L'ordre, selon la politique de la Chine, étant la première nécessité
comme le premier objet de la société, passe avant la liberté.
La raison de Confucius est celle-ci: La liberté n'est que le bien de
l'individu; l'ordre est le bien de tous. (Dirions-nous mieux
aujourd'hui?)
Mais Confucius concilie dans une mesure très-équitable les nécessités
de l'ordre avec la dignité de la liberté.
Écoutons Confucius sur cette partie de sa politique:
«Avoir plus d'humanité que ses semblables, c'est être plus homme
qu'eux; c'est mériter de leur commander. L'humanité est donc le
fondement de tout.»
Aimer l'homme, c'est avoir de l'humanité. Il faut s'aimer soi-même; il
faut aimer les autres. Dans cet amour que l'on doit avoir pour soi et
pour les autres il y a nécessairement une mesure, une différence, une
proportion qui assigne à chacun ce qui lui est légitimement dû; et
cette règle, cette différence, cette mesure, c'est la justice.
L'humanité et la justice ne sont point arbitraires; elles sont ce
qu'elles sont, indépendamment de notre volonté; Dieu les a faites, non
l'homme; mais, pour pouvoir les mettre en pratique et pour en faire
une juste application, il faut qu'il y ait des lois établies, des
usages consacrés, des cérémonies déterminées. L'observation de ces
lois, la conformité à ces usages, la pratique de ces cérémonies, font
la troisième de ces vertus capitales, celle qui assigne à chacun ses
devoirs particuliers, c'est-à-dire l'ordre.
Pour remplir exactement tous ses devoirs sans troubler l'économie de
l'ordre, il faut savoir connaître, il faut savoir distinguer, il faut
appliquer à propos cette connaissance sûre, ce sage discernement, cet
équilibre d'ordre, d'autorité, d'obéissance, de liberté!
(Et l'on appelle barbarie la civilisation basée sur de si sublimes
axiomes!..... Ô ignorance et préjugé des races les unes contre les
autres!)
Les relations entre les hommes de différents âges et de différentes
dignités dans la société constituée ne furent pas pour Confucius
l'objet de préceptes moins attentifs et moins humains.
«Vous avez tort, dit à son fils Confucius, de ne pas vous appliquer à
l'étude essentielle des cérémonies. L'homme qui vit en société a des
devoirs à remplir envers tout le monde; il doit rendre à chacun ce qui
lui est dû. Dieu, les génies, les ancêtres ne doivent pas être honorés
d'une même façon; il en est ainsi par rapport aux hommes avec qui l'on
vit; on ne doit pas rendre les mêmes honneurs aux citoyens investis de
différentes dignités. L'étude des cérémonies nous apprend comment on
doit s'acquitter envers le ciel, les esprits et les ancêtres; elle
nous enseigne à ne pas confondre les rangs.
«Ce sont les lois extérieures, expression des lois morales et
politiques, qui doivent porter l'ordre et la hiérarchie graduée des
fonctions dans la société[2].»
[Note 2: Traduction du P. Amyot dans les Mémoires concernant
les Chinois.]