L'AVÉNEMENT DE CASIMIR PÉRIER

(Mars--août 1831)

I. Pendant le déclin du ministère Laffitte, tous les regards

s'étaient tournés vers Casimir Périer. Rôle de Périer sous

la Restauration et depuis la révolution de Juillet. Ses

hésitations et ses répugnances à prendre le pouvoir. Il se

décide enfin. Composition du cabinet.--II. Résolution de

Périer. Homme d'une crise plutôt que d'un système. Son

programme au dedans et au dehors. Grand effet produit

aussitôt en France et chez les gouvernements

étrangers.--III. Périer veut restaurer le gouvernement. Il

assure son indépendance à l'égard du Roi et son autorité sur

les ministres. Il rétablit la discipline et l'obéissance

parmi les fonctionnaires. Il fait avorter l'Association

nationale.--IV. Efforts de Périer pour former une majorité.

Dissolution et élections de juillet 1831. Importance

fâcheuse de la question de la pairie dans la lutte

électorale. Incertitude du résultat. Après l'élection du

président, Périer donne sa démission. Il la retire à la

nouvelle des événements de Belgique. Son succès dans la

discussion de l'Adresse. Il est enfin parvenu à former une

majorité.

I

Au déclin du ministère Laffitte, à cette époque de honte,

d'impuissance et d'angoisses, où la monarchie nouvelle et la société

française semblaient sur le point de s'abîmer dans l'anarchie

intérieure et la guerre extérieure, un homme du moins se rencontrait,

vers lequel étaient tournés tous les regards et que chacun, en France

et à l'étranger, paraissait invoquer: c'était Casimir Périer. À mesure

que s'abaissait et s'effaçait la figure mobile, incertaine, efféminée,

superficiellement gracieuse, du ministre qui avait personnifié la

politique du laisser-aller, on eût dit que, dans tous les esprits, se

dressait plus haute, plus nette, plus lumineuse, cette autre figure

d'une beauté noble, mâle, triste et imposante, au front découvert,

déjà ridé par la souffrance et la colère, au regard de feu, aux yeux

profonds cachés sous d'épais sourcils, aux lèvres amincies et

contractées, avec sa parole impérative, sa brusque démarche, et sa

grande stature un peu voûtée. Seul, cet homme apparaissait de taille à

entreprendre la résistance dont les bourgeois menacés dans leurs

intérêts sentaient enfin la nécessité.

Quelle était la raison de cette désignation et de cette confiance? Ne

semble-t-il pas que l'opinion, illuminée par le péril, ait deviné

d'elle-même ce qu'il y aurait de qualités de commandement chez Périer.

Celui-ci, dans le rôle d'opposition qui avait fait sa bruyante

notoriété sous la Restauration, n'avait guère eu l'occasion de

manifester de telles qualités; ses amis, comme l'a avoué plus tard M.

Royer-Collard[493], les ignoraient. Déjà cependant, avant 1830,

certains symptômes avaient révélé qu'il n'était pas homme à se

renfermer toujours dans une négation violente et subversive. Même au

plus fort de sa guerre contre M. de Serre ou M. de Villèle, un

observateur attentif eût noté plus de colère batailleuse et

d'impétuosité de tempérament que de parti pris hostile. Surtout à

partir de 1828, on avait pu suivre, chez ce véhément chef d'attaque,

un travail de silencieuse transformation, produit par le dégoût des

alliances révolutionnaires, par la vue plus claire des desseins de

renversement qu'il avait involontairement secondés, par l'instinct de

gouvernement qui se dégageait en lui et se trouvait mal à l'aise dans

l'opposition[494]. S'écartant de la gauche, il s'était rapproché de la

royauté, au risque de faire murmurer, par ses alliés de la veille, le

mot de défection. Il écoutait sans peine prononcer son nom autour du

trône, comme celui d'un ministre possible, s'attendait et se

préparait, non sans une émotion impatiente, à reprendre, lui qui

venait de la gauche, l'oeuvre monarchique et libérale qu'avait essayée

M. de Martignac, venu de la droite, et se flattait de réussir, par la

violence de sa volonté, là où avait échoué la séduction élégante et

attendrie du ministre de 1828[495]. Tel était le rêve que caressaient

à la fois son ambition et son patriotisme, quand éclatèrent les

événements de Juillet. Il en fut désolé. «Vous nous faites perdre une

position superbe!» criait-il d'abord à ceux qui voulaient pousser la

résistance hors des limites légales. Quand, quelques heures plus tard,

il se crut, lui aussi, obligé de rompre avec la vieille dynastie, il

ne le fit qu'à contre-coeur: si bien qu'un député, fort engagé dans

l'insurrection, lui a reproché d'avoir employé tous ses efforts à

entraver le mouvement révolutionnaire, et a ajouté: «Il l'aurait tout

à fait arrêté, si cela avait été en son pouvoir[496].» La seule vue de

l'émeute victorieuse lui répugnait. Ce n'est pas lui qui, comme tant

de ses amis, se fût épanché en déclamations satisfaites sur l'héroïque

grandeur des barricades, sur la sublimité de l'ouvrier aux bras nus et

au fusil noirci de poudre. À quelqu'un qui lui disait alors, sur le

balcon de l'Hôtel de ville: «Qu'il est beau d'avoir fait sortir ce

peuple de chez lui!» il répondit d'un mot qui le révélait déjà tout

entier: «Il sera bien plus beau de l'y faire rentrer.»

[Note 493: Discours sur la tombe de M. Casimir Périer.]

[Note 494: Aussi Carrel écrivait-il plus tard, le jour même de la mort

de Périer: «M. Périer n'était pas fait pour l'opposition, prise dans

l'acception populaire du mot. Ses instincts, d'autres diront peut-être

son génie, le conduisaient à sympathiser plutôt avec les idées

d'ordre, de stabilité, de gouvernement, qu'avec les principes de

liberté, de réforme, de progrès. Il avait le goût du pouvoir.»]

[Note 495: Sur le rôle de Casimir Périer avant 1830, on me permettra

de renvoyer à ce que j'ai dit dans mon étude sur le _Parti libéral

sous la Restauration_, p. 129 à 132, et p. 424 à 430.]

[Note 496: _Souvenirs de M. Bérard._]

Le lendemain de la révolution, ce lendemain si plein d'orgueilleuses

illusions pour beaucoup des hommes de 1830, n'éveilla dans l'esprit de

Casimir Périer qu'une tristesse mêlée d'effroi. Ministre sans

portefeuille dans le premier cabinet du 11 août, il s'effaça

volontairement. À peine parut-il une fois à la tribune, le 29

septembre 1830, dans la discussion sur les clubs, pour s'opposer à

ceux qui voulaient prolonger la révolution et pour confesser que le

ministère avait été jusqu'alors trop faible et trop incertain. Un

autre jour, il poussait M. Dupin à prendre la même attitude et lui

criait avec colère, en lui montrant les hommes de la gauche: «Répondez

à ces b...-là, et faites-le avec toute votre énergie[497].»--«Le

malheur de ce pays, disait-il, vers la même époque, à M. Odilon

Barrot, est qu'il y a beaucoup d'hommes qui, comme vous, s'imaginent

qu'il y a eu une révolution en France. Non, monsieur, il n'y a pas eu

de révolution; il n'y a eu qu'un simple changement dans la personne du

chef de l'État[498].» Lors de la dissolution du premier cabinet, en

novembre 1830, il se retira fort «dégoûté»--le mot est de lui--de la

besogne qu'il avait vu faire et à laquelle il avait été plus ou moins

associé. Aussi fut-il peu disposé à accepter l'offre assez étrange que

le Roi lui fit de prendre le portefeuille de l'intérieur dans le

ministère de M. Laffitte. Il préféra remplacer ce dernier à la

présidence de la Chambre. Que son jour dût venir, il en avait le

pressentiment, mais il était résolu à n'accepter le pouvoir que quand

il pourrait l'exercer sans les compromissions et les défaillances dont

il venait d'être le témoin. À ceux qui le pressaient de se mettre en

avant: «Il n'est pas temps, répondait-il; c'est trop tôt; sachez

attendre.» Pendant que les deux politiques de la résistance et du

mouvement commençaient à s'entre-choquer dans le Parlement, immobile à

son fauteuil, il observait les événements et les hommes avec une

attention anxieuse, et l'on voyait, dit un contemporain, «se

réfléchir, sur ce front pâle et triste, toutes les émotions de la

lutte et passer comme l'ombre de l'orage qui grondait au-dessous de

lui». Cependant le désordre augmentait, et, chaque jour, Périer devait

se demander, avec plus d'angoisse, si son heure n'allait pas sonner.

Cette question était l'obsession de ses jours et de ses nuits; il y

revenait avec persistance dans ses épanchements intimes, et la

débattait avec une sorte de terreur d'être obligé de prendre un parti.

«Je l'ai vu, raconte M. de Rémusat, refuser la parole à des députés,

ses amis, sur des choses insignifiantes, dans la crainte de les voir

amener prématurément à la tribune la question décisive.» Après les

émeutes de février 1831, en face du dégoût, de l'indignation et de

l'épouvante soulevés par l'impuissance et la lâcheté du ministère,

Périer dut reconnaître l'impossibilité de prolonger une telle

expérience. Mais, tout en entendant l'appel d'une nation en détresse,

tout en comprenant qu'il devait à son pays et à sa gloire d'y

répondre, il n'en ressentait pas moins une répulsion et un effroi

douloureux qui s'augmentaient à mesure qu'il approchait davantage du

pouvoir; on eût presque dit ces angoisses, ces déchirements intimes,

par lesquels Dieu fait parfois payer aux âmes la grâce et l'honneur

d'une vocation religieuse.

[Note 497: _Mémoires de M. Dupin_, t. II, p. 218.]

[Note 498: _Mémoires de M. Odilon Barrot_, t. I, p. 215.]

Elle n'était ni aisée ni douce, la tâche de ceux qui s'entremirent

alors patriotiquement pour pousser Casimir Périer à la place de M.

Laffitte. Il leur fallut d'abord persuader le Roi, peu disposé, on le

sait, à renvoyer un ministre «commode» et à en prendre un qui ne le

serait certainement pas. Un personnage fort mêlé à ces négociations

nous montre Louis-Philippe «contrarié, consterné même jusqu'aux larmes

et presque malade de la nécessité de se soumettre aux vives et

impérieuses exigences du nouveau ministre[499]». Toutefois ce prince

était trop politique et trop patriote pour ne pas faire bientôt céder

ses hésitations et ses répugnances devant l'évidence du péril public.

Ce fut de l'autre côté que les négociateurs rencontrèrent, jusqu'au

dernier jour, le plus de difficultés. Si le Roi redoutait Périer,

celui-ci se méfiait du Roi; le jugeant par les compromissions de la

première heure, il le croyait trop engagé dans la politique de

laisser-aller, pour qu'on pût espérer son concours fidèle et ferme à

l'oeuvre de résistance: méfiance dont l'événement devait prouver

l'erreur et l'injustice. Dès le 28 février, le général de Ségur était

venu trouver Périer de la part de M. de Montalivet, qui, bien que

collègue de M. Laffitte, comprenait de quelle urgence était un

changement de ministère et de politique; Périer se montra triste,

hésitant, et finit même par refuser. Le lendemain, le général revint à

la charge; comme il prononçait le nom du Roi, son interlocuteur

éclata: «Oui, oui! vous me répondez de tout, je n'ai plus qu'à

accepter, me voilà ministre! Mais alors, vous et Montalivet, me

répondez-vous de tous les faux-fuyants qu'on prendra, de toutes les

portes de derrière qu'on se gardera et qu'on tiendra ouvertes à nos

adversaires? De là, pourtant, ma marche entravée, mille obstacles

entre moi et mon but, toutes mes résolutions dénaturées, avortées ou

changées en demi-mesures! Me répondrez-vous aussi de l'abandon de

cette politique étroite qui pense gouverner par des dîners donnés

alternativement aux chefs des partis les plus contraires, et par les

articles des journaux qui les racontent? Renoncera-t-on à ces

prostitutions de la royauté devant les républicains et les

anarchistes, à l'avilissement de ces camaraderies révolutionnaires, à

ces scandaleuses déclamations contre l'hérédité qu'on prête à

l'héritier même de la couronne? Croyez-moi: quand ce ne serait que par

ce côté ou par ***, le pouvoir m'échapperait; je serais trahi sans

cesse!... Il fallait m'écouter, il y a trois mois, quand le dégoût me

força de quitter le ministère! J'ai prédit alors qu'on me

rappellerait, mais trop tard, comme Charles X! Eh bien, en effet, nous

y voilà, et pour celui-ci comme pour l'autre, le mardi et le mercredi

sont passés, et nous en sommes au jeudi! Il est bien temps d'appeler

le médecin, quand la mort vous frappe! et quelle mort! Voyez l'émeute

de l'archevêché! Voyez les armes du Roi! Lui laisser imposer une telle

honte! On ne les a pas plus défendues que celles du ciel! Quoi! vous

vous dites mes amis, et quand le pouvoir est tombé dans la boue des

rues, lorsqu'on ne peut plus y toucher sans se salir, vous voulez que

je le ramasse!...» Et Périer continua ainsi pendant plus d'une heure,

frappant du poing la table, ses genoux, ceux du général, ou lui

saisissant le bras avec violence. Ce fut seulement quand il se trouva

à bout de force et de colère, surpris lui-même d'avoir passé toutes

les bornes, que son patient et adroit interlocuteur parvint à lui

faire convenir qu'il avait exagéré, et profita de cet aveu pour lui

arracher un demi-assentiment[500].

[Note 499: _Mémoires du général de Ségur_, t. VII.]

[Note 500: _Mémoires du général de Ségur_, t. VII, p. 390 et

suiv.--«Je ne veux pas, disait encore Périer à cette époque, jouer le

rôle de Strafford et me mettre sur la brèche pour un Charles Ier qui

signerait ensuite lâchement ma sentence. Non, non, il faut, si

Strafford monte à l'échafaud, que Charles Ier l'y suive.» (_Notes

inédites de M. Duvergier de Hauranne._)]

La partie était loin d'être définitivement gagnée. Plus d'une fois

encore, dans les jours suivants, les intermédiaires purent croire les

pourparlers rompus, toujours par le fait du futur ministre. C'étaient

sans cesse quelques nouvelles objections à lever, quelques nouvelles

exigences à transmettre au Roi, qui ne s'en rebutait pas et consentait

à tout. La famille de Casimir Périer, justement soucieuse de l'état de

sa santé, le détournait d'ailleurs d'accepter le pouvoir. Il ne

rentrait pas chez lui, après ces conférences, encore bouleversé de ses

orageuses indécisions, sans que madame Périer inquiète ne lui rappelât

l'arrêt des médecins qui lui ordonnaient le repos. Pour le disputer à

ces affectueuses influences, il fallait lui rappeler le péril public,

chaque jour plus pressant. Cependant le temps s'écoulait, et parfois

c'était à se demander si l'on était plus avancé qu'à la première

heure. Le 11 mars, dans la soirée, M. de Montalivet, M. d'Argout, M.

Dupin, qui avaient été successivement envoyés par le Roi, trouvèrent

Périer absolument découragé. «Que puis-je, disait-il, et qui me

secondera? Qui remettra de l'ordre dans nos finances? Savez-vous que

le Trésor est aux abois et à la veille de cesser ses payements[501]?»

Le nom du baron Louis fut alors prononcé; Périer déclara qu'avec son

concours seul, il pourrait tenter ce qu'on lui demandait. Aussitôt

l'un des négociateurs courut chez l'éminent financier: celui-ci tout

d'abord se défendit vivement d'accepter une succession aussi

compromise que celle de M. Laffitte; mais, devant de nouvelles

instances, sa résistance céda. À onze heures et demie du soir, son

acceptation était rapportée à Périer, qui autorisa alors M. de

Montalivet à déclarer au Roi qu'il se chargeait du ministère.

[Note 501: Note manquante ans l'original.]

Deux jours plus tard, le 13 mars, alors qu'on croyait tout conclu, le

général de Ségur fut informé que de nouvelles difficultés avaient

surgi. Il se rendit chez Casimir Périer, qu'il trouva couché dans une

chambre basse et resserrée; un canapé étroit, au fond d'une sorte

d'alcôve en boiserie, lui servait de lit. Ce petit cadre contrastait

avec la haute taille du personnage et le faisait paraître un colosse.

Périer était sur son séant, en chemise, les bras croisés et les mains

crispées. «Ses yeux, rapporte le général, semblaient lui sortir de la

tête pour me repousser.»--«Comment, lui dit son visiteur, vous hésitez

encore! votre ministère n'est point formé!--Non, je n'hésite plus,

cria-t-il d'une voix qui fit explosion. Je ne veux plus de votre

infâme présidence! Dans quelle caverne m'avez-vous poussé? Personne,

hors des traîtres, ne veut m'y suivre... Sur quoi m'appuierai-je? La

garde nationale? Mais arrive-t-elle jamais à temps? La majorité? Les

avez-vous vus hier, à la Chambre, avec leur attitude timide et

irrésolue? Ils s'étonnaient de ce qu'ils appelaient l'essai hasardeux

que j'osais tenter! Voilà comme ils m'ont soutenu!» Le général tâcha

de le calmer et de relever son courage; puis, le voyant toujours

rebelle à ses instances: «Enfin, dit-il, vous mériteriez le reproche

qu'hier le _Courrier_ vous adressait.--Quoi! quel reproche? demanda

vivement Périer.--Celui d'un caractère où l'incertitude l'emporte sur

les nobles inspirations; qui n'ose point exécuter ce qu'il conseille;

à qui le pouvoir fait peur et qui, dans l'occasion, disparaît.» Le

général vit que l'argument avait porté: il pressa encore. Enfin,

Périer s'élança de son lit et s'écria: «Vous le voulez, vous m'y

forcez; eh bien, j'accepte!» Puis, la main sur son côté droit: «Mais

sachez-le bien, vous me tuez! c'est un meurtre! c'est ma vie que vous

exigez de moi! vous ignorez tout ce que je souffre, combien le repos

m'est indispensable, et que je vais mourir à la peine. Oui, avant un

an, vous le verrez, j'aurai succombé[502].» Ne dirait-on pas que, dans

ce ministère, tout devait avoir une sorte de grandeur tragique,

jusqu'à ces préliminaires où, d'ordinaire, n'apparaissent que

l'égoïsme des ambitions et le conflit de mesquines intrigues?

[Note 502: _Mémoires du général de Ségur_, t. VII, p. 397 et suiv.--Ce

pressentiment funèbre obsédait alors l'esprit de Périer, et le général

de Ségur n'est pas le seul auquel il l'a exprimé. Il a répété

plusieurs fois à M. de Montalivet et aux autres personnes qui le

pressaient: «Vous le voulez, mais rappelez-vous que si j'entre au

ministère, j'en sortirai les pieds les premiers.»]

Cette fois, du moins, Périer ne se dédit plus. Dans la soirée, les

décrets étaient signés, et le lendemain, 14 mars, le _Moniteur_ les

publiait. Le cabinet fut ainsi composé: M. Casimir Périer, président

du conseil, ministre de l'intérieur; M. Barthe, garde des sceaux; le

général Sébastiani, ministre des affaires étrangères; le baron Louis,

ministre des finances; le maréchal Soult, ministre de la guerre;

l'amiral de Rigny, ministre de la marine; le comte de Montalivet,

ministre de l'instruction publique et des cultes; le comte d'Argout,

ministre du commerce et des travaux publics. Sauf deux, le baron Louis

et l'amiral de Rigny, tous les collègues choisis par Périer faisaient,

la veille, partie du ministère Laffitte. Quelques-uns avaient

seulement changé de portefeuille: M. de Montalivet était passé de

l'intérieur à l'instruction publique; M. Barthe, de l'instruction

publique à la justice; M. d'Argout, de la marine au commerce. Ce fait

seul montre à quel point tout était alors troublé et faussé dans notre

régime parlementaire. D'ailleurs, le public n'en avait pas moins le

sentiment qu'il était en présence d'un ministère tout nouveau, créé

pour suivre une politique absolument opposée à celle du cabinet

précédent. Le nom de Casimir Périer, qui absorbait et effaçait tous

les autres, suffisait à marquer la différence et l'opposition.

Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 1 / 7) · 第 71 / 98 题