Mais, malgré les dispositions équitables, équilibrées, et je dirai
même heureuses de ma nature, je le dirai avec la sincérité et avec
l'audace de Job, tout pesé, tout balancé, tout calculé, tout pensé et
tout repensé, en dernier résultat, la vie humaine (si on soustrait
Dieu, c'est-à-dire l'infini) est le supplice le plus divinement ou
le plus infernalement combiné pour faire rendre, dans un espace
de temps donné, à une créature pensante, la plus grande masse de
souffrances physiques ou morales, de gémissements, de désespoir, de
cris, d'imprécations, de blasphèmes, qui puisse être contenue dans un
corps de chair et dans une âme de... Nous ne savons pas même le nom
de cette essence par qui nous sommes!...
Jamais un homme, quelque cruel qu'on le suppose, n'aurait pu arriver
à cette infernale et sublime combinaison de supplice; il a fallu un
Dieu pour l'inventer!