courte, car, au fond, elle est l'échelle avec laquelle nous mesurons
toutes les autres longueurs de temps.--L'_Oupanischad du Véda_ (vol. 2)
donne 100 ans pour la _durée naturelle_ de la vie, et avec raison, à mon
avis; car j'ai remarqué que ceux-là seulement qui dépassent 90 ans
finissent par l'euthanasie, c'est-à-dire qu'ils meurent sans maladie,
sans apoplexie, sans convulsion, sans râle, quelquefois même sans pâlir,
le plus souvent assis, principalement après leur repas: il serait plus
exact de dire qu'ils ne meurent pas, ils cessent de vivre seulement. À
tout autre âge antérieur à celui-là, on ne meurt que de maladie, donc
prématurément.--Dans l'Ancien Testament (Ps. 90, 10), la durée de la vie
humaine est évaluée à 70, au plus à 80 ans; et, chose plus importante,
Hérodote (I, 32, et III, 22) en dit autant. Mais c'est faux et ce n'est
que le résultat d'une manière grossière et superficielle d'interpréter
l'expérience journalière. Car, si la durée naturelle de la vie était de
70-80 ans, les hommes entre 70 et 80 ans devraient _mourir de
vieillesse;_ ce qui n'est pas du tout: ils _meurent de maladies_, comme
leurs cadets; or la maladie, étant essentiellement une anomalie, n'est
pas la fin naturelle. Ce n'est qu'entre 90 et 100 ans qu'il devient
normal de _mourir de vieillesse,_ sans maladie, sans lutte, sans râle,
sans convulsions, parfois sans pâlir, en un mot d'_euthanasie_.--Sur ce
point aussi, l'_Oupanischad_ a donc raison en fixant à 100 ans la durée
naturelle de la vie. (_Note de Schopenhauer._)]
[45: J'ai cru devoir mettre en italiques et entre crochets [ ] ces
quelques lignes, parce qu'elles ne se rapportent en aucune façon à ce
qui précède immédiatement; le lecteur a pu remarquer que le même cas
s'est présenté plusieurs fois déjà dans le cours du volume, notamment au
chapitre 5. Cela s'explique très facilement si l'on admet que ce sont là
des intercalations plus ou moins heureusement pratiquées par M.
Frauenstaedt (éditeur des éditions postérieures à la 1re), à qui
Schopenhauer a légué ses manuscrits et ses nombreuses notices. Je suis,
d'autant plus porté à croire mon explication la vraie, que des personnes
autorisées, entre autres M. de Gr...ch, m'ont affirmé que la 1re édition
ne contient aucune de ces incohérences ni de ces trop fréquentes
redites, dans des termes presque identiques, que l'on peut également
constater. Pour ma part, malheureusement, je n'ai eu sous les yeux,
comme texte pour la traduction, que les 2e et 3e éditions. (_Note du
traducteur._)]
[46: Environ 62 planètes télescopiques ont encore été découvertes
depuis; mais c'est là une innovation dont je ne veux pas entendre
parler. Aussi j'en use à leur égard comme les professeurs de philosophie
en ont usé vis-à-vis de moi: je n'en veux rien savoir, car elles
discréditent la marchandise que j'ai en boutique. (_Note de l'auteur._)]