I
Les circonstances aujourd'hui nous commandent le sujet. Nous avions
préparé depuis longtemps ces entretiens littéraires sur la Chine;
comme tous ceux qui l'ont profondément étudiée, nous l'admirons.
Quittons donc un moment l'Europe et les Indes, terres de
l'imagination, traversons le Thibet qui sépare d'une muraille presque
perpendiculaire de glace les deux plus vastes empires du monde, et
jetons un regard profond sur la Chine, ce pays de la raison par
excellence.
La littérature en Chine est presque entièrement politique et
législative.
Après la religion et la philosophie, la politique est la plus haute
application de la littérature aux choses humaines. C'est donc là
surtout qu'il faut étudier la littérature politique. Cette étude nous
conduira aux plus hautes théories du gouvernement des sociétés. Il y a
loin de là, sans doute, aux futiles questions d'art, de langue, de
prose ou de vers; mais l'art, la langue, la prose ou les vers ne sont
que les formes des idées; c'est le fond qu'il faut d'abord considérer,
si nous voulons que ce cours de littérature universelle soit en même
temps un cours de pensée et de raison publique.
Nous allons dire ici toute notre pensée sur la politique; on va voir
que cette pensée n'est pas plus anarchique que celle de Montesquieu,
et beaucoup moins chimérique que celle de Fénelon. Laissons l'utopie
aux vers: la prose est la langue de vérité.