XIV.

On lit, sur l'aventure d'Eauze, dans le livre premier de la _Vie de

Mornay_: «Même se trouva (M. de Mornay) avec le roi de Navarre, au

fait d'Eauze, non assez expliqué par ceux qui ont écrit l'histoire.

Cette ville est du patrimoine de Navarre en Armagnac, en laquelle il

pensait entrer avec toute sûreté; et, de fait, les magistrats lui

étaient venus au-devant présenter les clefs avec les chaperons rouges.

Entré néanmoins qu'il est, lui cinquième, un certain qui était en la

tour de la porte laisse tomber la herse, criant en son langage: «Coupe

le râteau, il y en a prou, le Roy y est (_Coupo lo rastel, che prou

n'y a, lo Re y es_).» Tellement qu'il se trouva enfermé entre ce

peuple, les mutins lui portant l'arquebuse à la poitrine. Et sans

doute y eût été accablé, n'eût été que trois de ses gardes, qui

étaient entrés à pied, se jetèrent dans une tour qui était sur la

muraille, à la faveur de laquelle une autre porte fut ouverte à ceux

qui étaient demeurés dehors. A peine ce prince fut-il en plus évident

péril.»

Berger de Xivrey, dans ses notes, dit, à propos de la lettre royale

qui nomme Manaud de Batz gouverneur de la ville d'Eauze et du pays

d'Eauzan:

«Cette lettre à M. de Batz montre qu'il était un des quatre seigneurs

qui accompagnaient le roi, et on doit conclure du passage des

_Economies royales_, qui diffère peu de celui de Mornay, mais est plus

circonstancié, que les deux autres étaient Rosny et Béthune.»

Berger de Xivrey ajoute les observations suivantes:

«Des quatre seigneurs qui s'étaient trouvés avec le roi de Navarre à

une si chaude affaire, Mornay lui était nécessaire pour le conseil,

Rosny était encore trop jeune pour avoir le commandement d'une place.

Restaient donc de Batz et Béthune. Ce dernier fut d'abord nommé

gouverneur d'Eauze. Mais je le trouve accompagnant le roi dans les

premières expéditions de 1577. Or, la prise d'Eauze était de 1576,

comme le remarque l'abbé Brizard, qui avait des renseignements de la

famille de Batz, et j'ai cru devoir placer cette lettre-ci vers la fin

de cette année (1576).»

Le lecteur fera encore une autre observation: c'est que le silence

absolu gardé par Du Plessis-Mornay et Sully sur la part prise par

Manaud de Batz au combat d'Eauze montre combien peu ils se souciaient

de rendre justice aux catholiques, même à ceux que le roi distinguait

parmi les plus fidèles et les plus vaillants.

* * * * *

Roquelaure était certainement à Eauze, aux côtés du roi de Navarre.

Rappelons brièvement sa glorieuse carrière.

Antoine de Roquelaure, seigneur de Roquelaure en Armagnac, de Gaudoux,

etc., baron de Lavardens et de Biran, fils de Géraud, seigneur de

Roquelaure, et de Catherine de Bezolles, était né en 1543 et jouissait

déjà de beaucoup de crédit auprès de Jeanne d'Albret. Elle lui donna

sa part dans la terre de Roquelaure, dont il était co-seigneur avec

elle, et l'engagea au service de son fils. Roquelaure fut lieutenant

de la compagnie des gendarmes de ce prince et maître de la garde-robe.

Il continua cette dernière fonction auprès de Henri IV, qui le nomma,

en 1595, chevalier de ses ordres. Il joignit à ces titres, en 1610,

quelque temps avant la mort de Henri IV, ceux de lieutenant de roi

dans la haute Auvergne, capitaine du château de Fontainebleau,

gouverneur du comté de Foix, et lieutenant-général du gouvernement de

Guienne. En 1615, il devint maire perpétuel de Bordeaux et maréchal de

France. Il mourut à Lectoure, le 9 juin 1625.

* * * * *

Eauze et l'Eauzan formaient un territoire de sept lieues de long sur

quatre de large. Il était borné au nord par le Gabardan, au sud et à

l'est par l'Armagnac, à l'ouest par le Marsan. (_Page 104._)

Henri IV en Gascogne (1553-1589) · 第 63 / 129 题