XXVII

Ainsi une femme achevait la langue de Bossuet et préparait celle de

Voltaire. On dirait qu'une faveur secrète de la destinée façonnait

ainsi, tantôt sur l'enclume, tantôt sur les genoux d'une mère, le

plus divers, le plus malléable et le plus universel instrument de

communication de sentiments et d'idées pour la littérature française.

Nous avons été injuste quelquefois envers cette langue dans notre

jeunesse, en l'accusant d'être trop rebelle à la poésie et trop avare

pour l'imagination. Nous nous en repentons maintenant à la réflexion.

Elle n'est rebelle et avare que pour les faibles ou pour faire

accomplir de plus vigoureux efforts à l'esprit. Elle veut qu'on lui

arrache ce qu'elle donne, c'est-à-dire que, comme les instruments de

musique les plus parfaits, elle ne souffre pas la médiocrité; elle

veut des chefs-d'oeuvre ou rien.

Heureux les hommes qui parlent ou qui écrivent en français!

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 67 / 197 题