XXVI.

La déclaration qui fut publiée par le cardinal de Bourbon était datée

de Péronne et du dernier jour de mars 1585. «C'était lui, dit le Père

Daniel, qui parlait dans cet écrit. Il s'y intitulait premier prince

du sang, comme il avait déjà fait au traité de Joinville, quoique

cette qualité appartînt au roi de Navarre. Il insinuait que la

succession à la couronne le regardait. Il y donnait aux ducs de

Lorraine et de Guise le titre de lieutenants-généraux de la Ligue. Il

y nommait, parmi les associés, outre les autres princes de la Maison

de Lorraine, de Guise et de Vaudemont, le cardinal de Vendôme et les

ducs de Nemours et de Nevers; et ce qui paraît le plus surprenant,

mais ce qui marque, en même temps, combien les intrigues des ligueurs

étaient étendues, c'est qu'à la tête de la déclaration on mit une

liste de ceux qui entraient dans l'association, où l'on voyait le

pape, l'empereur, les princes de la Maison d'Autriche, le roi

d'Espagne, etc. Cette liste avait de quoi imposer au peuple et

effrayer le roi; car il n'était pas vraisemblable que la Ligue eût osé

s'autoriser de tant et de si grands noms, si toutes les puissances

dont elle se faisait fort n'y avaient elles-mêmes consenti.

«Le premier et le principal motif exprimé dans la déclaration était

que, le roi n'ayant pas d'enfant, on était menacé du danger d'avoir en

France pour roi un prince hérétique et relaps, quoique le serment de

nos rois à leur couronnement les obligeât à maintenir sur toute chose

la religion catholique dans le royaume. On y ajoutait le refus des

huguenots de rendre les villes de sûreté, leurs pratiques auprès des

princes protestants d'Allemagne, les charges ou les fonctions ôtées

aux seigneurs catholiques bien intentionnés pour la religion; les

moyens dont on se servait afin d'obliger les gouverneurs des places

ennemies des huguenots à se défaire de leurs gouvernements pour de

l'argent; l'insatiable avarice des favoris; la multitude des nouveaux

impôts; l'accablement et l'oppression de tous les ordres de l'Etat, et

enfin l'inutilité du dessein formé aux Etats de Blois, de ne souffrir

aucune autre religion dans le royaume que la catholique, dessein qui

s'était évanoui par la damnable politique de ceux qui gouvernaient le

roi et le royaume.» (_Page 190._)

Henri IV en Gascogne (1553-1589) · 第 75 / 129 题