La harangue historique et immortelle du roi de Navarre avant la
bataille de Coutras est celle que nous avons rapportée: «Souvenez-vous
que vous êtes Bourbons!» Elle fut prononcée, le pied à l'étrier. La
tradition en a fait parvenir jusqu'à nous deux autres, dont voici le
texte:
_«Au prince de Condé et au comte de Soissons._
«Vous voyez, mes cousins, que c'est à notre Maison que l'on
s'adresse. Il ne serait pas raisonnable que ce beau danseur et
ces mignons de cour en emportassent les trois principales
têtes, que Dieu a réservées pour conserver les autres avec
l'Etat. Cette querelle nous est commune; l'issue de cette
journée nous laissera plus d'envieux que de malfaisants, nous
en partagerons l'honneur en commun.»
_«Aux capitaines et soldats._
«Mes amis, voici une curée qui se présente bien autre que vos
butins passés; c'est un nouveau marié qui a encore l'argent de
son mariage en ses coffres; toute l'élite des courtisans est
avec lui. Courage! il n'y aura si petit entre vous qui ne soit
désormais monté sur de grands chevaux et servi en vaisselle
d'argent. Qui n'espérerait la victoire, vous voyant si bien
encouragés? Ils sont à nous; je le juge par l'envie que vous
avez de combattre; mais pourtant nous devons tous croire que
l'événement en est en la main de Dieu, lequel sachant et
favorisant la justice de nos armes, vous fera voir à nos pieds
ceux qui devraient plutôt nous honorer que combattre.
Prions-le donc qu'il nous assiste. Cet acte sera le plus grand
que nous ayons fait; la gloire en demeurera à Dieu, le service
au roi, notre souverain seigneur, l'honneur à nous, et le
salut à l'Etat.»
* * * * *
Pendant la déroute de l'armée de Joyeuse, un mouvement confus s'étant
produit à l'horizon du champ de bataille, quelque alarme se répandit
autour du roi, et il entendit les officiers se demander entre eux s'il
n'y avait pas à redouter l'arrivée de l'armée du maréchal de Matignon:
«--Eh bien! s'écria gaîment Henri, ce sera ce qu'on n'a jamais vu:
deux batailles en un jour!»
* * * * *
La plupart des détails relatifs à la journée de Coutras sont
littéralement empruntés à l'_Histoire_ du Père Daniel, qui, résumant
les relations contemporaines, a donné de cette bataille le récit le
plus clair et le plus complet. (_Page 256._)