(_Pour mon fils Samuel quand il saura lire._)
I
J'ai vu souvent, avec une sorte d'inquiétude infiniment triste, l'âme
des bêtes m'apparaître au fond de leurs yeux;--l'âme d'un chat, l'âme
d'un chien, l'âme d'un singe, aussi douloureuse pour un instant qu'une
âme humaine, se révéler tout à coup dans un regard et chercher mon âme
à moi, avec tendresse, supplication ou terreur... Et j'ai peut-être eu
plus de pitié encore pour ces âmes des bêtes que pour celles de mes
frères, parce qu'elles sont sans parole et incapables de sortir de
leur demi-nuit, surtout parce qu'elles sont plus humbles et plus
dédaignées.