Lecteur, qui que tu sois, qui verras cette troisième partie du Roman
comique paroître au jour après la mort de l'incomparable Monsieur
Scarron, auteur des deux premières, ne t'etonne pas si un genie beaucoup
au dessous du sien a entrepris ce qu'il n'a pu achever. Il avoit promis
de te le faire voir revu, corrigé et augmenté[334], mais la mort le
prevint dans ce dessein et l'empêcha de continuer les histoires du
Destin et de Leandre, non plus que celle de la Caverne, qu'il fait
paroître au Mans sans dire de quelle manière elle et sa mère sortirent
du château du baron de Sigognac, et c'est sur quoi tu seras eclairci
dans cette troisième partie. Je ne doute point que l'on ne m'accuse de
temerité d'avoir voulu en quelque sorte donner la perfection à l'ouvrage
d'un si grand homme, mais sçache que pour peu d'esprit que l'on ait, on
peut bien inventer des histoires fabuleuses telles que sont celles qu'il
nous a données dans les deux premières parties de ce roman. J'avoue
franchement que ce que tu y verras n'est pas de sa force, et qu'il ne
repond pas ni au sujet ni à l'expression de son discours; mais sçache du
moins que tu y pourras satisfaire ta curiosité, si tu en as assez pour
desirer une conclusion au dernier ouvrage d'un esprit si agreable et si
ingenieux. Au reste j'ai attendu longtemps à la donner au public, sur
l'avis que l'on m'avoit donné qu'un homme d'un merite fort particulier y
avoit travaillé sur les Mémoires de l'auteur: s'il l'eût entrepris, il
auroit sans doute beaucoup mieux reussi que moi; mais, après trois
années d'attente sans en avoir rien vu paroître, j'ai hasardé le mien,
nonobstant la censure des critiques. Je te le donne donc, tout
defectueux qu'il est, afin que, quand tu n'auras rien de meilleur à
faire, tu prennes la peine de le lire.
[Note 334: Dans l'avis au lecteur scandalisé des fautes
d'impression, qui précède la 1re partie.]
LE
ROMAN COMIQUE