XVII

Mais l'imprévu de la mort, ce n'est rien encore, non, rien, en

comparaison de l'inconnu du sépulcre. Où allons-nous? et allons-nous

même quelque part par ce ténébreux chemin?

Quand cette heure du vide du coeur et de la solitude faite autour de

nous à l'improviste par la mort arrive, nous nous retournons avec

anxiété vers l'éternel contemporain de nos âmes, vers Dieu, et nous

cherchons dans la religion le secret de cet horrible inconnu de la

mort, le pire des supplices pour l'être pensant, car il les renferme

tous. L'inconnu en effet, dit _Pascal_, n'est-ce pas l'infini de la

terreur?

Nous demandons donc par les religions de la terre au Dieu du ciel de

nous révéler le mystère de cet inconnu de la mort!

Mais ici commence un bien autre supplice, encore plus horrible,

plus raffiné que la mort elle-même et que l'inconnu de la mort: le

supplice de l'âme qui les contient tous en suspens dans un mot: le

DOUTE! Le doute, cet inconnu suprême et final dans l'organe même

destiné à connaître! le doute, cette maladie de l'intelligence! le

doute, cette nuit qui n'est pas dans l'air, mais dans l'oeil! le

doute, cette irrémédiable cécité de l'esprit (ô chef-d'oeuvre de

raffinement dans le supplice)! La lumière elle-même est malade, et

l'homme en la regardant ne voit que des ombres; il y a des taches non

plus seulement sur le soleil, il y a des taches sur Dieu!... Que les

yeux tombent de leurs orbites; ils ne servent plus à rien!

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 153 / 197 题