Nous savons peu de chose de la musique de l'antiquité; nous savons un
peu plus, mais pas beaucoup plus, de la peinture: le vent emporte le
son, la poussière ronge la toile, la fresque périt avec l'édifice. La
sculpture seule subsiste éternellement, parce que le marbre et le
bronze sont éternels; les vestiges de la sculpture antique que nous
possédons ou que nous retrouvons tous les jours dans les deux patries
du beau, l'Asie et la Grèce, sont des exemplaires de perfection devant
lesquels pâlit l'art moderne. L'oeil et l'esprit s'abîment
d'admiration à la vue de ces marbres; un groupe de Phidias détaché des
bas-reliefs du Parthénon d'Athènes et transporté dans les musées de
Londres par lord _Elgin_, ce missionnaire de l'art indignement
calomnié, fait mesurer à l'esprit des distances incalculables entre la
perfection de l'antiquité et la décadence des modernes.
Michel-Ange seul, par les gigantesques créations de son ciseau,
proteste contre cette décadence; mais Michel-Ange n'est qu'un prodige
de la nature, il n'est pas une école. Depuis Jean Goujon en France et
Canova en Italie, nous sommes à cet égard dans ce qu'on appelle une
renaissance de la sculpture. David, qui vient de mourir, génie plus
romain que grec, n'a pas emporté son marteau; de jeunes émules rêvent
le beau moderne sur sa tombe, et le rêve dans l'art précède toujours
le réveil. Nous allons en parler bientôt à l'occasion de la
littérature en marbre, la sculpture.