elle en serrant la main de son

mari, et je meurs contente; Nemours, ne l'oublie pas, et dis-le à

Chartres.»

Ce furent ses dernières paroles. Sa figure conserva encore quelque

temps une expression de béatitude. Ses yeux restèrent ouverts, comme

s'ils lui montraient une vision pleine de douceur; puis les

évanouissements se succédèrent, jusqu'à ce que la vie eût

complètement disparu.

Telle a été la vie, telle a été la mort de Marie d'Orléans, duchesse

de Wurtemberg. Avec mille belles, grandes et nobles qualités, il lui

manquait un peu d'argile vulgaire pour les maintenir à leur place;

elles lui ont fait une guerre intestine où elle a succombé.

Je crois que cette disposition est plus rare sur les marches du trône

que dans les autres classes de la société; mais, partout, elle porte

le désordre et doit être réprimée dès la première enfance.

La désolation de la famille royale fut extrême. Monsieur le duc

d'Orléans, auquel ses dernières paroles avaient été consacrées,

témoigna d'une amère douleur. Les récits de monsieur le duc de

Nemours, et l'impression qu'il avait reçue d'une mort si édifiante,

furent pour sa pieuse mère la plus grande consolation qu'elle pût

recevoir.

Elle en puisa aussi dans le sourire du pauvre petit prince Philippe,

trop jeune pour connaître son malheur et qu'elle accueillit d'une

tendresse toute maternelle.

Le duc Alexandre le lui ramena et le remit entre ses mains, avec une

confiance dont elle fut profondément touchée. Après avoir rendu les

soins les plus tendres a la princesse son épouse, il la pleura de

façon à s'assurer l'affection sincère de toute sa famille.

Le corps de la princesse Marie, rapporté à Marseille, traversa la

France; et ce cortège funèbre fut partout entouré d'hommages et de

regrets.

On aurait souhaité, c'était le voeu des ministres, qu'elle fût

enterrée à Saint-Denis; mais les désirs de la Reine prévalurent, et sa

fille fut transportée à Dreux, où déjà elle avait deux enfants rendus

à ce Dieu qui les lui avait donnés.

Le Roi, les princes ses fils, et le duc de Wurtemberg, arrivé de la

veille, allèrent recevoir ces tristes dépouilles d'une femme si

brillante et si aimée. La cérémonie fut rendue des plus touchantes par

leur douleur mal contenue.

Les prières de l'Église achevées, ils descendirent dans le caveau et,

avant d'abandonner ce cercueil à la solitude de sa dernière demeure,

chacun d'eux, à genoux, colla ses lèvres dessus, en lui disant un long

adieu.

Ils étaient déjà remontés, lorsque monsieur le duc d'Orléans,

s'arrêtant brusquement, retourna sur ses pas et, à travers d'amers

sanglots, s'agenouilla de nouveau et baisa le cercueil encore une fois

en s'écriant: «Pour Joinville».

Ce souvenir du frère absent (monsieur le prince de Joinville assistait

alors à la prise de Saint-Jean d'Ulloa) dans celui qui doit être un

jour le chef de la famille m'a paru un trop bon et trop heureux

sentiment dans l'avenir de tous pour négliger de le rapporter. Le

petit nombre des assistants en furent vivement émus.

En outre de la Jeanne d'Arc, de l'ange de Moore portant une larme au

ciel et des figurines du plateau de monsieur le duc d'Orléans, dont

j'ai déjà parlé, la duchesse de Wurtemberg a laissé une statue d'ange

ouvrant la porte du ciel, quelques bas-reliefs tirés du poème

d'_Ahasvérus_, le buste de la reine des Belges et celui de son fils

aîné. Les portefeuilles de ses dessins ont été perdus dans l'incendie

du palais de Gotha.

TABLE DES MATIÈRES

FRAGMENTS

AVANT-PROPOS 1

Une semaine de Juillet 1830 5

Expédition de madame la duchesse de Berry en 1832 99

Fontainebleau en 1834 210

Mariage de monseigneur le duc d'Orléans en 1837. Ouverture de

Versailles 230

Mort de monsieur de Talleyrand en 1838 257

Mort de Son Altesse Royale la princesse Marie d'Orléans,

duchesse de Wurtemberg (1839) 281

Récits d'une tante (Vol. 4 de 4) Mémoires de la Comtesse de Boigne, née d'Osmond · 第 21 / 21 段