IV

Ce qui est également controversé, ou du moins insuffisamment approfondi,

c’est l’importante question des parasites (je ne parle pas des parasites

intestinaux), car outre ses habitants légitimes, la termitière héberge

un nombre considérable d’écornifleurs qui n’ont pas encore été recensés

et examinés comme ceux de la fourmilière. On sait que chez les fourmis

ces parasites jouent un rôle intéressant et pullulent de façon

fantastique. Wasmann, le grand myrmécologue, en compte, dans la

fourmilière, douze cent quarante-six espèces. Les uns viennent

simplement chercher, dans la tiède moiteur des galeries souterraines, le

vivre et le couvert et y sont charitablement tolérés, car la fourmi est

beaucoup moins bourgeoise et avare que ne le croyait le bon La Fontaine;

mais un grand nombre d’autres sont utiles, voire indispensables. Il s’en

trouve aussi dont les fonctions sont tout à fait inexplicables,

notamment ces _Antennophorus_ que portent la plupart des _Lasius

Mixtus_, si bien observés par Charles Janet. Ce sont des sortes de poux,

proportionnellement énormes, puisqu’ils sont aussi gros que la tête de

la fourmi, qui, toujours proportionnellement, est près de deux fois plus

volumineuse que la nôtre. Généralement, sur une de ces fourmis, on

compte trois de ces poux qui s’installent soigneusement et

méthodiquement, l’un sous le menton, les deux autres, de chaque côté de

l’abdomen de leur hôte, de manière à ne pas déséquilibrer sa marche. Le

_Lasius Mixtus_ qui d’abord répugne à les accueillir, une fois qu’ils

ont pris place, les adopte et ne cherche plus à s’en débarrasser. Quel

est le martyr de nos saintes légendes qui porterait sans se plaindre,

durant toute son existence, une triple charge aussi lourde et aussi

encombrante? L’âpre fourmi de la fable, non seulement s’y résigne, mais

soigne et nourrit ses fardeaux, comme s’ils étaient ses enfants. Quand

un de ces Lasius orné de ses monstrueux parasites a trouvé, par exemple,

une cuillerée de miel, il s’en gorge et rentre au nid. Attirées par la

bonne odeur, d’autres fourmis s’approchent et sollicitent leur part de

l’aubaine. Généreusement, le Lasius régurgite le miel dans la bouche des

quémandeuses et ses parasites interceptent au passage quelques

gouttelettes du précieux liquide. Loin de s’y opposer, il leur facilite

le prélèvement de la dîme et, avec ses compagnes, attend que les

écornifleurs repus donnent le signal du départ. Il faut croire qu’il

éprouve à promener ses gigantesques poux de luxe, qui nous accableraient

sous leur poids, d’étranges jouissances que nous ne sommes pas à même de

comprendre. Nous comprenons au demeurant fort peu de chose au monde des

insectes qui sont guidés par un esprit et par des sens qui n’ont presque

rien de commun avec ceux qui nous mènent.

Mais quittons nos fourmis et revenons à notre xylophage. D’après le

professeur E. Warren, les hôtes de la termitière connus en 1919

s’élèvent à 496 dont 348 coléoptères. On en découvre chaque jour de

nouveaux. On les classe en hôtes vrais (_Symphiles_) amicalement

traités, en hôtes tolérés ou indifférents (_Synoeketes_), en intrus

(_Synechtres_), pourchassés et en parasites proprement dits

(_Ectoparasites_). Malgré les noms scientifiques qu’on leur donne, la

question n’est pas au point et nous attendons une étude plus complète.

La vie des termites · 第 25 / 46 题