Et à quoi se passe ce clignement d'oeil d'existence?
À chanceler sans équilibre et à balbutier sans parole pendant les
premières années, qu'on appelle heureuses parce qu'elles sont
celles où l'homme a le moins conscience de son être, et qu'elles
ressemblent, en effet, le plus au néant; à grandir pendant quelques
autres années, et à recevoir, par transmission de ses parents, une
certaine dose d'idées reçues, les unes sagesse, les autres sottises,
dont se compose, pour l'homme, la pensée de sa tribu, ce qu'on
appelle la civilisation, s'il est civilisé, ou la barbarie, s'il ne
l'est pas: la différence n'est pas très-sensible à qui contemple de
très-haut et des sommets de la vérité éternelle ces deux conditions
de l'espèce humaine. Du crépuscule à l'aurore, voilà l'intervalle.