Ici, permettez-moi une digression involontaire, mais que l'occasion
amène sans que je l'aie cherchée sous ma plume.
On me dit quelquefois, avec un reproche que je trouve plus mal
informé qu'injuste: TU ES ILLE VIR! _Tu étais cet homme!_ ou plutôt,
«Pourquoi, en 1848, n'as-tu pas su être cet homme?»
Pour comprendre pourquoi je n'ai pas été cet homme, il faudrait être
au fond de mes pensées les plus intimes à cette époque, et connaître
en même temps les mystères de la situation vraiment étrange où la
France elle-même était haletante pendant la révolution soudaine,
imprévue et cernée de périls du commencement de la république. Je
vais, en peu de mots, vous introduire au fond de mes pensées les
plus secrètes, comme au fond de la situation qu'une révolution
si soudaine faisait à la France, dont je dirigeais la politique
extérieure. Vous jugerez après si j'étais dans les conditions voulues
pour soulever, garantir et médiatiser l'Italie, à moi tout seul.
L'Italie elle-même saura si elle doit me condamner ou m'absoudre.
Je confesserai tout pour moi et contre moi. Les réticences sont des
mensonges en histoire. Qui ne sait pas tout ne sait rien. Je vais
tout dire.