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Ce fut dans la même année qu'une personne qui m'était bien chère

me présenta dans son salon à M. de Bonald. J'avais adressé à cet

écrivain, sur la foi de cette amie, une ode de complaisance. Je ne

l'avais pas lu, mais je savais qu'il était l'honnête et éloquent

apôtre d'une espèce de théocratie sublime et nuageuse qui serait la

poésie de la politique, si Dieu daignait nommer ses vice-rois et ses

ministres sur la terre.

Cette doctrine, tout orientale et toute biblique, fascinait alors

ma jeune imagination. Elle était sincère chez M. de Bonald, homme

honnête, pieux, convaincu, qui ne cherchait à tromper personne. Il

employait un grand esprit et un bon style du dix-septième siècle à se

peindre lui-même dans ses propres sophismes. Je fus frappé et attiré

par sa noble figure de gentilhomme de campagne qui me rappelait celle

de mon père. Il m'accueillit comme un jeune homme dont on espère

bien, mais qu'on ne cherche ni à flatter ni à éblouir. Je l'aimai et

je l'estimai jusqu'à sa mort. Il y avait de la simplicité dans son

génie, et de la divinité au moins dans son système.

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 117 / 197 题