Mais l'imprévu de la mort, ce n'est rien encore, non, rien, en
comparaison de l'inconnu du sépulcre. Où allons-nous? et allons-nous
même quelque part par ce ténébreux chemin?
Quand cette heure du vide du coeur et de la solitude faite autour de
nous à l'improviste par la mort arrive, nous nous retournons avec
anxiété vers l'éternel contemporain de nos âmes, vers Dieu, et nous
cherchons dans la religion le secret de cet horrible inconnu de la
mort, le pire des supplices pour l'être pensant, car il les renferme
tous. L'inconnu en effet, dit _Pascal_, n'est-ce pas l'infini de la
terreur?
Nous demandons donc par les religions de la terre au Dieu du ciel de
nous révéler le mystère de cet inconnu de la mort!
Mais ici commence un bien autre supplice, encore plus horrible,
plus raffiné que la mort elle-même et que l'inconnu de la mort: le
supplice de l'âme qui les contient tous en suspens dans un mot: le
DOUTE! Le doute, cet inconnu suprême et final dans l'organe même
destiné à connaître! le doute, cette maladie de l'intelligence! le
doute, cette nuit qui n'est pas dans l'air, mais dans l'oeil! le
doute, cette irrémédiable cécité de l'esprit (ô chef-d'oeuvre de
raffinement dans le supplice)! La lumière elle-même est malade, et
l'homme en la regardant ne voit que des ombres; il y a des taches non
plus seulement sur le soleil, il y a des taches sur Dieu!... Que les
yeux tombent de leurs orbites; ils ne servent plus à rien!