Le soleil commençait à baisser quand le bûcheron se réveilla. Il
retourna tranquillement à sa besogne, et d'un bras vigoureux il attaqua
le tronc de l'arbre qu'il avait ébréché le matin. La cognée résonnait
sur le bois, mais elle ne l'entamait guère; Zerbin suait à grosses
gouttes et frappait en vain cet arbre maudit, qui défiait tous ses
efforts.
--Ah! dit-il en regardant sa cognée tout ébréchée, quel malheur qu'on
n'ait pas inventé un outil qui coupât le bois comme du beurre! J'en
voudrais un comme ça.
[Illustration: Elle fit trois ronds en l'air avec sa baguette de
coudrier.]
Il recula de deux pas, fit tourner la cognée sur sa tête et la lança
d'une telle force qu'il alla tomber à dix pieds, les bras en avant, le
nez par terre.
--_Per Baccho!_ s'écria-t-il, j'ai la berlue; j'ai frappé à côté.
Zerbin fut bientôt rassuré, car au même instant l'arbre tomba, et si
près de lui que peu s'en fallut que le pauvre garçon ne fût écrasé.
--Voilà un beau coup! s'écria-t-il, et qui avance ma journée. Comme
c'est tranché! on dirait d'un trait de scie. Il n'y a pas deux bûcherons
pour travailler comme le fils de ma mère.
Sur ce, il rassembla toutes les branches qu'il avait abattues le matin;
puis, déliant une corde qu'il avait roulée autour de sa ceinture, il se
mit à cheval sur le fagot pour le serrer davantage, et il l'attacha avec
un noeud coulant.
--A présent, dit-il, il faut traîner cela à la ville. Il est facheux que
les fagots n'aient pas quatre jambes comme les chevaux! Je m'en irais
fièrement à Salerne et j'y entrerais en caracolant, à la façon d'un beau
cavalier qui se promène sans rien faire. Je voudrais me voir comme ça.
A l'instant, voici le fagot qui se soulève et qui se met à trotter d'un
pas allongé. Sans s'étonner de rien, le bon Zerbin se laissait emporter
par cette monture d'espèce nouvelle, et tout le long du chemin il
prenait en pitié ces pauvres petites gens qui marchaient à pied, faute
d'un fagot.