D'un autre côté, cette jeunesse éternelle de l'esprit humain,
renouvelée de génération en génération et de race en race, l'empêche
de tomber dans ce découragement de lui-même et dans ce dénigrement
de son temps, qui est une erreur aussi commune mais moins noble
que le rêve du progrès continu, illimité et indéfini sur la terre.
Celui qui a fait le jour et la nuit pour le globe terrestre a
fait aussi le jour et la nuit pour l'esprit humain. Il y a eu un
commencement de l'humanité; M. Pelletan et ses amis le confessent.
Le monde a-t-il commencé par un jour? a-t-il commencé par une nuit?
Nous croyons qu'il a commencé par une aurore. Ces philosophes
croient qu'il a commencé par les ténèbres. Question insoluble et
puérile!..... L'esprit humain a-t-il commencé par l'imbécillité
et la barbarie? a-t-il commencé par l'intelligence? Nous croyons,
sans l'affirmer, qu'il a commencé par l'intelligence. Question
de goût, d'imagination et de préférence!... Mais l'esprit humain
a-t-il marché sans discontinuité, sans décadence, sans vicissitude,
sans chute et rechute, sans éclipse, de progrès illimités en
progrès illimités, jusqu'à son progrès suprême, sa divinisation
sur la terre?... Question de nature, d'histoire, d'évidence, que
la nature, l'histoire, l'évidence, résolvent malheureusement par
l'écroulement perpétuel et par la renaissance perpétuelle de toutes
les choses humaines, et qu'elles résolvent contre ce beau rêve de ces
philosophes de l'ascension continue. L'échelle de Jacob était un beau
rêve aussi, mais on n'y montait qu'endormi; et de plus, à l'échelle
de Jacob, il manquait malheureusement un échelon: c'est celui qui
montait du fini à l'infini. Heureux les hommes qui croient l'avoir
retrouvé! Quant à nous, nous restons tristement au pied de l'échelle,
bien convaincu qu'elle porte à faux, et que son sommet n'est qu'un
vertige.