La déclaration qui fut publiée par le cardinal de Bourbon était datée
de Péronne et du dernier jour de mars 1585. «C'était lui, dit le Père
Daniel, qui parlait dans cet écrit. Il s'y intitulait premier prince
du sang, comme il avait déjà fait au traité de Joinville, quoique
cette qualité appartînt au roi de Navarre. Il insinuait que la
succession à la couronne le regardait. Il y donnait aux ducs de
Lorraine et de Guise le titre de lieutenants-généraux de la Ligue. Il
y nommait, parmi les associés, outre les autres princes de la Maison
de Lorraine, de Guise et de Vaudemont, le cardinal de Vendôme et les
ducs de Nemours et de Nevers; et ce qui paraît le plus surprenant,
mais ce qui marque, en même temps, combien les intrigues des ligueurs
étaient étendues, c'est qu'à la tête de la déclaration on mit une
liste de ceux qui entraient dans l'association, où l'on voyait le
pape, l'empereur, les princes de la Maison d'Autriche, le roi
d'Espagne, etc. Cette liste avait de quoi imposer au peuple et
effrayer le roi; car il n'était pas vraisemblable que la Ligue eût osé
s'autoriser de tant et de si grands noms, si toutes les puissances
dont elle se faisait fort n'y avaient elles-mêmes consenti.
«Le premier et le principal motif exprimé dans la déclaration était
que, le roi n'ayant pas d'enfant, on était menacé du danger d'avoir en
France pour roi un prince hérétique et relaps, quoique le serment de
nos rois à leur couronnement les obligeât à maintenir sur toute chose
la religion catholique dans le royaume. On y ajoutait le refus des
huguenots de rendre les villes de sûreté, leurs pratiques auprès des
princes protestants d'Allemagne, les charges ou les fonctions ôtées
aux seigneurs catholiques bien intentionnés pour la religion; les
moyens dont on se servait afin d'obliger les gouverneurs des places
ennemies des huguenots à se défaire de leurs gouvernements pour de
l'argent; l'insatiable avarice des favoris; la multitude des nouveaux
impôts; l'accablement et l'oppression de tous les ordres de l'Etat, et
enfin l'inutilité du dessein formé aux Etats de Blois, de ne souffrir
aucune autre religion dans le royaume que la catholique, dessein qui
s'était évanoui par la damnable politique de ceux qui gouvernaient le
roi et le royaume.» (_Page 190._)