A la dernière vibration du timbre se mêla le bruit de la première parole
du maire.--Jacquemin, dit-il, j'espère que la mère Antoine est folle:
elle vient de ta part me dire que ta femme est morte, et que c'est toi
qui l'as tuée!
--C'est la vérité pure, monsieur le maire, répondit Jacquemin. Il
faudrait me faire conduire en prison et juger bien vite.
Et, en disant ces mots, il essaya de se relever, s'accrochant au haut de
la borne avec son coude; mais, après un effort, il retomba, comme si les
os de ses jambes eussent été brisés.
--Allons donc! tu es fou! dit le maire.
--Regardez mes mains, répondit-il.
Et il leva deux mains sanglantes, auxquelles leurs doigts crispés
donnaient la forme de deux serres.
En effet, la gauche était rouge jusqu'au-dessus du poignet, la droite
jusqu'au coude.
En outre, à la main droite, un filet de sang frais coulait tout le long
du pouce, provenant d'une morsure que la victime, en se débattant,
avait, selon toute probabilité, faite à son assassin.
Pendant ce temps, les deux gendarmes s'étaient rapprochés, avaient fait
halte à dix pas du principal acteur de cette scène et regardaient du
haut de leurs chevaux.
Le maire leur fit un signe; ils descendirent, jetant la bride de leur
monture à un gamin coiffé d'un bonnet de police et qui paraissait être
un enfant de troupe.
Après quoi ils s'approchèrent de Jacquemin et le soulevèrent par-dessous
les bras.
Il se laissa faire sans résistance aucune, et avec l'atonie d'un homme
dont l'esprit est absorbé par une unique pensée.
Au même instant, le commissaire de police et le médecin arrivèrent; ils
venaient d'être prévenus de ce qui se passait.
--Ah! venez, monsieur Robert!--Ah! venez, monsieur Cousin! dit le maire.