Paris. 1260
Bordeaux. 1260
Toulouse. 1080
Alger. 1260
Greenwich. 1149
Oxford. 1180
Helsingfort. 1008
Postdam. 1232
Rome. 1010
Catane. 1008
San Fernando. 1260
Tacubaya. 1260
Santiago. 1260
La Plata. 1360
Rio Janeiro. 1376
Cap de Bonne-Espérance. 1512
Sydney. 1400
Melbourne. 1149
Ainsi, la science du dix-neuvième siècle léguera à la postérité un état
irrécusable et impérissable du ciel sidéral, qui, dans les siècles
futurs, servira de base certaine pour la solution du grand problème de
la constitution générale de l'univers.
* * *
Certes, l'oeil humain est un appareil d'optique admirable. Quelle
transparence dans ce cristal vivant, quelles nuances délicieuses dans
cet iris, quelle profondeur ou quel charme! C'est la vie, c'est la
passion, c'est la lumière. Fermez tous ces yeux, que restera-t-il de la
création?
Et pourtant, la lentille de l'appareil photographique représente
vraiment un oeil nouveau, qui vient compléter le nôtre et qui le
surpasse, plus merveilleux encore.
Cet oeil géant est doué de quatre avantages considérables sur le nôtre:
il voit plus vite, plus loin, plus longtemps, et, faculté précieuse, il
fixe, imprime, conserve ce qu'il voit.
Il voit plus vite: en un demi-millième de seconde, il photographie le
soleil, ses taches, ses tourbillons, ses flammes, ses montagnes de feu,
en un document impérissable.
Plus loin: dirigé vers un point quelconque du ciel pendant la nuit la
plus profonde, il découvre dans les atomes de l'infini des étoiles, des
mondes, des univers, des créations, que jamais, jamais notre oeil ne
pourrait voir, à l'aide de n'importe quel télescope.
Plus longtemps: ce que nous ne sommes pas parvenus à voir en quelques
secondes d'attention, nous ne le verrons jamais. Lui, n'a qu'à regarder
assez longtemps: au bout d'une demi-heure, il distinguera ce qu'il ne
voyait pas; au bout d'une heure, il verra mieux encore, et plus il
restera fixé vers l'inconnu, mieux il le possédera, sans fatigue et
toujours mieux.
Et il conserve sur sa plaque rétinienne tout ce qu'il a vu. Notre oeil
ne garde qu'un instant les images. Supposez, par exemple, que vous
assommiez un homme au moment où, tranquillement assis dans son fauteuil,
il a les yeux ouverts devant une fenêtre vivement éclairée (la
supposition n'a rien d'exorbitant sur une planète dont tous les citoyens
sont soldats et s'entre-tuent au taux moyen de onze cents par jour);
puis que vous lui arrachiez les yeux (nous venons de dire qu'il s'agit
d'un ennemi), et que vous les immergiez dans une solution d'alun. Ces
yeux conserveront l'image de la fenêtre avec ses barres transversales et
ses ouvertures éclairées. Mais, dans l'état normal des choses, nos yeux
ne gardent pas les images... il y en aurait trop, d'ailleurs. L'oeil
géant dont nous parlons conserve tout ce qu'il a vu. Il n'y a qu'à
changer la rétine.
Ainsi, d'abord, cet oeil voit plus vite et mieux et sans fatigue. On
photographie aujourd'hui les éclairs, que l'on peut étudier ensuite à
loisir sur les clichés, et qui montrent les titanesques batailles de
l'étincelle électrique franchissant l'océan aérien et y rencontrant
mille obstacles, mille résistances de tout ordre qui font varier sa
route et lui impriment souvent les mouvements les plus désordonnés. On
photographie un cheval au galop, qui subitement se trouve immobilisé, on
photographie un train express, on photographie le boulet de canon et
l'obus surpris, arrêtés sur leur trajectoire.
Oui, cette rétine artificielle voit plus vite et mieux. Et, par une
propriété absolument contraire, elle sait pénétrer en des abîmes où nous
ne voyons et ne verrions jamais rien. C'est peut-être même ici sa
faculté la plus stupéfiante encore.
Mettons l'oeil, par exemple, à l'oculaire d'une lunette dont l'objectif
mesure 30 centimètres d'ouverture: ce sont là actuellement les meilleurs
instruments comme usage pratique des observatoires.
Dans cette lunette de 30 centimètres de diamètre et de 3 mètres et demi
de longueur, nous découvrons les étoiles jusqu'à la quatorzième
grandeur, c'est-à-dire environ 40 millions d'astres de toute nature.
Maintenant, remplaçons notre oeil par la rétine photographique.
Instantanément les étoiles les plus brillantes viendront frapper la
plaque et y marquer leur image. Cinq millièmes de seconde suffiront pour
une étoile de première grandeur, une centième de seconde pour les
étoiles de deuxième grandeur, trois centièmes de seconde pour celles de
troisième, et ainsi de suite, suivant la proportion établie plus haut.
En moins d'une seconde, l'oeil photographique a vu tout ce que nous
pouvons apercevoir à l'oeil nu.
Mais ce n'est rien encore. Les étoiles télescopiques visibles dans
l'instrument vont également frapper la plaque et y inscrire leur image.
Celles de la septième grandeur emploieront une seconde un tiers à
l'impressionner, celles de la huitième grandeur demanderont trois
secondes, celles de la neuvième huit secondes, celles de la onzième
grandeur cinquante secondes, celles de la douzième demanderont deux
minutes, celles de la treizième cinq minutes, et enfin celles de la
quatorzième, treize minutes.
Si nous avons laissé notre plaque exposée pendant un quart d'heure, nous
trouverons photographiée sur cette plaque toute la région du ciel vers
laquelle la lunette était dirigée, et tout ce que cette région possède,
tout ce qu'avec une peine infinie nous serions parvenus à découvrir, à
mesurer, par une série d'observations très laborieuses et très longues.
Un nombre suffisant d'appareils braqués de manière à embrasser le ciel
tout entier fixera, comme nous venons de le voir, en une carte immense
tout ce que l'astronomie d'observation peut étudier, et ce que l'on
n'aurait pu obtenir qu'en plusieurs siècles.
Mais voici seulement où commence le merveilleux.
Laissons l'oeil photographique regarder au lieu du nôtre: il pénétrera
dans l'inconnu. Les étoiles invisibles pour nous deviennent visibles
pour lui. Au bout de trente-trois minutes d'exposition, les étoiles de
la quinzième grandeur auront fini par impressionner la rétine chimique
et y former leur image.
Le même instrument qui montre à l'oeil humain les astres de la
quatorzième grandeur et qui, dans le ciel entier, enregistrerait environ
40 millions d'étoiles, en montre à l'oeil photographique 120 millions
dès la première réquisition pour obtenir la quinzième grandeur. Il
atteindrait la seizième à la seconde réquisition, en une heure vingt
minutes de pose, et jetterait sous l'admiration éblouie du contemplateur
une poussière lumineuse de 400 millions d'étoiles!...
Jamais encore, dans toute l'histoire de l'humanité, on n'a eu en mains
la puissance de pénétrer aussi profondément dans les abîmes de l'infini.
Avec les perfectionnements nouveaux, la photographie prend nettement
l'image de chaque astre, quelle que soit sa distance, et elle la fixe en
un document que l'on peut étudier à loisir. Qui sait si quelque jour,
dans les vues photographiques de Vénus ou de Mars, une nouvelle méthode
d'analyse n'arrivera pas à découvrir les habitants! Et sa puissance
s'étend jusqu'à l'infini. Voilà une étoile de quinzième, de seizième, de
dix-septième grandeur, un soleil comme le nôtre, éloigné à une telle
distance de nous que sa lumière emploie des milliers, peut-être des
millions d'années à nous parvenir, malgré sa vitesse inouïe de trois
cent mille kilomètres par seconde, et ce soleil gît à une telle
profondeur que sa lumière ne nous arrive pour ainsi dire plus. Jamais
l'oeil naturel de l'homme ne l'aurait vu, jamais l'esprit humain n'en
aurait deviné l'existence sans les instruments de l'optique moderne. Et
voilà que cette faible lumière venue de si loin suffit pour
impressionner une plaque chimique qui en conservera inaltérablement
l'image.
Et cette étoile pourrait être du dix-huitième, du vingtième ordre et
au-dessous, si petite que jamais les yeux humains, aidés même des plus
puissants pouvoirs télescopiques ne la verront (car il y aura toujours
des étoiles au-delà de notre vision). Et pourtant elle viendra frapper,
de sa petite flèche éthérée, la plaque chimique exposée pour l'attendre
et la recevoir.
Oui, sa lumière aura voyagé pendant des millions d'années. Lorsqu'elle
est partie, la terre n'existait pas, la terre actuelle avec son
humanité; il n'y avait pas un seul être pensant sur notre planète; la
genèse de notre monde était en voie de développement; peut-être
seulement, dans les mers primordiales qui enveloppaient le globe avant
le soulèvement des premiers continents, les organismes primitifs
élémentaires se formaient-ils au sein des eaux, préparant lentement
l'évolution des âges futurs. Cette plaque photographique nous fait
remonter à l'histoire passée de l'univers. Pendant le trajet éthéré de
ce rayon de lumière qui vient aujourd'hui frapper cette plaque, toute
l'histoire de la terre s'est accomplie, et dans cette histoire, celle de
l'humanité n'est qu'une onde, qu'un instant. Et, durant ce temps,
l'histoire de ce lointain soleil qui se photographie aujourd'hui s'est
accomplie aussi: peut-être est-il éteint depuis longtemps, peut-être
n'existe-t-il plus...
Ainsi cet oeil nouveau qui nous transporte à travers l'infini nous fait
en même temps remonter les stades de l'éternité passée.
* * *
L'infini! l'éternité! L'astronomie contemporaine nous y plonge et nous y
noie. Quelle mesure en pouvons-nous prendre? En volant avec la vitesse
de l'éclair, nous emploierions des millions d'années pour atteindre les
régions où brillent ces univers lointains; mais, transportés là, nous
n'aurions réellement pas avancé d'un seul pas vers les limites de
l'espace, car l'espace est sans bornes, l'infini est sans mesures, et
partout, dans toutes les directions, il y a tant d'univers, tant de
soleils consécutifs, que si nous laissions la plaque photographique
assez longtemps exposée, elle finirait par se couvrir de points lumineux
contigus et serrés au point de ne plus former qu'un ciel d'éblouissante
lumière. Car, partout, en quelque point que nous dirigions notre rayon
visuel, il y a une infinité de soleils les uns derrière les autres.
Et nous vivons sur l'un de ces mondes, sur l'un des plus médiocres, en
un point quelconque de l'immensité sans bornes, éclairés par l'un de ces
innombrables soleils, dans un horizon restreint, véritable cocon de ver
à soie, ignorant toutes les causes, éphémères d'un instant, nous
pénétrant d'une illusoire vue du monde, ne voyant presque rien,
d'ailleurs, assez minuscules pour nous imaginer que nous connaissons
quelque chose, nous flattant même, avec un béat sentiment d'orgueil, de
dominer la nature, fiers d'une illusion prise pour la réalité. Nous
tranchons les questions. Nous nous déclarons matérialistes sans
connaître un mot de l'essence de la matière, spiritualistes sans
connaître un mot de la nature de l'esprit; mais au fond de tout être
pensant le scepticisme demeure, parce que nous sommes incapables de rien
apprécier.
Notre minuscule planète perdue est encore trop vaste pour notre
conception, car nous avons inventé le patriotisme de clocher, et toute
l'organisation des divers groupes sociaux qui se partagent le globe est
fondée sur les armes.
Ah! l'astronome souhaiterait que les conducteurs de peuples, les
législateurs, les politiciens, eussent la faculté de pouvoir regarder
une carte céleste et la comprendre. Cette calme contemplation serait
peut-être plus utile à l'humanité que tous les discours diplomatiques.
Si l'on savait combien la terre est minuscule, peut-être cesserait-on de
la couper en morceaux. La paix régnerait sur le monde, la richesse
sociale succéderait à la ruineuse, honteuse et infâme folie militaire,
les divisions politiques s'effaceraient, et les hommes pourraient
seulement alors s'élever librement dans l'étude de l'univers, dans la
connaissance de la nature, et vivre des jouissances de la vie
intellectuelle. Hélas! nous n'en sommes pas là; et l'oeil photographique
révélera bien des mystères célestes avant que l'oeil humain voie la
raison et la science établir leur règne sur notre petite boule
tournante.
Camille Flammarion.
[Illustration: LES PHARES.--Un des gardiens faisant son quart.]
LES PHARES
(Suite et fin.)
Nos gravures nous ont montré les phares debout, au milieu de la mer, et
bravant les tempêtes. Au plus fort de l'ouragan, lorsque le vent souffle
avec rage, lançant des torrents de pluie contre les vitraux de la
lanterne, lorsque les lames énormes du large déferlent quelquefois
jusque sur la première galerie, envoyant par-dessus la coupole leurs
longues fusées d'écume, ils s'inclinent comme pour saluer l'ouragan.
Alors les vases à huile placés dans les chambres les plus élevées
présentent une variation de niveau de plus d'un pouce, ce qui suppose
que le sommet de la tour décrit un arc de près d'un mètre d'étendue.
Mais, comme un roseau, la tourmente passée, le phare se redresse sans
qu'une pierre ait joué, sans que rien se soit démoli.
Entourés d'eau de tous côtés, les phares sont, en général, d'un accès
difficile. Un moyen pittoresque reproduit par nos premiers dessins est
un va-et-vient installé sur un mât et actionné par un treuil. Prenons ce
chemin et pénétrons dans l'intérieur pour le visiter.
Au 1er étage, nous trouvons les magasins de bois et de cordages et la
menuiserie, puis au-dessus les caisses en tôle renfermant la provision
d'huile; au troisième sont le garde-manger, la cuisine et deux chambres
pour les gardiens, puis une petite salle pour les ingénieurs: tout cela
réduit, étriqué. Dans les phares, comme à bord d'un bâtiment, l'espace
est distribué avec une intelligente parcimonie.
Maintenant nous sommes dans le soubassement sur lequel repose la
lanterne: c'est l'étage supérieur du phare, son âme, que nous allons
examiner.
Dans un premier réduit sont enfermés les bidons a huile, les verres et
les lampes de rechange, et un escalier en spirale nous conduit dans la
chambre des appareils. Avec nous le gardien est entré. La nuit tombe,
nous allons assister à l'allumage du feu.
L'homme s'est d'abord approché de la machine de rotation formée d'un
mécanisme d'horlogerie. Il l'a mise en mouvement, en remontant un poids
que l'on voit, sur la gravure, descendre dans le trou au-dessous.
L'embrayage au-dessus de la machine s'est mis alors à tourner,
actionnant, comme nous le verrons tout à l'heure, l'appareil optique et
son armature. Celle-ci roule sur un rail circulaire au moyen de galets
coniques.
Cela fait, l'homme s'est engagé sur l'échelle plus étroite encore qui a
succédé à l'étroit escalier en hélice donnant accès à la lanterne.
Celle-ci est une sorte, de cage à parois formées de glaces planes, mais
ce n'est là qu'une enveloppe extérieure abritant contre le vent, la
pluie, les embruns de la mer, l'éblouissant échafaudage de prismes, de
lentilles et de miroirs composant l'appareil d'optique que représente un
de nos dessins, et dont l'ensemble s'appelle le tambour.
[Illustration: La lanterne.]
Rappelons en quelques mots le principe et la théorie de cet appareil. Si
la lampe du phare était placée dans une lanterne ordinaire, la plus
grande partie de sa lumière serait perdue; pour l'utiliser tout entière,
il faut ramener à la surface de la mer tous les rayons qui en suivant
leur direction naturelle iraient se perdre dans les espaces célestes.
Tel est le rôle de l'appareil optique qui a pour effet de rendre
_parallèles_ et horizontaux les rayons lumineux _divergents_ qu'émet le
foyer. De ces rayons, les plus rapprochés de la direction voulue, ceux
du centre, traversent des lentilles ordinaires, les plus obliques sont
réfractés par des séries de prismes qui entourent les lentilles; enfin,
ceux des bords du faisceau se réfléchissent sur des miroirs qui les
renvoient en pinceaux parallèles balayer la surface des eaux.
Ce dispositif a été imaginé en 1821 par le physicien français Fresnel.
A notre entrée dans la lanterne nous trouvons les stores qui la
garnissent intérieurement baissés, et les appareils recouverts de
housses en étoffe. L'homme a d'abord enlevé ces dernières et la lampe
est apparue à nos regards, il va maintenant la remplir d'huile, la
mettre en fonctions et commencer, à l'abri des stores, l'allumage du
bec.
Un mot en passant sur cette lampe que l'on voit sur notre gravure et sur
son bec.
Elle est dite à niveau constant et à réservoir inférieur. L'huile
minérale (car c'est d'elle qu'on se sert) est placée dans un réservoir
inférieur au bec, où des pompes actionnées par un mouvement d'horlogerie
situé dans l'intérieur la puisent pour la refouler à un niveau maintenu
constant. Au moyen d'un trop-plein, l'huile excédante revient au
réservoir. Quant au bec, il se compose de cercles de cuivre
concentriques dans lesquels sont passées des mèches de coton au nombre
de cinq pour les phares de premier ordre, de quatre pour ceux de second,
et ainsi de suite en descendant.
Pour assurer et régler la combustion de l'huile dans le bec, celui-ci
est coiffé d'une cheminée de cristal portée par une robe cylindrique,
permettant de l'élever ou de l'abaisser suivant les besoins. Comme la
hauteur de cette cheminée est insuffisante, elle est surmontée d'une
allonge en tôle avec une clef munie d'un obturateur pour pouvoir à
volonté régler le tirage.
Mais le gardien a jugé les mèches suffisamment imbibées, et le voilà qui
procède à l'allumage méthodique en les tenant basses d'abord à petite
flamme. Au bout d'un quart-d'heure il les relève un peu au-dessus de la
couronne du bec, redescend la cheminée, ouvre graduellement
l'obturateur, puis, au moyen de la pompe, fait arriver un afflux d'huile
sur les mèches; de cette façon, bien réglée et conduite, la flamme est
régulière, blanche, corsée et bien développée.
[Illustration: Montage de l'appareil d'horlogerie faisant mouvoir le
tambour.]
Puis il a définitivement enlevé les stores de la lanterne. Maintenant le
phare est en pleine activité, la lampe brûle bien, et l'appareil optique
tourne autour d'elle, envoyant sur l'horizon ses faisceaux lumineux qui
apparaissent au marin qui les observe comme une série d'éclats, chaque
fois qu'une lentille passe devant lui, interrompus par une série
d'éclipses dans l'intervalle des passages. La rapidité de rotation du
tambour détermine la durée relative des éclats et des éclipses dans les
phares à feu tournant. Dans les phares à feux fixes, le tambour, par
contre, est immobile et la lentille circulaire.
Nous en avons fini avec la description du phare, il nous faut suivre
encore un instant dans son service l'homme que nous avons vu installer
tout et que nos gravures nous montrent maintenant assis dans le tambour,
au pied même de la lampe, un registre ouvert sur les genoux.
Légèrement vêtu et le col de la chemise entr'ouvert à cause de la
chaleur quelquefois énorme (40° centigrades dans les nuits d'été) qui
règne dans la lanterne, les yeux réglementairement cachés sous des
lunettes aux verres fumés, dits de Londres, pour obvier autant que
possible à l'insupportable intensité de la lumière, il fait son quart de
trois heures, surveillant le feu, la consommation de l'huile, observant
l'horizon, notant le temps qu'il fait, le degré de transparence de
l'air, la brume, les incidents de la mer. Immobile, il veille, dans ce
scintillement qui tourne autour de lui, suffoqué par la chaleur et le
relent âcre des vapeurs de l'huile minérale, au milieu du tic-tac
énervant des appareils d'horlogerie et de l'endormant et sourd
mugissement de la mer qui déferle au pied des rochers, interrompu
seulement de temps en temps par un choc sec contre la vitre produit par
quelque oiseau migrateur attiré dans sa route et qui est venu se heurter
contre l'obstacle qui le fascine.
La France a toujours été à la tête des progrès accomplis depuis un
demi-siècle par la science des phares: en 1791 Teulère et Borda ont
inventé les réflecteurs paraboliques; en 1823, Augustin Fresnel
imaginait les appareils lenticulaires qui illuminent aujourd'hui les
côtes du monde entier. Ces traditions se sont soigneusement conservées,
et l'on retrouve chez le personnel de notre service des phares, depuis
l'ingénieur jusqu'au gardien, cette science d'inventions, ce dévouement
à toute épreuve, cette discipline merveilleuse, enfin, qui sont comme la
caractéristique de notre famille maritime française.
Hacks.