Aussi voyez ce que cet imprévu de la mort fait de nos joies, de nos
espérances, de nos amours! Vous déposez votre coeur tout entier,
comme un fardeau qui pèse à porter, dans le sein d'une épouse jeune
et adorée qui ne doit vous le rendre qu'à la tombe, la mort la
cueille dans vos bras, sous vos baisers, et le fossoyeur ensevelit
sans le voir deux coeurs dans un seul cercueil!... Ainsi de nos
pères, de nos mères, ainsi de nos enfants, ainsi de nos amis, ainsi
de nos contemporains, ces parents de temps auxquels nous nous
attachons par contiguïté de berceau, par voisinage de sépulcre; êtres
aimés que nous espérions devoir nous survivre, et dont nous voyons
les rangs s'éclaircir prématurément autour de nous, et nous laisser
seuls de nos dates comme des traîneurs de la vie, dépaysés dans des
générations inconnues!