Ainsi une femme achevait la langue de Bossuet et préparait celle de
Voltaire. On dirait qu'une faveur secrète de la destinée façonnait
ainsi, tantôt sur l'enclume, tantôt sur les genoux d'une mère, le
plus divers, le plus malléable et le plus universel instrument de
communication de sentiments et d'idées pour la littérature française.
Nous avons été injuste quelquefois envers cette langue dans notre
jeunesse, en l'accusant d'être trop rebelle à la poésie et trop avare
pour l'imagination. Nous nous en repentons maintenant à la réflexion.
Elle n'est rebelle et avare que pour les faibles ou pour faire
accomplir de plus vigoureux efforts à l'esprit. Elle veut qu'on lui
arrache ce qu'elle donne, c'est-à-dire que, comme les instruments de
musique les plus parfaits, elle ne souffre pas la médiocrité; elle
veut des chefs-d'oeuvre ou rien.
Heureux les hommes qui parlent ou qui écrivent en français!