10 janvier.

C'est l'anniversaire d'Aurore. Sa soeur vient à bout de lui faire un

bouquet avec trois fleurettes épargnées par la gelée dans la serre

abandonnée. Triste bouquet dans les petites mains roses de Gabrielle!

Elles s'embrassent follement, elles s'aiment, elles ne savent pas qu'on

peut être malheureux. Nos pauvres enfants! nous tâcherons de vivre pour

elles; mais nous ne pourrions plus le leur promettre. Maurice ne veut à

aucun prix s'éloigner du danger. Nous y resterons, lui et moi, car je ne

veux pas le quitter. Je le lui promets pourtant, mais je ne m'en irai

pas. Du moment que cela est décidé avec moi-même, je suis très-calme.

On annonce des victoires sur tous les points. Faut-il encore espérer?

Nous le voulons bien, mon Dieu!

Mercredi 11.

La neige est toujours plus belle. Aurore en est très-frappée et voudrait

se coucher dedans! Elle dit qu'elle irait bien avec les soldats pour

jouir de ce plaisir-là. Comme l'enfance a des idées cruelles sans le

savoir!

Elle entend dire qu'il faudrait cacher ce que l'on a de précieux; elle

passe la journée à cacher ses poupées. Cela devient un jeu qui la

passionne.

Jeudi 12.

A présent ils bombardent réellement Paris. Les bombes y arrivent en

plein.--Des malades, des femmes, des enfants tués.--Deux mille obus dans

la nuit du 9 au 10,--_sans sommation_!

Vendredi 13.

Mauvaises nouvelles de Chanzy. Il a été héroïque et habile, tout

l'affirme; mais il est forcé de battre en retraite.

14.

Un ballon est tombé près de Châteauroux; les aéronautes ont dit que hier

le bombardement s'était ralenti.--Chanzy continue sa retraite.

Journal d'un voyageur pendant la guerre · 第 48 / 64 题