L'hiver est la saison où les chats deviennent plus particulièrement
des hôtes du foyer, des compagnons de tous les instants au coin du
feu, partageant avec nous, devant les flammes qui dansent, les vagues
mélancolies des crépuscules et les insondables rêves.
C'est aussi, chacun sait cela, l'époque où ils sont en beauté, en
grand luxe de poils, toute fourrure dehors. Moumoutte Chinoise, dès
les premiers froids, n'avait déjà plus de trous à sa robe, et
Moumoutte Blanche avait arboré une imposante cravate, un boa d'un
blanc de neige, qui encadrait son minois comme une fraise à la
Médicis. Leur tendresse s'augmentait du plaisir qu'elles éprouvaient à
se réchauffer mutuellement; près des cheminées, sur les coussins, sur
les fauteuils, elles dormaient des jours entiers dans les bras l'une
de l'autre, roulées en une seule boule où ne se distinguait plus ni
tête ni queue.
C'était surtout Moumoutte Chinoise qui ne se trouvait jamais assez
près. Au retour de quelque course en plein air, si elle apercevait son
amie Blanche endormie devant le feu, tout doucement, tout doucement
elle s'approchait, avec des ruses comme pour surprendre une souris;
l'autre, toujours fantasque, nerveuse, agacée d'être dérangée,
quelquefois lançait un léger coup de patte, une gifle... Elle ne
ripostait pas, la Chinoise, mais levait seulement sa petite main, en
geste de menace pour rire, puis me disait, du coin de l'oeil:
«Crois-tu au moins qu'elle a un caractère difficile! Mais je ne prends
pas ça au sérieux, tu penses bien!» Avec un redoublement de
précautions, elle en venait toujours à ses fins, qui étaient de se
coucher complètement sur l'autre, la tête enfouie dans sa belle
fourrure de neige,--et, avant de s'endormir, elle me disait encore,
d'un demi-regard à peine ouvert: «C'était ce que je voulais!... J'y
suis!...»