S'il parcourt l'espace, s'il remonte les temps, il voit presque
autant de religions que de grandes divisions de temps ou que de
grandes divisions du globe: la foi de Wichnou et de Brama dans
l'Orient, celle de Fô et de Confutzé dans la Chine, celle de
Zoroastre dans la Perse, celle de Pythagore dans l'Asie, celle
d'Osiris dans l'Égypte, celle de Jupiter et de son Olympe, foi
d'enfants en nourrice, dans la Grèce, celle de Tentatès dans la
Gaule, celle des dieux scandinaves dans les Germanies, celle de
Jéhovah dans la Judée, celle du Christ dans l'Asie et dans l'Europe
romaine, celle d'Allah dans l'Arabie, dans l'Inde moderne, dans
l'Asie Mineure, dans l'Afrique entière; et, parmi ces religions,
presque autant de subdivisions, de schismes, d'antipathies, de
rameaux divergents que de souches, se disputant les symboles et les
interprétations, et s'arrachant les unes aux autres les sectateurs,
la polémique acharnée sur les lèvres ou le glaive impitoyable dans
la main. Ô Babel de Dieu! presque aussi confuse que la Babel des
hommes! C'est là véritablement le profond de l'abîme, le comble
de l'infirmité humaine, que, là où l'homme dégoûté de la vie se
précipite dans la foi d'une autre vie, seule explication de l'énigme
de celle-ci, il trouve, quoi? un autre inconnu, plus terrible que
le premier, au delà de l'inconnu de la tombe, et qu'il tremble de
n'embrasser qu'un rêve fugitif dans ses bras désespérés, en croyant
embrasser enfin l'éternelle réalité d'où il émane et à laquelle il
retourne!