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La mort de sa mère, sa divinité visible sur la terre, le surprit au

milieu de ses travaux et de ses succès. Selon l'usage du pays à cette

époque, il se démit de toutes ses dignités pour revêtir un deuil

extérieur moins lugubre encore que celui de son âme. Il s'enferma

pendant trois ans dans l'intérieur de sa maison pour pleurer sa mère;

il transporta ensuite ces restes vénérés dans le sépulcre de son père

sur une haute montagne; il enseigna par cet exemple, autant que par

ses écrits à ses disciples, que la piété filiale, source de tous les

devoirs pendant la vie des parents, était encore la source des

bénédictions du ciel et des vertus sociales après leur mort. Il fit

ainsi des cérémonies funèbres envers les ancêtres une partie

fondamentale de la religion et de la société. En cela, comme en toute

autre chose, il n'innovait pas; il ne faisait que rappeler plus

strictement et plus éloquemment ses compatriotes à la pure et antique

doctrine des _Kings_ ou livres sacrés, qu'il s'occupait déjà à exhumer

et à commenter pour la Chine.

Ses historiens racontent que ces trois années de deuil et de réclusion

absolus dans sa maison furent pour lui un noviciat sévère et actif,

pendant lequel, à l'exemple de tous les grands législateurs qui se

retirent avant leur mission sur les hauts lieux ou dans le désert, il

s'entretint avec ses pensées, et fit faire silence à ses sens et au

monde.

Son seul délassement, disent-ils, était son instrument de musique, sur

lequel il s'exerçait quelquefois pour exhaler ses lamentations ou ses

invocations à l'âme de sa mère. Cet instrument, appelé le _kin_, est

une espèce de lyre à cordes de soie qui rend des sons d'une extrême

ténuité et d'une grande douceur, pareils à ceux du vent dans les brins

d'herbe.

«Le dernier jour de son deuil accompli,» écrit le père Amyot, qui

traduit les chroniques du temps, «il chercha à se distraire

entièrement en essayant de jouer quelques airs qu'il avait composés

sur son _kin_.

«Il n'en tira pour cette première fois que des sons plaintifs et

tendres, qui exprimaient la douce langueur d'une âme dont l'affliction

n'est pas encore dissipée entièrement. Il persista dans ce même état

l'espace de cinq nouveaux jours, après lesquels, faisant réflexion que

puisqu'il avait rempli avec la dernière exactitude tout ce que les

anciens pratiquaient en pareille occasion, il était temps qu'il se

rendît enfin à la société, et qu'il serait coupable envers elle s'il

continuait à écouter sa douleur, préférablement à ce que lui suggérait

la raison d'accord avec le devoir. Il fit un dernier effort pour

rappeler ce qu'il avait jamais eu de cet enjouement grave, qui, loin

de déparer la sagesse, lui sert comme d'ornement pour la faire

admirer. Il accorda son kin, et le pinçant de manière à en tirer des

sons mieux nourris et plus vigoureux que de coutume, il modula

indifféremment sur tous les tons; il chanta même à pleine voix, et

accompagna ses chants de son instrument; dès lors sa porte ne fut plus

fermée à personne, mais on le sollicita en vain de reprendre ses

fonctions publiques. Il préféra à tout l'étude et l'enseignement de la

sagesse, dont il s'était enivré jusqu'à l'extase pendant ce

recueillement de trois ans. «Il y aura toujours assez d'hommes enclins

à gouverner les autres hommes, leur répondait-il, il n'y en aura

jamais assez pour leur enseigner les règles morales de la vie privée

et de la vie publique.»

Sa réputation de science et de sagesse groupa bientôt autour de lui un

petit nombre de ces hommes de bonne volonté qui ont un goût naturel

pour la supériorité de l'esprit ou de l'âme et que la Providence

semble appeler spécialement dans tous les pays et dans tous les temps

à faire écho et cortége aux grandes intelligences. Ces disciples

volontaires et dévoués furent tout l'empire de Confucius. Comme ils

étaient eux-mêmes les plus purs et les plus estimés des jeunes gens

du royaume, l'opinion publique conçut un grand respect pour l'homme

que de tels hommes reconnaissaient comme leur maître. C'est ainsi que

Pythagore, Zoroastre, Socrate, Platon, avant d'avoir une doctrine

publique, eurent un auditoire de disciples bien-aimés qui répercutait

leur parole à l'univers.

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 130 / 196 题