Où l'on verra le roi des Maures sacré non pas à Reims mais à
Draguignan; et d'une conversation de haute portée entre un policier
amateur et un savant inconnu.
Cabissol était devenu pour M. le préfet, qui s'ennuyait un peu à
Draguignan, un compagnon intéressant et en même temps un aide dévoué,
du moins en ce qui touchait à la police générale du département.
MM. les commissaires n'en prenaient pas ombrage car le policier amateur
les faisait maintes fois bénéficier de ses découvertes; et, dans plus
d'une grosse affaire où la police avait dû donner «sa langue aux
chats», M. Cabissol, poussé et soutenu par sa passion de curieux, avait
trouvé «la clef» et fait prendre les coupables.
--Si j'ai bien compris notre Maurin, dit le préfet à Cabissol, son
appui aux élections prochaines nous sera de première utilité pour
combattre certain candidat dangereux et faire triompher le «bon»,
c'est-à-dire le nôtre, qui est effectivement un brave homme. Il est
aussi mon parent, comme je vous l'ai dit, mais ce n'est pas une raison
pour que je ne m'intéresse pas à son succès.
--Vous aurez Maurin pour vous, je m'en charge; il vous l'a d'ailleurs
presque promis.
--Comment formera-t-il son opinion sur notre ami Vérignon?
--Laissez-moi faire. Je vous dirai cela bientôt. Les élections n'auront
lieu que dans six mois, mais il n'est pas mauvais de s'en occuper à
l'avance. Je vais voir Maurin.
--Où cela?
--Je n'en sais rien, je vais à sa recherche.
--Recommandez-lui d'être sage. Nous avons eu toutes les peines du monde
à faire classer son affaire de l'enlèvement des chevaux. Le commandant
de gendarmerie n'était pas content. Dites-lui que ces plaisanteries-là
pourraient lui coûter cher, à la fin, et que toutes les protections du
monde, à un moment donné, ne servent plus de rien... Faites-le lui bien
comprendre. Il serait stupide qu'une affaire gaie aboutît à un résultat
pénible: songez donc! Rébellion contre les agents de la force publique
en service! Il y perdrait! et nous aussi.
M. Désorty et M. Cabissol ignoraient l'accusation nouvelle qui pesait
sur Maurin depuis quelques heures. Le parquet n'avait eu aucune raison
d'en informer la préfecture. Et si attentif que fût M. Cabissol aux
faits et gestes de Maurin, il ignorait encore Grondard et la nouvelle
rancune d'Alessandri.
L'accusation portée contre Maurin ne manquait pas de base.
En effet la mémoire de Sandri avait failli...
--Enfin, lui avait dit le procureur du roi de la république impériale,
a-t-il avoué devant vous?
--Oui et non.
--Oui ou non?
--Oui, car il a dit, à ce qu'il me semble: «Si je l'avais tué c'est
avec plaisir que je dirais: _C'est moi qui l'ai tué_». Mais Grondard
assure qu'il a dit simplement: «C'est moi qui l'ai tué». Et il a bien
prononcé ces paroles, je m'en souviens, mais je ne sais plus s'il a dit
les premières qui modifient le sens des secondes.
--Amenez-le-moi, avait conclu le juge.