L'année précédente j'avais satisfait presque aussi malheureusement ma
passion, bien plus vive encore, d'apercevoir madame de Staël et de
graver cette Sapho du siècle dans un souvenir immortel de mes yeux.
Assis pendant une journée entière sur le revers d'un fossé, entre
_Nyons_ et _Coppet_, en Suisse, pour la voir passer en voiture, je
l'avais entrevue enfin entre la poussière de ses roues. C'était un
éclair, mais cet éclair était pour moi celui de la gloire.
Cette seconde image d'une des plus hautes personnifications de
l'esprit humain sous la forme d'une femme m'inspira un second respect
pour la fécondité de mon siècle. On mesure la hauteur des montagnes à
leurs sommets les plus élevés, et les siècles à leurs individualités
culminantes. Il n'y aurait qu'une de ces individualités, comme M. de
Chateaubriand et madame de Staël, dans un pays et dans un siècle,
qu'on dirait avec raison: Le siècle est grand!