CHAPITRE XIX

Réveil.--Un nouveau printemps.

Environ trois semaines plus tard, par une belle matinée, Hélène ouvrit

les yeux et regarda autour d'elle avec étonnement. L'entrée de la

caverne était éclairée par les rayons dorés du soleil levant. Une brise

légère soufflait du lac et répandait tout autour les parfums de la forêt

verdoyante et de la vallée. Le ciel était serein et un clair gazouillis

d'oiseaux retentissait dans l'air.

A sa vive surprise, elle s'aperçut qu'elle était couchée dans son lit

sous deux couvertures en laine; à son chevet était assis, la tête

appuyée contre la main, un inconnu aux traits vieillis.

Pendant quelques instants, Hélène regarda fixement l'inconnu.

«Qui est-ce?... Où suis-je?... Pourquoi est-il là?» se demanda-t-elle.

Tout à coup, comme dans un songe, cette idée lui traversa l'esprit

qu'elle avait été malade, que cette maladie avait duré longtemps. Dans

sa mémoire résonnaient confusément les tendres paroles d'amour et de

consolation que lui adressait son père lorsque ses souffrances

redoublaient d'intensité.

--Oh! murmura-t-elle d'une voix à peine intelligible, j'ai été malade et

il m'a soignée. Mais comme il est changé et vieilli!

Elle souleva péniblement sa main et l'appliqua sur sa tête.

--Oh! comme ma tête est lourde! Oui, à quoi pensais-je donc? Pourquoi

reste-t-il si immobile? Il dort probablement... Mes idées se

troublent... Mais où est-il donc? Je veux aussi dormir!...

Un courant frais d'air parfumé entra de nouveau dans la caverne. La

poitrine de la jeune fille se dilata, ses idées s'éclaircirent. Elle

rouvrit les yeux et fixa de nouveau son père. Il restait là sans changer

d'attitude, toujours immobile. Sa figure maigrie, ainsi que sa barbe

devenue toute blanche, lui donnaient un aspect tellement âgé, qu'il lui

faisait l'effet d'avoir au moins cent ans.

Puis ses idées se reportèrent involontairement à sa patrie lointaine, à

sa mère qui l'attendait avec désespoir. Alors seulement elle se rendit

un compte exact de sa situation; elle se rappela qu'elle se trouvait

dans une île déserte au milieu de l'Océan et qu'elle aurait bientôt à

travailler pour son père aveugle, privé de tout soutien. Mais la

conscience de son devoir et le sentiment de satisfaction qu'elle éprouva

à cette idée raffermirent ses forces. Elle se leva, non sans peine, sur

son séant et jeta un regard hors de la grotte.

La vallée resplendissait d'une riante verdure, et les fleurs qui

s'épanouissaient sur les arbres remplissaient l'air de parfums

insolites. Le soleil jetait son éclat sur ce nouveau printemps, et ses

rayons se jouaient et scintillaient sur la surface mouvante du lac qui

apparaissait, par échappées, entre les arbres.

«Qu'il fait beau là-bas maintenant!» pensa Hélène, en étendant

involontairement ses mains amaigries vers l'entrée, d'où la nature

éveillée semblait lui envoyer un salut et l'appeler à une vie nouvelle

avec son haleine parfumée.

Mais voici que son père fit entendre un profond soupir. Il se leva

lentement et étendit ses bras, comme pour se rendre compte de l'endroit

où il se trouvait.

--Hélène,... murmura-t-il d'une voix qui exprimait la crainte et une

tendre sollicitude.

--Père, cher père! s'écria-t-elle, en lui saisissant la main qu'elle

porta à ses lèvres.

--Mon enfant! fit-il presque en criant d'émotion. Tu vas mieux? Tu me

reconnais? Eh bien, te voilà donc sauvée!

Il tomba lentement à genoux devant le lit de sa fille et l'entoura de

ses bras tremblants. Elle inclina doucement sa tête sur la poitrine de

son père, et une étreinte chaleureuse réunit ces deux êtres qui avaient

tant souffert.

--Mon enfant, dit enfin le vieillard, j'entends, à ta voix, que tu vas

mieux, bien mieux qu'auparavant. Le sort m'a rendu ma fille! Dis,

Hélène, comment te sens-tu?

--Cher et bon papa! répondit la jeune fille. Il me semble que j'ai été

très mal, mais je vais me rétablir bientôt!

--Doucement, doucement, ma chérie! interrompit le vieillard. Après une

telle secousse, les forces ne se rétablissent pas aussi vite. Ne te

fatigue pas, ne parle plus. Recouche-toi.

--Mais est-ce que j'étais bien malade, papa?

--Ah! je commençais déjà à perdre tout espoir, fit le vieillard avec un

profond soupir! Mais le destin a eu pitié de moi et te rend à la vie, si

triste qu'elle soit.

--Que de soucis je t'ai donnés! dit Hélène avec tendresse. Est-ce que

j'ai été longtemps malade?

--Je ne saurais te le dire, répondit le vieillard. Je sais seulement que

la saison pluvieuse vient de passer, et que tu es restée longtemps dans

un état inconscient et désespéré. Mais assez, ma fille. Ne te fatigue

pas à parler. Dis-moi plutôt si tu n'as besoin de rien? Ne veux-tu pas

boire? J'ai encore de l'eau.

--Oui, je voudrais un peu d'eau, dit Hélène. Mais comment te l'es-tu

procurée?

Il se leva, se dirigea en tâtonnant vers la sortie et revint bientôt

avec une coquille de noix de coco remplie d'une eau limpide.

La boisson fraîche et parfumée, un peu acide, ranima et fortifia la

fillette.

--C'est de l'eau de pluie avec du citron, lui dit son père. Et

maintenant, repose-toi, ma fille.

Mais Hélène pria son père de lui permettre de jeter un coup d'oeil au

dehors de la grotte. Elle voulait contempler le tableau que présentait

la nature après la saison pluvieuse.

[Illustration: «Hélène, comment te sens-tu?»]

--Pourvu que tes forces ne te trahissent pas! lui dit son père. Sois

prudente. Il le faut, surtout au début de la convalescence.

Hélène se leva, non sans peine, mais elle sentit aussitôt qu'elle ne

pouvait se tenir sur ses jambes. Pourtant, elle s'efforça de persuader à

son père qu'à l'air elle se sentirait mieux et que ses forces lui

reviendraient plus vite. Il se laissa convaincre et la porta presque

dehors.

Avec quelle volupté ineffable elle aspirait l'air frais du matin! il lui

semblait que chaque bouffée lui donnât de nouvelles forces. Son père lui

offrit une datte sèche qu'elle mangea avec plaisir.

Mais elle ne put s'abandonner longtemps à cette volupté. Bientôt une

grande lassitude la prit et le sommeil la gagna.

Son père la reconduisit dans la grotte où elle se laissa tomber sur son

lit. Voyant que le vieillard avait également besoin de repos, elle lui

dit qu'elle ne s'endormirait pas, tant qu'il ne lui en donnerait pas

l'exemple lui-même.

La nouvelle Robinsonnette: Aventures d'une fillette sur une île déserte · 第 21 / 38 题