VIII

Nous savons peu de chose de la musique de l'antiquité; nous savons un

peu plus, mais pas beaucoup plus, de la peinture: le vent emporte le

son, la poussière ronge la toile, la fresque périt avec l'édifice. La

sculpture seule subsiste éternellement, parce que le marbre et le

bronze sont éternels; les vestiges de la sculpture antique que nous

possédons ou que nous retrouvons tous les jours dans les deux patries

du beau, l'Asie et la Grèce, sont des exemplaires de perfection devant

lesquels pâlit l'art moderne. L'oeil et l'esprit s'abîment

d'admiration à la vue de ces marbres; un groupe de Phidias détaché des

bas-reliefs du Parthénon d'Athènes et transporté dans les musées de

Londres par lord _Elgin_, ce missionnaire de l'art indignement

calomnié, fait mesurer à l'esprit des distances incalculables entre la

perfection de l'antiquité et la décadence des modernes.

Michel-Ange seul, par les gigantesques créations de son ciseau,

proteste contre cette décadence; mais Michel-Ange n'est qu'un prodige

de la nature, il n'est pas une école. Depuis Jean Goujon en France et

Canova en Italie, nous sommes à cet égard dans ce qu'on appelle une

renaissance de la sculpture. David, qui vient de mourir, génie plus

romain que grec, n'a pas emporté son marteau; de jeunes émules rêvent

le beau moderne sur sa tombe, et le rêve dans l'art précède toujours

le réveil. Nous allons en parler bientôt à l'occasion de la

littérature en marbre, la sculpture.

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 169 / 196 题