Gille regardait le mari de Jacqueline. Il aurait voulu lui poser des
questions décisives, déchiqueter avec lui le secret de sa femme. Mais le
musicien aveugle était immobile, gras, fermé. N’ayant jamais vu
Jacqueline, il semblait ignorer la jalousie, qui surgit à la vue d’un
visage infiniment mobile, ouvert à tout. Il était plongé dans sa
fonction, dans l’infini ruminement de la musique universelle, comme un
bœuf dans la luzerne.
Gille se demanda si ce puissant captif différait de ce qu’il était, de
ce qu’il serait jamais, lui, le jeune homme, aux yeux ouverts. «Il
presse une forme avec des doigts qui la voient mieux que mes yeux. Hors
cela, il rêve d’un cœur invisible pour moi comme pour lui et ce rêve se
perd dans le rêve de son travail, comme un caillou dans une mare. Elle,
avec son sens patient et rude de l’amour, elle dit que c’est bien.»
Gille, à contempler ce spectacle impassible, s’exaspérait d’un reste de
jalousie, qui encore mieux que ses autres raisons fouillait son ancien
amour.
--Jacqueline, lui demanda-t-il, avec une curiosité qui dans des yeux
sans fond, essayait de savoir les rapports oscillants des mondes, qui
avez-vous aimé dans votre vie? Moi je me mets hors de cause. Mais qui,
des quatre que je connais, vous le savez, avez-vous aimé?
--Gille, votre seule excuse pour une question aussi enfantine, serait de
m’aimer encore.
--Non, non, ne blaguez pas. Sans doute, ne vous êtes-vous jamais posé la
question. Mais faites cet effort pour moi, j’ai besoin de savoir.
--Je jouerai peut-être à ce petit jeu-là quand je serai tout à fait
vieille. Mais où voulez-vous en venir? Ah! je vois. Non, tout de même,
je n’entre pas dans vos manèges de coquetterie. Vous savez bien que je
vous ai aimé.
--Je vous en supplie, ne parlez pas de moi. Non qu’il ne s’agisse de mon
sort, mais seulement à travers vous. Je veux savoir si l’on aime une
femme ou un courant d’air.
--Eh bien! je ne sais pas, Gille. Ces choses-là nous dépassent. Tout ce
qu’on peut dire, c’est qu’on a été loyal.
--Eh bien! moi je vais vous dire qui vous avez aimé. Votre premier
amant.
«Ses amants! Hourra! voilà! je ne l’ai pas aimée! J’ai appelé amour, la
jalousie. Je me rongeais le cœur comme le fou qui ne peut supporter de
ne point vivre au temps de Cléopâtre qu’il aime. Le regret du bonheur
qu’elle avait eu alors que j’étais enfant, adolescent, donnait leur sens
soudain aux criailleries de mon berceau, aux lassitudes de ma puberté.
Je m’impatientais de ne pouvoir la joindre dans le temps, je voulais
briser ses heures, les jeter à la refonte. Je soupçonnais dans son passé
des minutes irréductibles.
«C’était autre chose», disait-elle, me dira-t-elle encore. Mais cette
phrase la déchire, je n’ai plus dans les bras qu’une proie déjà rongée.
Peut-elle être plusieurs? Je veux qu’elle ne soit qu’une.
Pourtant je profitais de sa maturité; comment puis-je dire que je jouis
d’elle comme d’un tout en dehors du temps?
Ce mûrissement s’était fait sous l’influence de plusieurs astres, et mon
amour, à certaines heures détendu, faisait une louange et un merci aux
hommes qui l’avaient façonnée et des mains de qui je l’avais reçue.
Il y a eu autre chose que la jalousie. Je l’ai aimée parce qu’elle était
Jacqueline...
... Je me rappelle, je me rappelle. Gille s’entendait chantonner et ce
chantonnement de souvenir était engourdissant. Je me rappelle cette
soirée où Jacqueline et moi nous sommes aimés si fort que nous sentions
que c’était le seul point vraiment vivant de nos années et que tout le
reste tirait sa substance de ce moment-là. C’est pendant la guerre que
nous nous sommes aimés. Et je pourrais faire pleurer tous ceux qui
vivent encore, et qui déjà avaient assez vécu, je n’aurais qu’à
murmurer: «Bienheureux ceux qui se sont aimés dans la flamme et dans la
brièveté de l’heure et qui possédaient l’amour en dehors du temps...
alors l’homme était séparé de la femme comme il convient et la femme
voyait revenir à elle pour une passion de foudre entre l’arrivée et le
départ un mâle bronzé par l’amitié sous les armes... ils avaient
retrouvé la saveur de la chair parce qu’ils avaient rappris la nécessité
du pain et du vin, et la volupté avait retrouvé son frein et son éperon
dans la sueur et les engelures. Nous étions pauvres, nous étions forts.»
Elle était venue me voir sur le front... Jacqueline était comédienne,
depuis qu’elle ne joue plus, on peut dire qu’elle a été la dernière
actrice qui fût une femme, la dernière femme. Elle avait toujours refusé
de paraître devant les soldats parce qu’elle avait deviné ce sens du
théâtre qu’ils avaient découvert, ce sens antique qu’ils avaient exhumé
de cette profondeur du sol où dorment Eschyle et Sophocle. Elle jouait à
l’arrière avec une rage pudique...
Elle vint me voir à B... Elle qui n’avait jamais voulu soigner un
blessé, quand je la vis sauter de son auto de contrebande, elle portait
une petite croix secrète, sur son beau front, entre ses deux yeux gris.
Je la regardais de la fenêtre de l’hôtel. Savez-vous ce que c’est qu’une
femme petite qui, faisant un pas, vous donne toute l’idée de la majesté,
cette majesté qui, je crois, est le bien propre des femmes et qui nous
fait sentir, avec un respect si émouvant, qu’elles détiennent notre vie,
notre sens de la terre, et que sans elles, nos âmes hagardes, d’une
pureté trop glaciale, s’exileraient trop tôt.
Jacqueline était mince et drue comme une fille de quinze ans. On m’a dit
qu’elle était lourde, mais je n’ai jamais vu ces kilos de viande que les
années essayaient de faire peser sur ses reins, je ne lui ai jamais vu
de chair que celle qui convenait strictement à son âme et c’est cette
chair-là qui m’a été donnée.
Jacqueline était vive, presque bruyante. Elle a toujours pu rire à
travers ses larmes. J’ai pu admirer, autant que j’aimais, ce visage
largement construit, solidement équilibré, mais d’où Dieu avait si bien
retiré ses mesures qu’il paraissait fin. La beauté existe, je vous en
assure, elle circule dans les rues. Prenons patience. Elle avait un rire
sonore et sa blancheur vous faisait atteindre à la moelle même de
l’énergie qui fait bondir les mondes. Une peau bien serrée vous persuade
à jamais que sont de lugubres hurleurs ceux qui peuvent croire que la
chair est autre chose qu’une propriété de l’âme. Son âme était nerveuse
et d’un parfum de gibier dans la forêt.
Je serai trop plein d’elle à mon lit de mort, pour faire sentir à un ami
ce qu’elle était.
Nous atteignîmes, une nuit, dans la plus misérable chambre du monde, la
parfaite fusion des larmes, du sang et des étoiles. La guerre jalouse
m’avait relancé jusque dans cette trêve, et sa ronde ronflante au ciel,
au-dessus de notre lit, semblait se résoudre dans le sombre effondrement
d’une bombe, mais reprenait bientôt à travers le réseau craquant des
mitrailleuses, aussi sotte et aussi têtue qu’un moustique.
Jacqueline n’avait pas peur mais elle me cachait dans son sein avec le
mouvement féroce d’une mère. Les femmes ont le courage des animaux.
Nous nous aimions, pendant ces minutes, comme peuvent s’aimer un homme
et une femme; menacés, cernés, perdus. La mort et la volupté montraient
enfin le même visage. L’étreinte de Jacqueline était si irrésistiblement
neuve qu’elle me donnait en même temps le sentiment que cette vie que
nous allions quitter avait eu dans chacune de ses minutes une valeur
absolue et qu’ensemble, ayant sauté le seuil de la mort, nous allions
nous élancer allègrement dans une carrière infinie. Je vois toujours, au
petit jour, sa face sérieuse, ardente et saturée de satisfactions, en
plein sommeil, tandis que je tendais vers mes bottes une main consumée.
... Pourtant ma jalousie, après avoir tâtonné, cherche à se fixer. Chez
cette femme qui semble avoir distribué si également, si bénévolement sa
vie entre trois ou quatre passions, il faut que l’une l’emporte sur les
autres. Il faut choisir entre les histoires qu’elle m’a confiées. Je
n’hésite pas longtemps: mon seul rival, celui que je n’abattrai jamais,
c’est son premier amant.
Je l’avais interrogée sur lui avec ténacité: elle avait senti l’attaque
et commença aussitôt de nous défendre contre ce mélange des mondes. Un
jeune mari, elle l’avait accepté encore endormie, comme font toutes les
femmes--elles nous viennent du royaume du sommeil. Enfants, ils avaient
joué aux fiançailles, il la demandait avec ferveur, elle l’épousa,
croyant lui éviter une peine. Mais il ne lui donna qu’un amour brut,
quand il revenait des matches de tennis où il excellait. Il y avait aux
alentours des hommes plus subtils: alors que les autres hésitaient, il y
en eut un qui se jeta éperdument sur sa piste tiède de très jeune femme.
Elle s’échappa dans un voyage, se sentant suivie. La saison suivante, le
champion qui était allé seul à W... reçut une lettre ardente, atroce.
Par pudeur elle bannissait une fausse pitié. Elle le quittait; elle
avait un amant qu’elle adorait, qui était le premier homme qu’elle
connût.
Pendant deux ou trois mois je me suis épuisé à rapprocher ces deux
ombres dont la complète résurrection m’aurait donné un coup mortel.
Comme ils s’aimaient dans mon cœur! Lui avait assez d’expérience; elle
était intacte, mais préparée par deux ans d’ennui furieux, à recevoir au
delà de limites déjà brisées, le bonheur. Ce bonheur fut infini. Je la
connaissais et je ne doutais pas que l’homme qui l’avait gagnée n’ait dû
lui donner de belles preuves.
«Qu’y avait-il dans cet homme? Qui étais-tu? Mais quelles ignorances
assuraient votre contentement? Comment pouviez-vous vivre sans résoudre
le problème de ma venue?»
* * * * *
Jacqueline, devant l’affirmation de Gille, ferma les yeux, un moment.
--Gille, non, je ne puis pas dire cela. On ne peut pas dire de telles
choses. Il faut se taire. Il ne faut pas écouter sa mémoire.
--Et la loyauté, alors?
--Écoutez, mon petit Gille, j’ai deux fils. Voulez-vous que je préfère
l’un à l’autre?
Gille resta coi. Et il se rappela que ce n’était pas la première fois
que soudain la vie lui fermait le bec. Et comme il n’avait point l’âme
ironique, mais pieuse, il s’inclina. Mais bientôt une antique
démangeaison le reprit. Jacqueline, avec la patience qu’elle lui avait
toujours montrée sur ce terrain-là, et comme armée par de longues
méditations, contre les épouvantes avec lesquelles Gille essayait de la
forcer, répondait comme une sibylle.
--Si j’ai aimé celui dont vous parlez plus que les autres, alors je l’ai
trahi avec eux?
--On ne peut pas trahir le véritable amour de sa vie.
--En effet, je n’ai trahi personne. Les transports que j’ai connus loin
de lui ne lui ont rien repris de ce qu’il m’avait pris. La vie est plus
bienfaisante que vous ne croyez. Elle étend entre les saisons des zones
reposantes de secret et d’oubli. Ce que l’un a eu, je ne l’ai pas donné
à un autre. Et comment aurais-je pu, puisque je n’étais plus la même?
--Alors, je vais devenir fou. Alors la Jacqueline que j’ai tenue dans
mes bras, c’était de l’herbe, de l’eau. Vous êtes tous inhumains.
--Chut!
Gille ne pouvait croire que Jacqueline, comme Dieu, fût une et
plusieurs.
Il grommelait encore:
«L’amour est unique ou n’est pas, c’est ce que je veux dire. J’ai couché
avec quelques douzaines de femmes, avec quelques centaines de putains.
Je distingue bien celles qui aiment, ou qui ont aimé, ou qui en aimeront
un autre et qui ne font que se prêter à moi, même avec un sourire
délicieux.»
Mais il était assez jeune pour se dérober à la lourdeur des lois par un
pétulant mépris.
--Vous ne voulez pas me répondre, tricheuse. Les amoureuses comme vous
sont hypocrites comme les ambitieux.
Et il se rappela leurs moments d’amertume.
«Était-ce vraiment pour moi alors le temps de l’amour?»
Quand nous étions ensemble, elle se plaignait de moi. Elle me disait:
«Tu ne m’aimes pas» ou «Tu ne m’aimes pas assez», ce qui voulait encore
dire «Tu ne m’aimes pas». Alors comment puis-je me vanter aujourd’hui
d’avoir été efficace? Dans ses bras, je détournais la tête pour mieux
penser à elle. J’en viens à me demander si elle fut jamais en chair, si
elle n’était pas déjà, en son temps, qu’une simple pastille sur ma
langue dont j’attendais le prochain rayonnement. Je m’ennuyais, je me
disais: «Patience! Bientôt je ne serai plus avec elle, je pourrai enfin
jouir d’elle.»
Je n’ai pas aimé Jacqueline. Mon âme est encore intacte. Elle s’en tire
toujours, mon âme. Sa présence me gênait. Ce n’est pas qu’alors j’étais
corrompu comme je l’ai été avant elle et après elle; je ne lui préférais
pas un dieu invisible ou des idoles de peau. Mais, venant d’apercevoir
l’amour, ce premier pas m’était une suggestion infinie, dont je voulais
me repaître longtemps. C’était une amoureuse; elle demandait que nous
nous aimions toute la journée. Mais que faire, toute la journée, avec
une femme quand je découvrais mille mondes? Je l’écartais brutalement.
Je me rappelle que je me servais toujours du même prétexte pour lui
faire sentir mon indépendance. Je lui disais que j’aimais l’argent et
que je le croyais plus fort que l’amour et que ce symbole me disait plus
que les signes qu’elle me laissait lire dans son cœur. C’était ma façon
selon le goût du siècle d’interpréter cette distraction irrémédiable qui
un jour m’entraînera loin des femmes, vers Dieu, et qui bientôt m’aida à
la quitter et me ramena à la guerre. Cette avarice prétendue servait de
thème illusoire à nos discussions. Elle n’avait rien compris à ces
forfanteries, et quand elle avait reconnu que je ne lâcherai pas cette
fantaisie sordide, elle m’en avait voulu dorénavant.
Tandis que le monde s’engouffrait confusément dans son cœur selon un
rythme de spasme: «Moi, m’écriais-je, il faut que dans le torrent je
reconnaisse toutes les images: arbres tournoyants, maisons des riches
fendues par le milieu, femmes folles renversées dans le linge. Pour
faire briller tout cela, il faut que ce soit frotté de poudre d’or. Et
puis je suis paresseux, j’aime violemment ma paresse.»
Elle souffrait de ne pouvoir me suivre, elle ne voulait pas lâcher d’une
semelle un amant. Car elle savait qu’un homme ne peut continuer d’aimer
une femme que s’il peut feindre de la mêler à tout ce dont il s’occupe
hors d’elle. Alors seulement, quand elle est l’habitude qui double tous
ses gestes, il croit qu’il ne peut s’en passer. Et pour les oisifs ceci
est encore vrai. Mais il faudrait dire pour ceux-ci les prodiges qu’ils
font pour remplacer par des simulacres le travail, seule réalité
masculine. Moi j’étais le plus oisif des oisifs, je n’avais pas l’ombre
de souci par quoi je puisse accrocher et emmêler sa vie à la mienne, ne
sachant alors, pendant ce long congé de convalescence, que fumer, boire,
dormir, m’étonner de la vie et toujours revenir à la mort par les
allusions les plus désobligeantes pour mon amie.
Du reste, elle n’avait connu que des hommes faibles qui s’oubliaient
facilement, qui l’aimaient de toute la force de leurs déceptions, qui
cherchaient dans la profondeur de son lit l’illusion de la création.
Somme toute, son sexe était fou et fomentait la plus éhontée des
simulations chez la femme: la dévotion à l’intelligence de l’homme,
faire l’amour et faire semblant de couver les idées de l’amant.
Pourtant Jacqueline avait eu deux fils. Mais si elle s’était volontiers
laissé faire des enfants, elle avait négligé de les élever, elle les
avait confiés à sa mère.
Alors quoi? Gille se rappelait ces heures de vaine agitation. Cette
femme qui s’acharnait au tête-à-tête avec l’homme pour feindre une
collaboration impossible, elle était donc pareille à Finette, à tous les
hôtes de Finette, elle ne savait pas son métier plus qu’eux, le seul que
la nature lui permettait de réussir: l’œuvre de chair, mais dans son
intégrité: faire, élever des enfants. Si un seul des arts de la vie
s’abîme, tous les autres vont se gâter. Voilà que Gille voyait la vie
mal tourner chez Jacqueline même.
Après avoir revu Jacqueline quelquefois, Gille eut le sentiment
qu’inexorable s’accomplissait ce qu’il avait souhaité: se persuader
qu’il n’avait pas aimé Jacqueline. Et il y avait eu deux ou trois femmes
devant qui, pendant huit jours, quinze jours, il s’était cru visité par
l’ange du seigneur. Mais alors si son âme était capable de ces faux pas,
de ces chutes, ne devait-il pas en venir à l’idée que cette âme était
susceptible d’un développement? Elle participait aux rythmes de cette
planète, aux saisons, aux métamorphoses. Son âme grandissait.
Mais Gille s’épouvantait de cette perspective au bout de laquelle il se
voyait rouler pêle-mêle avec Luc. Cet homme de vingt-sept ans avait
encore des raideurs d’adolescent; il oscillait entre les extrêmes que
seuls il pouvait concevoir.
Que Jacqueline ne fût qu’une femme parmi les femmes, de sentir cette
fatalité au fond de son âme l’effarouchait encore, dans le même temps
qu’il sentait poindre une joie terrible, une liberté atroce, comme un
bon jeune homme parti pour les îles afin de mériter sa mie et qui
revient négrier, tatoué jusqu’au cœur. Il songeait à la nouvelle proie
qu’il convoiterait demain.
Mais il persistait à penser que tout cela était contraire au vœu de
toute sa force. Il craignait de retrouver la facilité dont il ne voulait
pas. «O mes sœurs, ne vous approchez pas de moi: je ne serai donc pour
vous qu’un leurre? ô mes frères, tôt ou tard, je vous prendrai votre
bien. Et pour moi? pour moi? jamais rien de sûr? Éternelle jalousie,
tourment aux mille noms.»
Il était têtu. Une prière s’était depuis longtemps déposée dans son
cœur, qu’il répétait encore: «Je me maintiendrai debout, je résisterai
aux saisons. Je ne serai pas inhumain: on verra une femme droite entre
mes bras, de façon à ce qu’éclate dans l’univers qu’il est quelque chose
de réel dans l’homme qui ne sort pas que du ciel, mais aussi de cette
terre que Dieu lui a donnée.»