XV.

Ce qui suit est extrait de l'_Histoire de l'Agenais, du Condomois et

du Bazadais_, par J.-F. Samazeuilh:

«La Vachonnière, gouverneur de cette ville, se laissant entraîner par

ses jeunes officiers dans une excursion du côté de Marmande, «pour

aller chercher, disaient-ils, à la mode de leur pays, de quoi faire

fumer le pistolet», ils montèrent à cheval, au nombre de 38

arquebusiers.

«Parmi eux se trouvaient deux Bacoue et les Brocas.

«Or il arriva que le baron de Mauvezin, chef catholique, venait de

concerter avec les Metges de La Réole et les capitaines Massiot et

Métaut, l'un d'Aiguillon, l'autre de Saint-Macaire, une entreprise

contre la garnison de Casteljaloux avec 20 salades d'élite, outre la

compagnie des gens d'armes de ce baron et 750 arquebusiers tirés de

Marmande et des lieux circonvoisins. Leur plan était de cacher ces

arquebusiers au moulin de Labastide, situé sur leur route, à une lieue

de Casteljaloux, et d'aller provoquer ensuite les réformés de cette

ville pour les entraîner, par une fuite simulée, dans une embuscade.

«Mais La Vachonnière étant parti le premier, ce dessein ne put

recevoir son exécution. Seulement, lorsque l'avant-garde de

Casteljaloux, composée de 15 salades et commandée par d'Aubigné, que

secondait le capitaine Dominge avec 15 arquebusiers à cheval, parvint

sur le bord de la Garonne, ils virent tout le bord opposé en aval de

Marmande «noirci de gens de guerre», et une première batelée d'ennemis

qui allaient atteindre la rive gauche à Valassins. Aussitôt d'Aubigné

commande à Dominge de mettre pied à terre et de donner sur ceux qui

abordaient. Dominge tue ou noie toute cette avant-garde, au nombre de

60 hommes; la plupart n'eurent pas même le temps d'ajuster leurs

mèches. Mais comme le reste s'empressait de s'embarquer pour venir les

venger, La Vachonnière, qui avait suivi de près son lieutenant,

prévoyant que la partie ne serait pas égale, se mit alors en retraite,

au simple pas de ses chevaux...»

Les catholiques, suivant, en toute hâte, leurs ennemis, offrirent le

combat près de Malvirade. «Ce fut l'un des engagements les plus

acharnés et les plus glorieux pour les réformés, car ces derniers

étaient à peine un contre dix, et d'Aubigné fait observer avec raison

qu'il ne faut pas dédaigner cette affaire, «pour ce que les hommes n'y

sont pas comptés par milliers.»

«L'aîné des Brocas et un cavalier d'Aiguillon se coupèrent la gorge

avec leurs poignards. Bacoue, en tuant l'ennemi qu'il avait en tête,

reçut aussi une blessure mortelle; puis vinrent quelques hallebardiers

qui l'achevèrent dans le fossé où il venait de combattre. La

Vachonnière tomba, «les reins coupés d'une balle ramée, et de plus,

brûlant de quatre arquebusades»; d'Aubigné voulut le sauver et le

remettre en selle; mais il tomba presqu'aussitôt, à son tour, couvert

de blessures, et lorsque le capitaine Dominge vint à son secours, il

le vit qui, sous trois cadavres, s'escrimait encore de son épée, dont

il blessa mortellement Métaut, Bastanes et Metges le jeune. A l'aide

de quelques-uns de ses compagnons, Dominge dégagea le lieutenant de La

Vachonnière et le remonta sur son cheval. Quant à La Vachonnière

lui-même, il était déjà mort.

«Les pertes éprouvées au combat de Malvirade n'avaient pas découragé

la garnison de Casteljaloux, car, peu de temps après, et sous les

ordres de d'Aubigné qui, durant le repos occasionné par ses blessures,

venait de dicter au juge de cette juridiction «les premières stances

de ses _Tragiques_», elle s'empara «par escalade (d'après ses

_Mémoires_) et par intelligence (d'après son _Histoire universelle_)

de Castelnau-de-Mesmes, sur la rivière de Ciron, où fut tué le juge du

lieu, avec trois autres habitants.

«Sur ces entrefaites, l'armée de Villars, grossie de toute la noblesse

de l'Armagnac et des troupes des capitaines Gondrin, Fontenille,

Labatut, Poyanne, Lartigue et autres, avait entrepris le siège de

Manciet. Le capitaine Mathieu défendit cette ville avec tant de

résolution que l'on s'empressa de lui accorder une capitulation

honorable, sur le faux avis que le roi de Navarre assiégeait, de son

côté, Beaumont-de-Lomagne. Mais il n'était question ici que d'une

attaque dirigée par les habitants de cette ville, vers la fin de juin

ou au commencement de juillet 1577, contre notre prince en marche sur

Montauban, et qu'il repoussa de manière à leur ôter le goût de

semblables insultes.

«Il résulterait, d'un passage des Mémoires de Sully, que, dans le

cours de cette campagne, Villars «fit quelques tentatives sur

Casteljaloux et sur Nérac, mais qu'il trouva partout le roi de Navarre

qui déconcerta ses desseins. «Ce prince s'exposait comme le moindre

soldat, et fit devant Nérac un coup d'une extrême hardiesse, lorsqu'un

gros de cavalerie s'étant détaché pour venir le surprendre, il le

repoussa presque seul. Nos prières ne furent point capables de

l'engager à prendre plus de soin de sa vie.»

«Rassuré sur ses villes de l'Albret, Henri s'en alla du côté de la

Dordogne. Le 2 septembre 1577, il était à Sainte-Foy-la-Grande, d'où

il envoya aux consuls de Bergerac et à M. de Meslon, sénéchal

d'Albret, des instructions pour assurer la défense de cette contrée.

«Ces mesures sont d'autant plus nécessaires, ajoutait-il, que,

traitant en ce moment de la paix, il faut empêcher, pour obtenir de

meilleures conditions, que l'ennemi ne nous enlève nos places pendant

les négociations.» Ces craintes se réalisèrent au sujet de Langon, que

les réformés venaient d'enlever au capitaine La Salle du Ciron, et que

Largimarie leur reprit et démantela. Seulement ce fait peut se

confondre avec la prise de Langon, du 8 avril 1578.

«Jusqu'à la paix dont il est question dans cette lettre, nous ne

trouvons plus à dire, pour nos contrées, qu'une petite campagne des

réformés de Casteljaloux dans les Landes.» Elle se termina par un

engagement des plus meurtriers.

«Les catholiques, forcés au combat, jetèrent leurs arquebusiers dans

un bois voisin, et, protégés ainsi sur leur flanc, ils attendirent la

charge. Le capitaine de Casteljaloux imita cette manœuvre: il envoya

également ses arquebusiers dans le bois, pour ne pas être inquiétés de

ce côté, et se formant ensuite en bataille à cent cinquante pas des

ennemis, les 45 salades des réformés entamèrent leur charge, dont le

succès fut complet, car ils passèrent sur le ventre aux catholiques,

et lorsqu'ils tournèrent bride pour achever leur tâche, ils virent

ceux qui avaient survécu à genoux et demandant quartier.» Les soldats

de Bayonne eurent seuls la vie sauve, et ils furent renvoyés au

vicomte d'Orthe avec leurs armes et leurs chevaux.

«Peu de jours après, il vint à Casteljaloux un trompette de Bayonne,

chargé de présents en écharpes et en mouchoirs ouvrés, pour toute la

garnison; et, plus tard, le roi de Navarre se trouvant, le septième, à

une fête que lui donnait La Hilière, successeur du vicomte d'Orthe,

dans son gouvernement, les habitants de Bayonne apprirent que le

capitaine de Casteljaloux était dans la compagnie de ce prince, et,

pour payer sa «courtoisie», ils l'accablèrent de soins et de

prévenances.» (_Page 118._)

Henri IV en Gascogne (1553-1589) · 第 64 / 129 题