les yeux, à toute heure, ces lugubres avertissements aux contribuables
des percepteurs du bon vieux temps, on ne voit pas que ce modeste
fonctionnaire ait jamais donné sa démission, ni quʼon ait éprouvé
quelque difficulté à lui trouver de successeur quand sa place était
vacante. Le locataire ne manqua à lʼimmeuble que lorsque lʼimmeuble le
premier vint à lui manquer. Cet événement se pressent dans une séance
du 18 brumaire an VI du conseil municipal de Caen.
« LʼAdministration, considérant que le but que sʼétait proposé le
Conseil général de la commune en supprimant la pièce dʼeau nommée
le Fort, étoit, après lʼavoir comblée, dʼen employer le terrein en
promenade, ainsi que le reste de la place publique qui lui est
contiguë, et qui a été mise et en location pour six ans, par
adjudication du 21 mars 1793 (V. S.), arrête que la portion de
terrain réservée par ladite bannie, et qui sʼétend depuis la
Porte-Neuve, le long du mur du bastion, jusquʼà lʼangle dudit mur,
sera plantée de tilleuls, et que les deux côtés du chemin tendant de
ladite Porte-Neuve au pont de lʼabreuvoir, seront plantés en ormes,
en attendant que le surplus du terrain mis en adjudication
revienne à la disposition de la commune par lʼexpiration de la
jouissance des adjudicataires, époque à laquelle il pourra être pris
des mesures pour embellir cette place publique par
des plantations, et procurer à ce moyen aux citoyens lʼagrément
dʼune promenade. »
Comme les affaires administratives marchaient alors au pas accéléré,
six mois après cette première délibération, le Conseil municipal
décida, dans une séance du 8 floréal an VI (avril 1798), quʼon
sʼentendrait avec les adjudicataires des terrains de la Porte-Neuve
pour la résiliation de leur marché, et que
celle-ci serait immédiatement démolie.
« Lʼadministration considérant que la porte, dite des Prés, ou
Porte-Neuve, faisant partie des anciennes fortifications de la
commune, est nuisible par sa position aux embellissements quʼon se
propose de former dans le quartier, arrête quʼelle sera démolie et
que lʼarchitecte de la commune donnera le devis estimatif des frais
que sa démolition pourra occasionner. »
Lʼexécution suivit de près la sentence. La Porte-Neuve avait vu
sʼélever successivement, sur lʼemplacement des Petits-Prés, le grand
et le petit séminaire des Eudistes (aujourdʼhui lʼHôtel-de-Ville),
lʼéglise des Jésuites (aujourdʼhui Notre-Dame) et un grand nombre de
maisons particulières qui, en rétrécissant la place réservée aux
promeneurs, semblaient lui signifier sa prochaine destruction. Après
une durée de deux siècles, elle eut la bonne fortune dʼêtre
reproduite, à ses derniers moments, par le crayon dʼun artiste.
Combien de générations dʼhommes laisseront moins de traces!
NOTES
[1] « Cʼest peut-être là, dit lʼabbé De La Rue, le petit château dont
parle la Chronique de Normandie. Le duc Guillaume ou ses ancêtres
purent bien fortifier ce pont qui était la clef de la ville et de tout
le Bessin. Dans les plus anciennes chartes, il est appelé pons Cadomi,
on lʼappela ensuite pons de Darnestallo, enfin pons Sti Petri. »
Origines de Caen de Huet, annotées par lʼabbé De La Rue, mss, in-8° de
la Biblioth. de Caen, n° 50, tome I, p. 39.
[2] Essais sur Caen, tome I, p. 127.
[3] Livre I, § 262.
[4] In quo ponte, dit le continuateur anonyme, est nunc ædificatum
castrum valde pulchrum.
[5] Les armoiries de la ville de Caen, dans le tome XX des Mémoires de
la Société des Antiquaires de Normandie.
[6] A la date du 29 avril 1581, on trouve dans les Archives
municipales un marché avec Pierre Crespin, couvreur, pour la
réparation de la couverture de lʼHôtel de Ville. Il paraîtrait,
dʼaprès ce marché, que les tourelles étaient couvertes en ardoise fine
et le corps de logis en tuile.
[7] Essais sur Caen, tome I, p. 247.
[8] Relations des différentes festes données par les Corps et
Communautés de la ville de Caen, à lʼoccasion de la naissance de
Monseigr. le Dauphin; in-12 de 12 pages, s. l. n, d.
[9] Mss. in-fol. de la Biblioth. de Caen, n° 143, feuillet 51.
[10] Mss. in-fol. de la Biblioth. de Caen, n° 143, feuillet 51.
[11] Mss. in-4° de la Biblioth. de Caen, n° 117, p. 96.
[12] Quelque cent ans après, une note de lʼintendant Méliand sur
lʼétat des finances de la ville constatait que lʼhorloger, en 1679,
touchait un traitement de 80 livres, tandis que lʼavocat de la ville
au Parlement ne touchait que 30 livres, et le greffier, sans indemnité
pour ses frais de bureau, seulement 500 livres. – Archives
municipales, délibération du 1er mai 1679.
[13] Archives municipales, délibération du 4 janvier 1592.
[14] Archives municipales, délibération du 10 mai 1597.
[15] Notice sur les clepsydres et les premières horloges. Caen, 1872;
in-18 de 29 p.
[16] Mss. in-fol. de la Biblioth. de Caen, n° 143, feuillet 51.
[17] Archives municipales, 17 avril 1563.
[18] Journal dʼun bourgeois de Caen, p. 76.
[19] Bulletin monumental, tome XVIII, p. 92.
[20] Archives municipales, avril et 8 sept. 1563.
[21] Journal dʼun bourgeois de Caen, 3 nov. 1697,
[22] LʼHôtel de Ville avait deux canons, comme nous lʼapprend une
délibération du 24 févr. 1607, à propos du mariage de M. de
Bellefonds, gouverneur pour le Roi en la ville et château de Caen. «
Sera, est-il dit dans cette délibération, en signe de joie et liesse,
tiré quatre coups de canon de la grosse tour de Chatimoine et les deux
de lʼHôtel commun de la ville, lors de lʼentrée de la mariée, lundi au
soir. »
[23] Archives municipales, 22 sept. 1564.
[24] Archives municipales, 28 mai 1641.
[25] « État que les commissaires, ci-devant établis par le Roi au
gouvernement et administration de lʼHôtel commun de la ville de Caen,
baillent et laissent à MM. les Maire, Gouverneurs et Échevins
dʼicelle, des charges et affaires les plus importantes, qui se sont
passées depuis leur établissement, qui fut le 24 février 1640 jusquʼà
ce jour, et qui restent à faire par lesd. sieurs Maire et Echevins. »
[26] Archives municipales, 26 février 1563.
[27] Archives municipales, 28 juin 1602.
[28] Archives municipales, 25 janvier 1626.
[29] « A été appelé Leslogettes, cuisinier, avec lequel a été fait
marché de fournir le dîner du mercredi des cendres prochain, en la
maison de M. Brunet, de toutes choses qui se pourront trouver, pour
traiter honorablement les assistans, au nombre de 40 personnes, ayant
assisté à lʼélection, qui se fera, led. jour, des Echevins de lad.
ville, dʼun receveur et administrateurs de la Maison Dieu et
Léproserie en lui payant 50s par tête et 60s pour le vin de ses
serviteurs, et parce quʼil fournira aussi à dîner aux serviteurs qui
auront servi aud. dîner, et doit fournir linge, vaisselle, bois, pain,
vin, cidre et toutes choses généralement. » Archives municipales, 3
mars 1611.
[30] Archives municipales, 23 juin 1652.
[31] « Noble homme, Mr Jean Beaullart, sr de Maizet, fils et héritier
de feu noble homme, Pierre Beaullart, a fait rapporter en cette maison
plusieurs registres, pièces et écritures avec deux clefs et un cachet,
quʼil a dit être les pièces, papiers, clefs et cachet, dont led, sr de
Maizet, son père, se servait comme greffier de lʼHôtel commun de lad.
ville. » Archives municipales, 26 octobre 1611.
[32] Archives municipales, 15 janvier 1538.
[33] Archives municipales, 16 janvier 1539.
[34] Archives municipales, 13 novembre 1661.
[35] Archives municipales, mars 1583.
[36] Philippidos libri duodecim, lib. VIII.
[37] Rapport sur les fouilles du nouveau canal de lʼOrne, à Caen,
relativement à lʼhistoire et à la géologie, par M. Gervais de Laprise,
28 floréal an IX. Voir, parmi les manuscrits de la Bibliothèque de
Caen, le n° 169 in-folio.
[38] Recherches et antiquitez de la ville de Caen, édit. de 1588, p.
96.
[39] Notice sur le Port de Caen, dans les Ports maritimes de la
France, t. II, p. 409.
[40] Les pièces inédites que nous citons, ou dont nous donnons des
extraits, ont été copiées aux archives municipales ou aux archives du
département du Calvados. La plupart de ces documents nous ont été
obligeamment communiqués par M. Houdan, qui a réuni une nombreuse et
précieuse collection de notes sur les travaux du port de Caen.
[41] Voici, sur le Poigneux, un renseignement inédit extrait des
archives municipales. « Lʼadministration ayant entendu la lecture
dʼune lettre à elle adressée par le sous-ingénieur provisoire de
vaisseaux du 4e arrondissement forestier, en date du 18 de ce mois,
dans laquelle il demande quʼil soit nommé un expert pour procéder à
lʼestimation du chantier nommé le Poigneux, nomme le cn Lair,
architecte de la commune, aux fins de régler conjointement avec celui
qui sera nommé par le cn Vesque, fermier dudit terrein au droit des
pauvres de lʼhospice de lʼhumanité, lʼindemnité qui peut lui être due
pour dépôt fait des bois de la marine, ce qui a empêché sa jouissance
» (Séance du 23 pluviôse an VI).
[42] Notice sur le Port de Caen dans le IIe tome des Ports maritimes
de la France.
[43] Plusieurs fragments de ce portail sont conservés au Musée des
Antiquaires.
[44] Ms. in-4°, n° 120.
[45] Ms. conservé à la Bibliothèque de Caen, in-fol., n° 104.
[46] L'ancienne Université de Caen, broch., p. 15.
[47] La première inhumation enregistrée par l'histoire eut lieu à
Saint-Étienne, le 23 novembre 1712. On y enterra, dans le sanctuaire,
le corps du sieur Charles Turpin, prêtre, professeur de philosophie au
collège Du Bois et recteur de l'Université de Caen. (Journal d'un
bourgeois de Caen.)
[48] A propos du récit de l'inhumation de Charles Turpin, recteur de
l'Université de Caen, les éditeurs du Journal d'un bourgeois de Caen
se font l'écho de cette lointaine rumeur: « Ce passage du journal,
écrivent-ils, est d'autant plus curieux qu'il est de tradition à Caen
que les funérailles d'un recteur, en fonctions au moment de son décès,
devaient être semblables à celles d'un roi, et que, lorsque ce haut
dignitaire venait à tomber malade, le corps universitaire se
réunissait à la hâte pour élire son successeur, afin d'éviter les
énormes frais qu'eût entrainé son décès s'il n'avait pas été remplacé.
On dit même qu'un recteur, étant à la chasse, se tua exprès pour être
enterré comme un roi. »
[49] Mémoires sur l'Université de Caen, ms. in-fol. de la Bibliothèque
de Caen, n° 123, tome I.
[50] Essais historiques sur la ville de Caen, par l'abbé De La Rue,
tome II, p. 150.
[51] Ms. in-4° de la Bibliothèque de Caen, n° 117, feuillet 98.
[52] Lʼancienne porte de lʼabbaye a été gravée dans le Cours
dʼantiquités monumentales de M. de Caumont; on en connaît aussi
quelques dessins inédits. Mais la tour carrée, ou donjon, nʼa été
reproduite nulle part et ne figure, croyons-nous, que dans le dessin
de M. Le Nourichel et dans un fusain, très-inexact, exécuté en 1812
par R. Le Baron-Delisle. Ce fusain et la mine de plomb de M. Le
Nouricbel sont conservés à la Bibliothèque de Caen.
[53] Essais historiques sur la ville de Caen, par lʼabbé De La Rue,
tome Ier, p. 290.
[54] A côté des droits quʼelle exerçait, lʼAbbaye-aux-Dames avait
aussi quelques charges à supporter. Nous en citerons une à cause de sa
singularité. « Tous les ans, dit M. de Jolimont, la communauté
donnait, le jour de la Trinité, un grand dîner à tous les habitants
dʼune commune voisine (Vaux-sur-Seulles), et même à leurs domestiques,
sʼils avaient un an et un jour de domicile. Ils tenaient cet usage,
qui était devenu un droit acquis, de la générosité du seigneur
primitif, droit auquel la mutation de propriété de la commune en
faveur des religieuses nʼavait pu porter atteinte. Le repas était
servi sur des nappes étendues sur lʼherbe, et durait quatre heures.
Chaque convive avait un pain de 22 onces et un morceau de lard bouilli
dʼun pied carré, une ribelette de lard rôtie, une écuellée de lait et
du cidre ou de la cervoise à volonté. La gaieté qui animait ces repas,
et qui dut souvent dégénérer en excès, la singularité et les abus
dʼune telle réunion dans un couvent de filles, et la crainte dʼune
surprise en temps de guerre, firent changer en 1657, non sans beaucoup
de difficulté, cette redevance en une rente de 30 livres au trésor de
la paroisse de Vaux, et en un service solennel le lendemain de la fête
de la Trinité, pour les défunts de la paroisse, auquel assistaient six
des habitants députés chaque année, et qui seuls dînaient à lʼabbaye. »
[55] Essais sur Caen, par lʼabbé De La Rue, t. II, p. 19,
[56] Nouvelle édition de 1833, page 6 de la 2e partie.
[57] Huet, Origines de Caen.
[58] Cette lettre a été publiée dans les « Documents inédits sur
lʼHistoire de France »: Lettres missives de Henri IV, tome III, p. 3.
[59] Anciens registres de lʼHôtel-de-Ville.
[60] Essais historiques sur la ville de Caen, t. I, p. 177.
[61] Minute de lettre à M. de Gesves, en réponse aux lettres du roi.