XVI

Mais si l'âme n'était qu'intelligence, elle serait sans activité,

sans moralité, et par conséquent sans mérite. Sa seule activité

serait de contempler, sa seule moralité serait de réverbérer les

lueurs de Dieu en elle; son seul mérite serait de faire un acte

perpétuel, mais fatal et involontaire, de foi dans la création et

dans le Créateur. Cela serait beau, mais cela ne serait pas saint,

car la volonté seule est sainte; autrement le miroir qui réfléchit la

lumière aurait autant de vertu que le feu qui la produit.

Dieu a donc associé, dans l'âme, à la faculté de comprendre, la

faculté de sentir, ou le sentiment. C'est par là que l'âme devient

humaine, et, si j'ose le dire, sans qu'on se méprenne à mon

expression matérielle, c'est-à-dire en contact par ses sensations

avec la matière, si inférieure cependant à l'intelligence. C'est par

là que cette âme souffre, qu'elle jouit, qu'elle hait, qu'elle aime,

qu'elle répugne, qu'elle désire, en un mot qu'elle éprouve en elle le

mystérieux contre-coup des passions, passions qui sont presque toutes

des sensations matérielles communiquées à l'âme immatérielle et

transformées en sentiments. Mais c'est par là aussi qu'elle éprouve

la douleur toute intellectuelle de sa condition d'ici-bas et qu'elle

prend l'horreur de cette existence, la passion d'en sortir, l'amour

de la vraie vie, de la liberté, de l'immortalité, de l'éternité de

Dieu enfin, jusqu'au désespoir, jusqu'au délire, jusqu'au suicide.

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 191 / 197 题