Mademoiselle Vauvilliers, dans son _Histoire de Jeanne d'Albret_, a
recueilli tous les détails fournis par l'histoire sur le complot
franco-espagnol dirigé contre Jeanne d'Albret et ses enfants. Nous
résumons quelques parties de son récit, auxquelles nous n'avons pu
nous arrêter.
Quelque temps après la mort du duc François de Guise, le capitaine
Dimanche reçut, on ne dit pas de qui, des instructions nouvelles, qui
lui enjoignaient d'aller se mettre en rapport avec les conjurés
espagnols. Il partit de Bordeaux pour se rendre auprès du duc d'Albe,
qui le dépêcha aussitôt à Philippe II, sous la conduite de François
d'Alaya, plus tard ambassadeur à la cour de France. Philippe II était
alors à Monçon, sur les frontières de la Navarre. Dimanche tomba
malade à Madrid et, pendant sa maladie, fut mis en relations avec
Vespier, natif de Nérac, valet de chambre de la reine Elisabeth.
Vespier ayant surpris la moitié du secret du capitaine, obtint de lui
une entière révélation. Il en fit instruire aussitôt la reine
d'Espagne, par l'entremise de l'abbé Saint-Etienne, son aumônier et
son confident; et Elisabeth ayant agi auprès de l'ambassadeur de
France, Evrard de Saint-Sulpice, qui avait suivi le roi à Monçon,
l'ambassadeur, après avoir fait épier toutes les démarches de
l'aventurier, acquit la conviction qu'il y avait un secret entre
Philippe II et lui. Il envoya aussitôt son secrétaire Rouleau en
France, avec des lettres de créance pour le roi et la reine-mère, et
d'autre part, fit tenir les avis nécessaires à Jeanne d'Albret, qui,
sur son conseil, quitta la résidence de Pau pour celle de Nérac.
Rouleau, arrivé à la cour, fit le récit du complot, donna les preuves,
et sur la demande du connétable de Montmorency, l'arrestation de
Dimanche fut décidée; mais on présume que le capitaine fut prévenu de
ce dessein, par suite de l'indiscrétion ou de la connivence de quelque
haut personnage, car il ne put être rencontré sur les chemins qu'il
devait prendre pour rentrer en France.
De Thou dit expressément qu'il fut instruit de tous les détails de la
conspiration par Rouleau et par les enfants du valet de chambre
Vespier, et que, avant d'aller en Espagne, Dimanche avait conféré avec
Montluc, d'Escars et d'Aspremont, vicomte d'Orthe, qui avaient des
intelligences avec la Maison de Guise.
Tous les témoignages pour ou contre entendus, il demeure acquis, tout
au moins, qu'il y eut un projet d'attentat; mais on ne saurait
affirmer que l'accord se soit jamais établi pour l'exécution. (_Page
39._)