Louis Bonaparte, né en 1778, est un homme sur lequel les opinions ont
été fort diverses. Une certaine hypocrisie de quelques vertus, des
moeurs plus régulières que celles de sa famille, des opinions bizarres,
appuyées plutôt cependant sur des théories hasardées que sur des
principes solides, ont abusé beaucoup de monde, et séparé sa réputation
de celle de ses frères.
Avec beaucoup moins d'esprit que Napoléon et Lucien, il a pourtant
quelque chose de romanesque dans l'imagination qu'il a su allier à une
complète sécheresse de coeur. Les habitudes d'une mauvaise santé ont
flétri sa jeunesse et ajouté à la tristesse âcre de son caractère. Je ne
sais si livré à lui-même, cette ambition si naturelle à toute sa famille
se fût aussi développée en lui, mais il a montré dans plusieurs
occasions qu'il croyait devoir profiter des chances que les
circonstances lui ont offertes.
On lui a su gré d'avoir voulu gouverner la Hollande dans les intérêts de
ce pays, au mépris des volontés de son frère, et son abdication, causée
par un caprice plutôt que par un sentiment généreux, lui a cependant
fait honneur. Elle est au fond la meilleure action de sa vie.
Louis Bonaparte est essentiellement égoïste et défiant. La suite de ces
Mémoires servira à le faire mieux connaître. Bonaparte disait un jour de
lui: «Ses feintes vertus me donnent autant d'embarras que les vices de
Lucien.» Il s'est retiré à Rome depuis la chute de sa famille.