On lit, sur l'aventure d'Eauze, dans le livre premier de la _Vie de
Mornay_: «Même se trouva (M. de Mornay) avec le roi de Navarre, au
fait d'Eauze, non assez expliqué par ceux qui ont écrit l'histoire.
Cette ville est du patrimoine de Navarre en Armagnac, en laquelle il
pensait entrer avec toute sûreté; et, de fait, les magistrats lui
étaient venus au-devant présenter les clefs avec les chaperons rouges.
Entré néanmoins qu'il est, lui cinquième, un certain qui était en la
tour de la porte laisse tomber la herse, criant en son langage: «Coupe
le râteau, il y en a prou, le Roy y est (_Coupo lo rastel, che prou
n'y a, lo Re y es_).» Tellement qu'il se trouva enfermé entre ce
peuple, les mutins lui portant l'arquebuse à la poitrine. Et sans
doute y eût été accablé, n'eût été que trois de ses gardes, qui
étaient entrés à pied, se jetèrent dans une tour qui était sur la
muraille, à la faveur de laquelle une autre porte fut ouverte à ceux
qui étaient demeurés dehors. A peine ce prince fut-il en plus évident
péril.»
Berger de Xivrey, dans ses notes, dit, à propos de la lettre royale
qui nomme Manaud de Batz gouverneur de la ville d'Eauze et du pays
d'Eauzan:
«Cette lettre à M. de Batz montre qu'il était un des quatre seigneurs
qui accompagnaient le roi, et on doit conclure du passage des
_Economies royales_, qui diffère peu de celui de Mornay, mais est plus
circonstancié, que les deux autres étaient Rosny et Béthune.»
Berger de Xivrey ajoute les observations suivantes:
«Des quatre seigneurs qui s'étaient trouvés avec le roi de Navarre à
une si chaude affaire, Mornay lui était nécessaire pour le conseil,
Rosny était encore trop jeune pour avoir le commandement d'une place.
Restaient donc de Batz et Béthune. Ce dernier fut d'abord nommé
gouverneur d'Eauze. Mais je le trouve accompagnant le roi dans les
premières expéditions de 1577. Or, la prise d'Eauze était de 1576,
comme le remarque l'abbé Brizard, qui avait des renseignements de la
famille de Batz, et j'ai cru devoir placer cette lettre-ci vers la fin
de cette année (1576).»
Le lecteur fera encore une autre observation: c'est que le silence
absolu gardé par Du Plessis-Mornay et Sully sur la part prise par
Manaud de Batz au combat d'Eauze montre combien peu ils se souciaient
de rendre justice aux catholiques, même à ceux que le roi distinguait
parmi les plus fidèles et les plus vaillants.
* * * * *
Roquelaure était certainement à Eauze, aux côtés du roi de Navarre.
Rappelons brièvement sa glorieuse carrière.
Antoine de Roquelaure, seigneur de Roquelaure en Armagnac, de Gaudoux,
etc., baron de Lavardens et de Biran, fils de Géraud, seigneur de
Roquelaure, et de Catherine de Bezolles, était né en 1543 et jouissait
déjà de beaucoup de crédit auprès de Jeanne d'Albret. Elle lui donna
sa part dans la terre de Roquelaure, dont il était co-seigneur avec
elle, et l'engagea au service de son fils. Roquelaure fut lieutenant
de la compagnie des gendarmes de ce prince et maître de la garde-robe.
Il continua cette dernière fonction auprès de Henri IV, qui le nomma,
en 1595, chevalier de ses ordres. Il joignit à ces titres, en 1610,
quelque temps avant la mort de Henri IV, ceux de lieutenant de roi
dans la haute Auvergne, capitaine du château de Fontainebleau,
gouverneur du comté de Foix, et lieutenant-général du gouvernement de
Guienne. En 1615, il devint maire perpétuel de Bordeaux et maréchal de
France. Il mourut à Lectoure, le 9 juin 1625.
* * * * *
Eauze et l'Eauzan formaient un territoire de sept lieues de long sur
quatre de large. Il était borné au nord par le Gabardan, au sud et à
l'est par l'Armagnac, à l'ouest par le Marsan. (_Page 104._)