LAMARTINE.

Paris, 12 novembre 1858.

_P. S._ Il importe de prévenir ici le public contre la résolution

qu'on m'attribue d'abandonner mes biens à mes créanciers et de quitter

immédiatement la France. Cette heure n'est pas venue.

Vendre soi-même ses mobiliers les plus chers pour rembourser aux

échéances les capitaux et les intérêts dont on est redevable, ce n'est

pas là abandonner ses biens à ses créanciers. Abandonner ses biens à

ses créanciers, c'est le _sauve qui peut_ du désespoir et quelquefois

de l'improbité; c'est jeter à ceux à qui l'on doit le gage peut-être

insuffisant de ses immeubles au soleil; c'est charger ses créanciers

d'une liquidation à tous risques, et souvent à mauvais risques pour

eux. Ce n'est pas là payer ses dettes; je veux payer les miennes.

Loin de moi donc cette pensée d'une cession de biens et d'une évasion

de ma patrie. Je travaille, je veux travailler. Je cherche à vendre,

et j'y parviendrai avec un peu de temps. Que mes créanciers se

rassurent, et que mes amis connus ou inconnus me secondent. Je ne

désespère pas de moi-même: la patience active use la plus mauvaise

fortune et les plus tristes jours ont des lendemains.

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 148 / 196 题