_Je veux que mon corps soit déposé dans un mausolée au-dessus

de terre, qui sera érigé à Genève, dans une position proéminente

et digne._

_Le monument sera surmonté par ma statue équestre, et entouré par

celles de mes père et grand-père de glorieuse mémoire, d'après le

dessin attaché à ce testament, en imitation de celui des

Scaligeri, à Vérone. Mes exécuteurs testamentaires feront

construire le dit monument, ad libitum des millions de ma

succession, et en bronze et marbre, par les artistes les plus

renommés._

_Je déclare laisser et léguer ma fortune entière sans exception,

et particulièrement, cette partie importante d'icelle, qui m'a

été prise de vive force et retenue depuis 1866, avec tous les

intérêts, dans mon duché de Blankenbourg, à la ville de Genève, à

la charge pour elle, de payer le legs d'un million que je fais à

M. Smithson, mon grand-trésorier, qui m'a toujours, bien et

fidèlement servi. Si on ne lit pas bien, parce que j'ai récrit la

somme, c'est un million que je lui donne._

_Je fais la condition que mes exécuteurs testamentaires

n'entreront dans aucune espèce de transaction avec mes parents

dénaturés, le prince Wilhelm de Blankenbourg, l'ex-roi de

Hanovre, le duc de Cumberland, son fils, le duc de Modène, ou qui

que ce soit de ma prétendue famille._

_Je veux que, après ma mort bien constatée, mes exécuteurs,

parmi lesquels je nomme M. Smithson, (et les autres seront

désignés par la ville) fassent examiner mon corps par cinq

médecins et chirurgiens, pour s'assurer si je n'ai pas été

empoisonné, et faire un rapport exact, écrit et signé par eux, de

la cause de ma mort._

_Lequel présent testament, écrit entièrement par moi, j'ai signé

de ma main, aux dits lieu, an, mois et jour que dessus._

CHARLES D'ESTE, DUC DE BLANKENBOURG.

L'ouverture du corps fut faite à Genève, selon le testament du Duc, en

présence de M. Smithson; et toutes les parties s'en trouvèrent si

malsaines et gâtées, que les physiologistes s'étonnèrent que Charles

d'Este eut vécu jusque-là. Le cerveau pesé, était plus lourd que celui

du commun des hommes, la capacité de l'estomac grande, le foie et les

poumons engorgés. Une urne, où l'on avait placé les entrailles mal

embaumées, qui fermentèrent, éclata avec une odeur intolérable,

pendant la cérémonie des funérailles, et causa une grande frayeur,

parmi les assistants.

1877-1882.

FIN

Imprimerie Générale de Châtillon-sur-Seine.--A. Pichat.

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Le Crépuscule des Dieux · 第 19 / 19 段