IV

Le président du conseil était parvenu à mettre dans sa main les

fonctionnaires, les ministres, on pourrait presque dire le Roi; ce

n'était pas tout. Il avait conçu cette idée originale et généreuse, de

résister à la révolution sans toucher à la liberté, et de trouver dans

l'action parlementaire la force que les gouvernements sont plus

souvent tentés de demander à l'administration et à l'armée. Il lui

fallait donc le concours des Chambres; il lui fallait surtout ce qu'on

ne connaissait plus depuis la révolution, ce qu'aucun des ministères

précédents, pas plus celui du 11 août que celui de M. Laffitte,

n'avait été en état ou en volonté de former: une majorité; il lui

fallait opérer le classement et le départ de ces députés d'opinions si

diverses, qui, par calcul, par timidité, ou souvent par ignorance de

leurs propres volontés, étaient demeurés jusqu'ici confondus. Aussi,

dès le premier jour, afin de forcer les adversaires à se déclarer et

les amis à se compromettre, il faisait, pour tous ses projets, ce que

ses prédécesseurs n'avaient pas osé risquer même pour les lois les

plus importantes: il demandait un vote de confiance et posait la

question de cabinet. Voyez-le, défiant la gauche, éperonnant les

conservateurs, leur mettant le marché à la main, ménageant encore

moins ses partisans que ses ennemis; prêt à risquer son honneur et sa

vie dans la bataille, mais à la condition, nettement posée, d'être

suivi et obéi; ne tolérant pas qu'il se formât de groupes

indépendants, de tiers parti; exigeant que tous marchassent derrière

lui, si l'on ne voulait pas qu'il s'en allât. Il poussait loin ses

exigences en fait de discipline; on connaît la boutade irritée par

laquelle il répondait un jour à des députés de la majorité, venant lui

apporter des objections contre je ne sais quelle mesure, et faisant

pressentir leur abandon: «Je me moque bien de mes amis, s'écria-t-il,

quand j'ai raison; c'est quand j'ai tort qu'il faut qu'ils me

soutiennent[523].» Dans ce maniement des députés, il apportait une

rudesse, une colère parfois presque méprisante, qui n'étaient pas des

modèles imitables par tous et en tout temps, mais qu'excusaient, que

nécessitaient peut-être, et le mal contre lequel il fallait réagir, et

le péril dont il fallait se garer; on ne demande pas la politesse au

capitaine pendant le combat; il lui est permis de jurer et de malmener

ses hommes, surtout quand il les trouve débandés, démontés, presque

mêlés à l'ennemi, déshabitués d'obéir et même de se battre. Ne

l'oublions pas d'ailleurs, Périer obtenait beaucoup des conservateurs,

non-seulement parce qu'il les intimidait et les violentait, mais parce

qu'il leur inspirait confiance, ce qui valait mieux encore.

[Note 523: Dans un article publié, le 1er janvier 1848, par la _Revue

des Deux Mondes_, M. de Morny donne cette autre version: «Eh! le beau

mérite, monsieur, de voter pour moi, lorsque vous m'approuvez! Mes

ennemis cessent-ils de me combattre quand j'ai raison? Soutenez-moi

donc quand j'ai tort.»]

L'oeuvre était laborieuse et demandait du temps. Elle en demanda

d'autant plus qu'à peine parvenu à grouper une majorité, Casimir

Périer, dut tout recommencer sur un terrain nouveau. L'une des charges

qu'il n'avait pu répudier, dans l'héritage du ministère Laffitte,

était l'engagement de dissoudre la Chambre; celle-ci datait de la

Restauration, et le mode de suffrage suivant lequel elle avait été

nommée avait été changé et quelque peu élargi depuis la révolution. La

session fut close le 20 avril 1831, la dissolution prononcée le 31

mai, et les élections fixées au 5 juillet. Périer marqua fermement et

loyalement la conduite qu'il suivrait dans ces élections, répudiant

les pressions abusives et les séductions malhonnêtes, mais déclarant

que le gouvernement ne serait pas «neutre» et que l'administration ne

devait pas l'être plus que lui[524]. Le but qu'il poursuivait était

toujours le même: former, dans la Chambre nouvelle, la majorité dont

il avait besoin, écarter les équivoques, les incertitudes et les

compromissions qui avaient jusqu'alors empêché la formation de cette

majorité. Pour cela, il eût voulu que la lutte s'engageât nettement

entre sa politique et celle de l'opposition, chaque candidat se

prononçant pour l'une ou pour l'autre, et devant, par suite, une fois

élu, siéger à droite ou à gauche. Mais une question s'éleva, qui vint

à la fois tout dominer et tout brouiller.

[Note 524: Les circulaires envoyées par Casimir Périer, en cette

occasion, ont été souvent citées; il écrivait dans celle du 3 mai: «Je

vous dirai sans détour l'intention générale du gouvernement; _il ne sera

pas neutre dans les élections; il ne veut pas que l'administration le

soit plus que lui_. Sans doute sa volonté est avant tout que les lois

soient exécutées avec une rigoureuse impartialité, avec une loyauté

irréprochable. Aucun intérêt public ne doit être sacrifié à un calcul

électoral, aucune décision administrative ne doit être puisée dans

d'autres motifs que le vrai, le juste, le bien commun; les opinions ne

doivent être jamais prises pour des droits; enfin l'indépendance des

consciences doit être scrupuleusement respectée. Le secret des votes est

sacré, et aucun fonctionnaire ne saurait être responsable du sien devant

l'autorité. Mais entre l'impartialité administrative et l'indifférence

pour toutes les opinions, la distance est infinie. Le gouvernement est

convaincu que ses principes sont conformes à l'intérêt national; il doit

donc désirer que les colléges électoraux élisent des citoyens qui

partagent ses opinions et ses intentions. Il n'en fait pas mystère, et

vous devez, ainsi que lui, le déclarer hautement. Le gouvernement a plus

d'une fois exposé ses principes de politique intérieure et extérieure;

le discours du Roi, dans la séance de clôture, les a résumés de nouveau;

nous désirons que la dissolution ramène une Chambre dont la majorité les

adopte et les soutienne... Cette règle doit déterminer la préférence de

l'administration entre les divers candidats.»--Il disait dans une autre

circulaire du 20 juin: «...Ce n'est pas qu'il s'agisse de contester

jamais à une opposition constitutionnelle, légale, une influence avouée

dans son but et franche dans ses moyens, pas plus que de renoncer à la

juste influence que l'administration elle-même doit exercer par des

moyens dignes de son origine, dignes du pouvoir de Juillet. Mais plus il

importe à tous les intérêts que les élections soient une affaire de

conscience, plus il convient que les consciences soient éclairées; et si

elles sont à l'abri des injonctions du pouvoir, elles doivent être

préservées également des déceptions des partis qui se disputeraient le

triste avantage de les égarer par de fausses alarmes, de les inquiéter

par des bruits trompeurs, de les intimider, s'il est possible, par de

vaines menaces.»]

On n'a pas oublié comment, lors de la révision de la Charte, le parti

de l'Hôtel de ville avait réclamé l'abolition de la pairie

héréditaire, et comment, par un expédient qui dissimulait mal une

capitulation, le gouvernement avait fait décider que l'article réglant

l'organisation de la Chambre haute serait l'objet d'un nouvel examen

dans la session de 1831. Cet examen devait donc être l'une des

premières tâches de l'assemblée que l'on nommait. Quelques-uns

s'étaient-ils figuré, en août 1830, que l'ajournement du débat

profiterait à une institution ainsi mise solennellement en suspicion?

En tout cas, leur illusion ne put être de longue durée. L'opinion

superficielle et vulgaire se prononça, chaque jour plus bruyamment,

contre cette hérédité, que, sous la Restauration, les «libéraux»

eux-mêmes acceptaient sans difficulté. Les petites jalousies de la

bourgeoisie venaient ici en aide aux passions démocratiques. La gauche

comprit habilement l'intérêt qu'elle aurait à s'emparer d'une question

sur laquelle les préventions étaient si vives. Laissant donc au second

plan les parties de son programme sur lesquelles Périer lui avait jeté

une sorte de défi, elle fit de l'abolition de la pairie héréditaire

son principal «cri électoral[525]». Peu de candidats conservateurs

osaient la contredire sur ce point et se mettre en travers d'un

mouvement si général; le ministère ne leur en donnait pas d'ailleurs

l'exemple. Les plus courageux se taisaient; beaucoup se prononçaient,

avec les candidats de gauche, contre l'hérédité. «Il n'y avait pas,

dit le duc de Broglie, de si chétif grimaud qui se fît faute de donner

à nos seigneuries aux abois le coup de pied de l'âne, et j'ai regret

d'ajouter que notre jeunesse doctrinaire elle-même s'en passa la

fantaisie, apparemment pour se racheter du modérantisme dont elle se

piquait sur tout le reste[526].» De là, dans ces élections, au lieu de

la bataille rangée qu'eût désirée le ministre, une mêlée confuse, où

l'on ne distinguait plus les ministériels des opposants, avec cette

aggravation que c'étaient les premiers qui semblaient être à la

remorque des seconds. Aussi, le scrutin clos et dépouillé, ne sut-on

guère ce qui en sortait. Sans doute, on voyait bien que les carlistes

et les républicains étaient exclus. Seulement y avait-il une majorité?

On comptait deux cents députés nouveaux, nommés après des

proclamations telles qu'ils étaient revendiqués par l'opposition

comme par le ministère; laissés à eux-mêmes, ils penchaient, en effet,

tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, éloignés de la gauche par le goût

de l'ordre et la peur de l'anarchie révolutionnaire, mais apportant

contre le pouvoir des préventions déjà anciennes et des habitudes

critiques qu'ils prenaient pour de l'indépendance et qu'ils croyaient

nécessaires à leur popularité. «Les quinze ans de la Restauration,

disait à ce propos le _Journal des Débats_, ont donné aux esprits, en

France, un certain goût d'opposition. C'est le penchant général. Outre

la défiance profonde qu'inspire le pouvoir et que le temps seul pourra

guérir, il est flatteur de se voir prôné par ceux qui censurent tout

le monde et de conquérir à peu de frais la popularité laborieuse des

Foy, des Royer-Collard, des Casimir Périer. Voilà bien des séductions

pour des hommes indécis.» Le même journal montrait ces députés

préoccupés avant tout de ne pas mériter «les accusations de l'ancienne

presse libérale contre les trois cents de M. de Villèle». «Les

opinions vagues, disait-il encore, nous paraissent la maladie du

moment. Il y a beaucoup de députés à la Chambre qui ont d'autant plus

cette maladie, qu'ils sont les représentants plus fidèles d'un certain

état qui affecte la France en général.» Et il caractérisait ainsi les

dispositions de la nouvelle assemblée: «Il y a, contre le ministère,

des indécisions et des incertitudes sans mauvaise volonté, ensuite des

malveillances sans résolution, enfin des haines décidées, mais sans

force et sans puissance[527].» La duchesse de Broglie écrivait, le 3

août, à M. de Barante: «La Chambre est bien singulière; il y a une

absence absolue de discipline; chacun arrive, non pas avec un système

arrêté contre le gouvernement,--cela vaudrait peut-être mieux,--mais

avec des vues personnelles, chimériques, sentimentales. L'idée qu'il

faut marcher ensemble ne leur vient pas. Cette chambre, comme le pays,

est un collier de grains de mille couleurs, dont on a coupé le

fil[528].» Les écrivains de gauche, de leur côté, ne se flattaient

pas que leur parti eût la majorité, mais ils niaient que celle-ci

appartînt à Périer: «Elle n'est à personne», disaient-ils. Ils

n'avaient pas l'illusion que cette Chambre «en finirait d'un seul coup

avec le ministère», mais ils espéraient qu'elle «le tuerait, plutôt

par abandon que par ferme volonté de le renverser[529]».

[Note 525: Le _National_ disait, le 8 juillet 1831: «Nous n'avons

demandé aux élections qui s'achèvent en ce moment qu'une majorité

contre la pairie héréditaire. Cette majorité, nous l'aurons.»]

[Note 526: _Souvenirs._]

[Note 527: _Journal des Débats_ des 8, 9, 18 et 19 août 1831.]

[Note 528: _Documents inédits._]

[Note 529: _National_ du 19 août et du 6 septembre 1831.]

Casimir Périer vit tout de suite le péril et l'affronta brusquement. À

peine la Chambre réunie, il déclara faire une question de cabinet de la

nomination de M. Girod de l'Ain à la présidence. Le personnage était un

peu pâle, surtout devant la notoriété du candidat choisi par

l'opposition, qui était M. Laffitte. M. Girod ne l'emporta que d'une

voix[530]. Périer estimant cette majorité insuffisante, donna aussitôt

sa démission, et pour montrer qu'elle était sérieuse, il se mit à brûler

ses papiers et à prendre toutes ses dispositions pour quitter l'hôtel du

ministère. À cette nouvelle, grand fut l'émoi des députés, penauds,

ahuris, terrifiés de la conséquence inattendue qu'avait leur

«indépendance». C'était à qui supplierait le ministre de reprendre sa

démission et blâmerait ce qu'on appelait sa «désertion». Si quelques

courtisans se réjouissaient[531], tout autre était le sentiment du Roi

et de la Reine. Après avoir fini ses préparatifs de départ, Périer était

allé passer la soirée au Palais-Royal. Il ne rentra qu'à une heure du

matin, tout troublé, la figure altérée et des larmes dans les yeux. À

peine dans son cabinet, il se jeta sur un fauteuil, en prononçant des

mots entrecoupés: «Ah! cette femme, qu'elle m'a fait de mal! Je ne

voulais pas la voir... mais cela a été impossible... C'est une femme

adorable.--Qui donc? lui demanda un ami qui l'assistait.--Eh! la

Reine... C'est que je l'adore, la Reine... un coeur, une âme... Au

moment où je sortais du cabinet du Roi, on m'a prié de passer chez elle.

En me voyant, elle a fondu en larmes: «--Ah! monsieur Périer,

m'a-t-elle dit, vous nous abandonnez donc!...» Cela a duré un quart

d'heure... Je le prévoyais... Quelle femme! quelle femme[532]!...» Sur

ces entrefaites[533], arriva la nouvelle que le roi de Hollande,

dénonçant l'armistice, entrait en Belgique; le roi Léopold implorait

notre secours. Il y avait là,--nous le verrons en parlant de la

politique extérieure,--occasion et nécessité, pour la monarchie de

Juillet, de faire sa première manifestation militaire: démarche grave,

délicate, périlleuse, dans laquelle il fallait montrer beaucoup de

résolution, de prudence et surtout de promptitude. Devant ce grand

intérêt patriotique, Casimir Périer consentit à ajourner sa retraite, et

un supplément du _Moniteur_[534] annonça que l'armée du Nord, commandée

par le maréchal Gérard, avait reçu l'ordre d'entrer en Belgique. «Dans

de telles circonstances, ajoutait le _Journal officiel_, le ministère

reste; il attendra la réponse des Chambres au discours de la couronne.»

Périer mettait donc les députés en demeure d'effacer, par cette réponse,

le vote dont il se plaignait.

[Note 530: 1er août 1831.]

[Note 531: Nous voilà, disaient-ils, débarrassés de Casimir Ier, et le

Roi va régner à nouveau.» (_Notes inédites de M. Duvergier de

Hauranne._)]

[Note 532: _Ibid._]

[Note 533: 4 août.]

[Note 534: 4 août.]

La discussion de l'Adresse prenait ainsi une importance particulière.

Elle se prolongea pendant huit jours, acharnée, passionnée, souvent

violente[535]. L'opposition fit des efforts désespérés, soulevant

toutes les questions, mais portant l'attaque principale sur la

politique étrangère, notamment sur les affaires de Belgique, de

Pologne et d'Italie. Elle fut représentée à la tribune par le maréchal

Clausel, M. Odilon Barrot, M. Salverte, M. Dubois, le général La

Fayette, M. de Cormenin. Périer tint tête à ces assauts répétés, avec

le concours utile et vaillant de ses collègues du cabinet, le général

Sébastiani, M. Barthe, M. de Montalivet, et des orateurs du parti

conservateur, MM. Guizot, Dupin, Thiers, de Rémusat, Duvergier de

Hauranne. Sur chaque paragraphe, on présentait quelque amendement qui

était une tentation, un piége à l'adresse des indécis, des

indisciplinés, si nombreux dans la nouvelle Chambre. L'inexpérience et

l'inconsistance de cette assemblée rendaient toutes les surprises

possibles, et quand, avant chaque séance, les journaux opposants

annonçaient que, cette fois, ils tenaient la victoire, on ne savait

guère, à regarder l'attitude incertaine de la majorité, si l'on

pouvait les démentir. Rien ne semblait lasser les assaillants; mais

rien aussi ne lassait le ministre. Il repoussait ces attaques

répétées, et finissait toujours par triompher, à force de loyauté, de

bon sens et surtout d'énergie. Ses adversaires ne purent faire passer

le moindre amendement, et l'ensemble de l'Adresse fut voté à l'immense

majorité de 282 voix contre 73.

[Note 535: Du 9 au 17 août.]

Ce fut un événement considérable et décisif. Périer venait enfin de

dégager et de grouper, pour ainsi dire à la force du poignet, cette

majorité dont il avait besoin pour l'exécution de son programme. Il

avait contraint le parti conservateur à se réunir, compacte et

discipliné, derrière lui, et avait étouffé, avant même éclosion, tous

les germes de tiers parti et de centre gauche[536]. Malheureusement

ces germes n'étaient pas à jamais détruits; ils reparaîtront plus

tard, quand on ne se trouvera plus en présence d'un ministre aussi

imposant et de dangers aussi manifestes; ils se développeront alors,

au grand détriment du parti conservateur comme du régime

parlementaire. Pour le moment ce mal était conjuré, et Casimir Périer

restera, jusqu'au bout, en possession d'une majorité qu'il lui faudra

sans doute constamment surveiller, rassembler, dominer, animer, mais

qui, après tout, ne lui fera pas défaut. Aussi les écrivains de gauche

qui, comme Carrel, avaient, au lendemain des élections, fondé leurs

espérances sur cette Chambre, qui avaient nié «que la majorité fût

acquise au ministère», et avaient déclaré, au contraire, qu'elle «ne

tenait pas à conserver M. Périer», n'auront plus, au bout de quelques

mois, qu'invectives contre la «docilité» de cette «majorité qui vote

pour le ministre, quoi qu'il exige, l'applaudit, quoi qu'il dise,

paraît décidée à le soutenir, quoi qu'il entreprenne[537]»: M. Mauguin

s'écriera, à la tribune: «Le ministère dispose de la majorité[538]»;

et l'opposition sera réduite à prétendre que la Chambre ne représente

pas vraiment le pays.

[Note 536: À cette époque, le _Journal des Débats_ observait qu'en

«forçant les douteux et les impartiaux à se prononcer, Périer rendait

impossibles ces indécisions éclectiques qui prenaient un peu de M.

Dupin, un peu de M. Salverte, et faisaient de ce bizarre mélange un

système de politique parlementaire». (8 août 1831.)]

[Note 537: _National_ des 11 et 15 décembre 1831, et du 7 février

1832.]

[Note 538: Séance du 12 décembre 1831.]

Ce n'était pas pour le plaisir vaniteux et oisif d'apparaître

pleinement le maître du gouvernement et de concentrer toute l'autorité

entre ses mains, que Casimir Périer avait ainsi pris ses précautions

contre le Roi, qu'il s'était assuré le fidèle concours de ses

collègues, la soumission dévouée de ses fonctionnaires, la consistance

et la discipline de sa majorité: c'était pour agir, pour soutenir le

combat contre la révolution. Il importe donc d'examiner maintenant ce

que fut cette action, au dehors et au dedans. Aussi bien, le ministère

n'avait pas attendu, pour résister aux attaques et même pour prendre

l'offensive, qu'il eût fini de réorganiser et de concentrer à loisir

les forces du gouvernement. Il avait rencontré, dès ses premiers pas,

les questions les plus graves, les plus redoutables périls, et il

avait dû y faire face aussitôt, avec les instruments incertains qu'il

avait d'abord seuls entre ses mains. On eût dit d'un général obligé de

repousser l'assaut, d'engager la bataille pendant le temps même que,

sous le feu de l'ennemi, il reforme ses bataillons disloqués et

démoralisés, rétablit leur discipline, ranime leur courage, refait

leur armement et bouche, dans ses murailles, les brèches énormes qu'y

a produites une récente explosion. Ainsi faisaient jadis les

Macchabées, au siége de Jérusalem, reconstruisant d'une main leur cité

pendant qu'ils la défendaient de l'autre contre l'ennemi, maniant à la

fois la truelle et l'épée.

Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 1 / 7) · 第 74 / 98 题