L'évasion.--Henri, libre, retourne au calvinisme.--Le frère et la
sœur.--Le traité de Beaulieu et ses conséquences.--Naissance
et organisation de la Ligue.--Situation difficile.--Esprit
politique de Henri.--Sa correspondance avec les
Rochelais.--Séjour à La Rochelle.--Lettre du roi de France à
Montluc.--Le roi de Navarre, le maréchal de Damville et les
«politiques».--Lettre de Henri à Manaud de Batz.--Requête des
Bordelais.
«Le vendredi, 3e février (1576), dit le journal de P. de l'Estoile,
messire Henri de Bourbon, roi de Navarre, qui toujours avait fait
semblant, depuis l'évasion de Monsieur, d'être en mauvais ménage avec
lui et n'affecter aucunement le parti des huguenots,--ayant gagné ce
point, par sa dextérité et bonne mine, que les plus grands
catholiques, ennemis jurés des huguenots, voire jusques aux tueurs de
la Saint-Barthélemy, ne juraient plus que par la foi que lui
devaient,--sortit de Paris, sous couleur d'aller à la chasse en la
forêt de Senlis, où il courut un cerf le samedi, et renvoya un
gentilhomme nommé Saint-Martin, que le roi lui avait donné, lui porter
une lettre en poste. Et, partant de Senlis, sur le soir, accompagné
des seigneurs de Lavardin, de Fervaque et du jeune La Valette,
auparavant affectionnés partisans du roi, prit le chemin de Vendôme,
puis alla à Alençon, où il abjura la religion catholique en plein
prêche, et de là se retira au pays de Maine et d'Anjou, où il
commença à prendre le parti de Monsieur et du prince de Condé, son
cousin, reprenant la religion qu'il avait été contraint, par force,
d'abjurer à Paris, et recommençant l'ouverte profession d'icelle, par
un acte solennel de baptême, tenant la fille d'un médecin au prêche.
«Bruit fut à Paris que ledit roi de Navarre, depuis son partement de
Senlis jusqu'à ce qu'il eût passé la rivière de Loire, ne dit mot;
mais aussitôt qu'il l'eut passée, jetant un grand soupir et levant les
yeux au ciel, dit ces mots: «Loué soit Dieu, qui m'a délivré! On a
fait mourir la reine, ma mère, à Paris, on y a tué M. l'amiral et tous
mes meilleurs serviteurs; on n'avait pas envie de me mieux faire, si
Dieu ne m'eût gardé. Je n'y retourne plus, si on ne m'y traîne.»
L'Estoile ajoute ce qu'il appelle un «vrai trait de Béarnais». Deux
jours avant son évasion, comme des soupçons planaient sur lui, parce
qu'il avait passé une nuit hors de Paris, il se présenta, le
lendemain, au roi et à la reine-mère, affecta de plaisanter sur sa
fuite, et déclara qu'il n'aspirait qu'au bonheur de vivre et de mourir
à leurs pieds. Il fallait jouer ce jeu-là avec la Florentine et sa
cour.
La chronique de l'Estoile, bonne à citer pour sa saveur, raconte, avec
une exactitude relative, l'évasion du roi de Navarre. Elle ne fut ni
improvisée, comme le donne à entendre un récit d'Agrippa d'Aubigné, ni
déterminée par ses exhortations, d'ailleurs éloquentes[16]. Henri,
depuis longtemps, songeait à reprendre sa liberté, et il épiait
l'heure favorable; nous avons à cet égard des témoignages décisifs. Au
mois de janvier, il écrivait à Jean d'Albret, baron de Miossens: «La
cour est la plus étrange que vous l'ayez jamais vue. Nous sommes
presque toujours prêts à nous couper la gorge les uns aux autres. Nous
portons dagues, jaques de mailles et bien souvent la cuirassine sous
la cape... Le roi est aussi bien menacé que moi; il m'aime beaucoup
plus que jamais. M. de Guise et M. du Maine ne bougent d'avec moi...
En cette cour d'amis, je brave tout le monde... Toute la ligue que
savez me veut mal à mort... Je n'attends que l'heure de donner une
petite bataille, car ils disent qu'ils me tueront, et je veux gagner
les devants. J'ai instruit bien au long Sévérac de tout.»
[16] Appendice: X.
Cette lettre, où l'esprit de décision se montre à chaque ligne, même
et surtout sous les formes ironiques du langage, n'est pas d'un
prince qui ait eu besoin d'être poussé ou même inspiré par d'Aubigné
ni par aucun autre conseiller. Henri utilisa souvent et avec grand
profit les lumières de ses amis et de ses serviteurs, mais il ne fut
jamais à court d'idées ou de résolutions. Que ceci soit dit une fois
pour toutes.
Il faut peu de mots pour compléter et rectifier le récit de l'Estoile.
Le roi de Navarre, après sa partie de chasse, prenait quelque repos
dans les faubourgs de Senlis, et se disposait à exécuter son dessein,
lorsque, dans le but de gagner du temps, il envoya le capitaine
Saint-Martin à Henri III, avec une lettre portant «que, sur les avis
qu'on lui donnait que la reine-mère conseillait au roi de le retenir,
il demeurait à Senlis pour être éclairci de sa volonté». Saint-Martin,
qui était l'homme de Henri III, non celui du roi de Navarre, ne se
douta pas du stratagème et partit à franc étrier. Un instant après,
Henri se débarrassait d'un autre gardien, M. d'Espalungue, chargé
d'apporter au roi un second message. Des bateaux étaient prêts pour le
prince et sa petite escorte, composée des gentilshommes dont l'Estoile
donne les noms et de quelques autres, parmi lesquels Rosny (plus tard
Sully), Gramont et d'Aubigné. Pendant que ses messagers couraient les
chemins, Henri les courait aussi, en sens inverse. «Il y eut de la
peine, raconte d'Aubigné, à démêler les forêts, en une nuit très
obscure et fort glaceuse; le secours de Frontenac lui fut, en cela,
fidèle et bien à propos. Il passe donc l'eau au point du jour, à une
lieue de Poissy, perce un grand pays de Beauce, tout semé de
chevau-légers, repaît deux heures à Châteauneuf, là prend son maréchal
des logis L'Espine pour guide, à l'heure que les compagnies pouvaient
être averties, et le lendemain, il entre, d'assez bonne heure, dans
Alençon. Au matin d'après, son médecin Caillard lui offre son enfant,
afin qu'il fût de sa main présenté au baptême, ce qu'il accepta; et
cette nouveauté le fit recevoir sans nulle autre façon ni cérémonie.
On chanta, ce jour-là, au prêche, le psaume qui commence: _Seigneur,
le roi se réjouira d'avoir eu délivrance_. Ce prince s'enquit si on
avait pris ce psaume exprès pour sa bienvenue...» Il n'en était rien.
D'Alençon Henri se rendit à La Flèche, puis à Saumur, où il déclara
solennellement que «tout ce qu'il avait fait sur le changement de sa
religion était pure force et contrainte, et, partant, que la liberté
de sa personne lui rendant celle de sa volonté, il remettait aussi
son âme en l'exercice de sa première créance». Henri III lui fit tenir
plusieurs messages conçus en termes persuasifs, pour l'inviter à
revenir à la cour; mais ces démarches n'arrêtèrent pas un instant le
roi de Navarre. Il mit à profit, cependant, les dispositions amicales
de son beau-frère, pour obtenir que la princesse de Navarre, sa sœur,
fût autorisée à le rejoindre. Catherine et Henri se rencontrèrent à
Parthenay. En passant à Châteaudun, la princesse avait repris
publiquement, comme son frère, l'exercice de la religion calviniste.
Aucune grande entreprise ne se dessinait, en ce moment, contre la
cour; mais, de quelque côté que Catherine de Médicis tournât ses
regards, elle ne voyait que des ennemis ou des mécontents à la veille
de l'être. A la rigueur, elle pouvait combattre, et la coterie des
Guises l'y poussait; mais Henri III ne se souvenait guère des
penchants belliqueux de sa première jeunesse, et, d'ailleurs, la
reine-mère comptait moins sur ses armées que sur les ressources de sa
diplomatie. Cette diplomatie sans scrupules consistait généralement
dans un magnifique étalage de promesses et dans la défection à beaux
deniers de quelques adversaires de la cour.
Le traité conclu, au mois de mai, au couvent de Beaulieu, près de
Loches, et qu'on nomme aussi la «paix de Monsieur», fut conçu dans ces
principes. Le roi de Navarre, le prince de Condé, le duc d'Alençon et
le prince Casimir déposaient ou étaient censés déposer les armes, aux
conditions les plus favorables, en apparence. Néanmoins, il se trouva
que Monsieur était acheté au prix d'un beau supplément d'apanage, et
le prince Casimir manifestement soudoyé; le faisceau des hostilités
ainsi rompu, les protestants obtenaient des satisfactions platoniques
et quelques avantages réels, mais dont l'énumération détaillée importe
peu à l'histoire, puisque cette paix, qui devait être éternelle comme
les autres, fut violée aussitôt que publiée. Dès le mois de juin, en
effet, les huguenots surprenaient La Charité, au moment où le roi
tenait un lit de justice pour l'établissement des Chambres
mi-parties[17], qui était une des stipulations du traité. Quant aux
reîtres de Casimir, ils ne repassèrent la frontière que trois mois
plus tard, à moitié payés et nantis de gages sérieux pour le
complément de la dette royale. Mais la conséquence la plus grave de la
paix de Beaulieu fut l'émotion dangereuse qu'elle provoqua parmi les
catholiques, et qui aboutit à l'organisation définitive, plus encore,
à la première levée de boucliers de la Ligue. Les principaux faits qui
caractérisent l'éclosion de cette nouvelle puissance doivent trouver
place dans notre récit.
[17] Appendice: XI.
Aux termes du traité de Beaulieu, d'Humières, gouverneur de Péronne,
reçut l'ordre de remettre cette place au prince de Condé. Péronne
devenait un centre protestant qui pouvait attirer tous les fléaux de
la guerre sur la Picardie, voisine des Pays-Bas. Le gouverneur,
arguant de ce motif, dont fut frappé l'esprit des Picards, refusa de
livrer Péronne, et toute la province fut invitée à former une ligue
catholique analogue à celle qui s'était organisée, sous le règne
précédent, en Bourgogne et en Guienne. Il y avait pourtant cette
différence, que les ligues formées sous Charles IX par les gouverneurs
devaient obéir au roi, et que les nouveaux ligueurs, sans s'élever
contre l'autorité royale, s'apprêtaient, quoi qu'il arrivât, à agir
contre les édits. L'incapacité du roi était posée en principe ou
prévue, et la nouvelle ligue voulait être en mesure de prendre en
mains la défense de la religion et du pays. Telles étaient les vues
d'un grand nombre d'associés, vues hardies mais en partie légitimes;
malheureusement, elles se modifièrent avec le temps, et les faits
démontrèrent bientôt que la ligue était, pour les principaux meneurs,
un instrument de domination et d'usurpation. Plusieurs associations ne
tardèrent pas à se former à l'exemple de celle de Péronne. Celle du
Poitou se montra des plus actives. La ligue parisienne fut organisée
sous le patronage discret des Guises, dont elle devait servir si
violemment la politique factieuse. Toutes ces ligues, d'abord
distinctes, furent bientôt en correspondance les unes avec les autres,
et arrivèrent à n'en former qu'une seule, qui embrassa la France
entière.
Le texte des célèbres statuts de la ligue de Picardie, copié sur
l'original par le Père Louis Maimbourg, est noté à l'Appendice[18].
Cette formule fut généralement adoptée, dans la suite, par tous les
ligueurs de France. Ce qui en ressort avec une parfaite évidence,
c'est la création d'un Etat dans l'Etat; aussi s'explique-t-on
difficilement l'aberration du pouvoir royal, qui ne prévit pas les
conséquences d'un tel acte, ou qui, les prévoyant, crut les conjurer,
peut-être en profiter, par son adhésion. Eternelle histoire des
gouvernements qui doivent périr: ils s'imaginent lier à leur joug,
par le patronage, l'idée ou le parti qui sera l'instrument de leur
perte!
[18] Appendice: XII.
Entre la signature du traité de Beaulieu et les résolutions prises aux
Etats de Blois, dont nous parlerons à leur date, la situation fut
difficile pour le roi de Navarre. Il y avait dans les faits une telle
inconsistance, qu'il en pouvait résulter de l'incohérence dans son
esprit. Mais, quoiqu'il eût à peine atteint sa vingt-troisième année,
qu'il eût des ressources très bornées et peu d'amis à toute épreuve,
il traversa, avec quelque bonheur, cette année de tâtonnements et
d'aventures.
Une fois libre, il s'empressa de ressaisir, au moins par sa
correspondance, le gouvernement de ses Etats, pendant que les
négociations relatives à la paix lui faisaient un devoir d'en rester
encore éloigné. La paix conclue, bien qu'il n'eût guère confiance dans
les promesses de Catherine, il prit à l'égard de l'édit une attitude
que nous lui verrons conserver systématiquement envers tous ceux qui
suivirent: il en recommanda, publiquement et en particulier, la
stricte observation à tous ses gouverneurs et officiers. C'était le
début d'un esprit essentiellement politique et qui devait surpasser de
beaucoup la plupart de ceux de son temps. Cette direction donnée à ses
amis et à tous ses partisans, il se sentit attiré à La Rochelle, qui
lui rappelait tant de souvenirs et qu'il savait être restée la vraie
capitale de ce qu'on aurait pu appeler l'Etat calviniste français. De
Niort et de Surgères, il écrivit aux «maire, échevins et pairs de La
Rochelle». Devenus méfiants, depuis son abjuration, pourtant forcée,
ils lui avaient envoyé, sur son désir de les visiter, des députés
chargés de pénétrer ses intentions.
La glace ne fut pas rompue du premier coup, mais elle le fut enfin par
la lettre du 26 juin, pressante, cordiale, et qui émut les Rochelais,
très heureux, en somme, de revoir dans leurs murs le fils de cette
grande Jeanne d'Albret qu'ils avaient tant aimée et admirée. Henri
leur disait: «Désirant vous aller visiter, comme mes bons amis, avant
que je m'éloigne de ces quartiers, d'autant que je suis contraint
d'aller bientôt en Guienne, je ne veux point que, pour le présent,
vous me fassiez aucune entrée, comme aussi je ne veux, cette fois,
entrer comme gouverneur et lieutenant-général pour le roi: encore
moins voudrais-je préjudicier aucunement à vos privilèges, ni au
traité de la paix... Je n'entends aussi y établir aucun gouverneur,
mais visiter privément comme ami, avec ma maison seulement, suivant
la liste que je vous ai envoyée. Et n'y mènerai personne qui puisse
être suspect et dont je ne réponde...»
Les Rochelais ne s'en tinrent pas au cérémonial de réception tracé
dans ce billet. Sully nous apprend que, hormis la présentation du
dais, ils rendirent au roi de Navarre tous les honneurs qu'ils
auraient pu rendre au roi de France. En revanche, ils refusèrent
d'accueillir quelques-uns des catholiques qui étaient à sa suite,
quand ils surent que ces gentilshommes avaient trempé dans les
massacres de la Saint-Barthélemy.
Rapproché de son gouvernement de Guienne et de ses pays souverains, le
roi de Navarre entretint avec ses partisans de plus fréquentes et de
plus fructueuses relations. Mais il y avait été précédé par les
instructions de Henri III: «Je suis averti», écrivait le roi au
maréchal de Montluc, que «le roi de Navarre a pris le chemin pour
aller à mon pays de Guienne, où je sais qu'il n'aura faulte
d'adhérents et serviteurs, tant à cause des grands biens qu'il y
possède que pour plusieurs autres causes et considérations; au moyen
de quoi, s'il ne trouve personne audit pays d'autorité et qualité, tel
qu'il est nécessaire, pour donner opposition et empêchement à ses
entreprises, je crains grandement qu'il en advienne de grands
inconvénients à mon service. Partant, je vous prie vous employer pour
me faire quelque bon et notable service, afin que mondit cousin trouve
les choses mieux disposées pour mon service qu'il ne se promet...»
Un des premiers soins de Henri fut de tâcher d'établir une entente
parfaite entre lui et le maréchal de Damville, gouverneur de
Languedoc, ce chef militaire des politiques qui plus tard devait
répudier l'alliance calviniste et, plus tard encore, embrasser la
cause de Henri pour la servir jusqu'au triomphe. Le maréchal venait de
convoquer l'assemblée des députés des provinces méridionales, composée
de représentants de la noblesse et du Tiers-Etat, de magistrats et de
ministres huguenots. Par leurs délibérations, ces députés pouvaient
apporter un appui efficace au gouverneur dans la plupart de ses actes
de politique ou d'administration. Henri avait donc un grand intérêt à
entretenir des relations suivies et amicales avec Damville: il tendait
logiquement à devenir lui-même le chef supérieur des politiques, comme
il était celui des huguenots, et l'assemblée convoquée par le maréchal
allait agiter des questions dont plusieurs pouvaient être de premier
ordre. Aussi le roi disait-il à Damville, le 16 juin, après avoir loué
la «bonne et sainte convocation» qu'il venait de faire: «J'espère
envoyer bientôt mes députés pour me joindre à un si bon œuvre, duquel
nous devons attendre beaucoup de fruit, y intervenant l'autorité de
Monsieur et la présence de tant de gens de bien»; et il ajoutait: «Je
m'achemine tant que je puis en mon gouvernement, et ce qui me fait
plus désirer de passer de là est l'envie que j'ai de vous voir et
communiquer avec vous de plusieurs choses concernant le bien commun de
ce royaume et principalement de notre parti».
Avant de quitter La Rochelle, où il séjourna peu de temps, en
compagnie de Catherine de Bourbon, le roi de Navarre fit tenir un
certain nombre de messages écrits ou verbaux à des personnages
influents du gouvernement de Guienne, du duché d'Albret et de
l'Armagnac, afin d'aller moins à l'aventure quand il aborderait ces
pays, qui ne le connaissaient plus guère que de nom. La lettre
suivante, adressée à un seigneur catholique, Manaud de Batz, qui fut
bientôt un de ses plus valeureux partisans, donne le ton à la fois
royal et insinuant de cette correspondance: «Monsieur de Batz, je vous
veux bien faire savoir qu'êtes sur l'état de la défunte reine, ma
mère, de ceux-là à elle appartenant et de tout temps bons amis et
serviteurs des siens. Par quoi, faisant état de votre bonne volonté,
je vous prie faire et croire ce que vous dira M. d'Arros de ma part.
Et serai bientôt à même de connaître les véritables gens de cœur qui
se voudront acquérir honneur pour bien faire avec moi; entre lesquels
je fais état de vous trouver toujours...--Je vous prie m'assurer vos
amis et me venir voir à mon passer à Auch, partant de ce pays de La
Rochelle[19]».
[19] Appendice: XIII.
Etant encore à La Rochelle, le roi de Navarre reçut du maire et des
jurats de Bordeaux une requête à laquelle il s'empressa de faire
droit, sans se douter que, peu de temps après, cet acte de
bienveillance serait payé d'ingratitude par la capitale de la Guienne.
Nous citons le texte royal, comme nous le citerons toutes les fois
qu'il pourra sans inconvénient s'intercaler dans notre récit: plût à
Dieu que Henri IV eût écrit son histoire tout entière! «Monsieur de
Bajaumont, ordonne le roi de Navarre au général (trésorier général)
d'Agenais, les maire et jurats de Bordeaux m'ont fait entendre qu'il a
été mené en la ville d'Agen quelques pièces d'artillerie, balles,
poudres et matériaux qui leur appartiennent. Maintenant qu'il a plu à
Dieu nous donner la paix, ils désireraient que le tout leur fût rendu
et restitué. A cette cause, désirant la conservation de ladite ville
de Bordeaux, comme plus importante pour le pays de Guienne, je vous
prie ordonner de restituer lesdites pièces, balles, poudres, etc.»