6 janvier.

Échec à Bourgtheroulde. C'est près de Jumiéges. Ont-ils ravagé

l'intéressante demeure et le musée de nos amis Cointet? Les barbares

respecteront-ils les ruines historiques?

7.

Depuis douze jours, on bombarde Paris. Le sacrilége s'accomplit. La

barbarie poursuit son oeuvre: jusqu'ici elle est impuissante; mais ils

se rapprocheront du but. Ils sont les plus forts, et la France est

ruinée, pillée, ravagée à la fois par l'ennemi implacable et les _amis_

funestes.

8.

Tempête de neige qui nous force d'allumer à deux heures pour travailler.

Toujours des combats partiels; l'ennemi ne s'étend pas impunément. Les

soldats que les blessures ou les maladies nous ramènent nous disent que

le Prussien _en personne_ n'est pas solide et ne leur cause aucune

crainte. On court sur lui sans armes, il se laisse prendre armé. Ce qui

démoralise nos pauvres hommes, c'est la pluie de projectiles venant de

si loin qu'on ne peut ni l'éviter ni la prévoir. Notre artillerie, à

nous, ne peut atteindre à grande distance et ne peut tenir de près. Il

résulte de tout ce qu'on apprend que la guerre était impossible dès le

début, que depuis tout s'est aggravé effroyablement, et qu'aujourd'hui

le mal est irréparable.--Pauvre France! il faudrait pourtant ouvrir les

yeux et sauver ce qui reste de toi!

Lundi 9.

Neige épaisse, blanche, cristallisée, admirable. Les arbres, les

buissons, les moindres broussailles sont des bouquets de diamants: à un

moment, tout est bleu. Chère nature, tu es belle en vain! Je te regarde

comme te regardent les oiseaux, qui sont tristes parce qu'ils ont froid.

Moi, j'ai encore un bon feu qui m'attend dans ma chambre, mais j'ai

froid dans le coeur pour ceux qui n'ont pas de feu, et, chose bizarre,

mon corps ne se réchauffe pas. Je me brûle les mains en me demandant si

je suis morte, et si l'on peut penser et souffrir étant mort.

Rouen se justifie et donne un démenti formel à ceux qui l'ont accusé de

s'être vendu. J'en étais sûre!

Journal d'un voyageur pendant la guerre · 第 47 / 64 题