C'est l'anniversaire d'Aurore. Sa soeur vient à bout de lui faire un
bouquet avec trois fleurettes épargnées par la gelée dans la serre
abandonnée. Triste bouquet dans les petites mains roses de Gabrielle!
Elles s'embrassent follement, elles s'aiment, elles ne savent pas qu'on
peut être malheureux. Nos pauvres enfants! nous tâcherons de vivre pour
elles; mais nous ne pourrions plus le leur promettre. Maurice ne veut à
aucun prix s'éloigner du danger. Nous y resterons, lui et moi, car je ne
veux pas le quitter. Je le lui promets pourtant, mais je ne m'en irai
pas. Du moment que cela est décidé avec moi-même, je suis très-calme.
On annonce des victoires sur tous les points. Faut-il encore espérer?
Nous le voulons bien, mon Dieu!
Mercredi 11.
La neige est toujours plus belle. Aurore en est très-frappée et voudrait
se coucher dedans! Elle dit qu'elle irait bien avec les soldats pour
jouir de ce plaisir-là. Comme l'enfance a des idées cruelles sans le
savoir!
Elle entend dire qu'il faudrait cacher ce que l'on a de précieux; elle
passe la journée à cacher ses poupées. Cela devient un jeu qui la
passionne.
Jeudi 12.
A présent ils bombardent réellement Paris. Les bombes y arrivent en
plein.--Des malades, des femmes, des enfants tués.--Deux mille obus dans
la nuit du 9 au 10,--_sans sommation_!
Vendredi 13.
Mauvaises nouvelles de Chanzy. Il a été héroïque et habile, tout
l'affirme; mais il est forcé de battre en retraite.
14.
Un ballon est tombé près de Châteauroux; les aéronautes ont dit que hier
le bombardement s'était ralenti.--Chanzy continue sa retraite.