--Je ne peux pourtant pas deviner! murmura-t-il... Vous avez bien
un projet pour l'avenir du petit? Voulez-vous en faire un paysan?
J'aime assez cela. Un soldat? ça va encore! Un marin? un bouchonnier?
un jardinier qui cultive les primeurs pour les envoyer à Paris et à
l'étranger? D'après ce que vous déciderez, je tâcherai d'aider votre
fils... car c'est entendu,--vous me plaisez,--je le ferai travailler...
--Vraiment, ah! quel bonheur, mon brave monsieur!
--Mais que faut-il lui apprendre, quoi? dites un peu.
Un mot sortit de tout l'être de Maurin, brusque, involontaire, étrange,
superbe:
--Tenez, monsieur, fit-il ingénument, apprenez-lui la justice!
M. Rinal devint tout pâle. Il se sentit le coin des yeux picoté par
l'émotion,--et il marcha vers l'homme, qui se leva. Il lui tendit sa
main que Maurin saisit.
--Vous êtes un brave homme, vous! dit-il à Maurin. Envoyez-moi votre
fils quand vous voudrez.
Ce fut le tour de Maurin de devenir pâle.
Quand il raconta à Parlo-Soulet sa visite chez M. Rinal:
--Devant un homme ainsi, déclara Maurin, je t'assure qu'on n'a pas
envie de galéger... Rien que de le voir, ça me fait un effet, à moi!
--Diable! il faut alors, dit Parlo-Soulet, qu'il ait bougrement de
talent!