J'étais déjà dans cette disposition pour ainsi dire innée pour le
poëte David, il y a quelques années, quand je visitai la patrie, la
demeure et le tombeau de ce grand lyrique. J'aime à me retracer encore
aujourd'hui la mémoire des sites et des impressions que j'y recevais
des lieux, des noms et des chants sacrés. Je les retrouve dans mes
notes écrites sur la selle de mon chameau qui me servait d'oreiller et
de table.
La peste sévissait dans Jérusalem; nous restâmes assis tout le jour en
face des portes principales de la cité sainte; nous fîmes le tour des
murs en passant devant toutes les autres portes de la ville. Personne
n'entrait, personne ne sortait; le mendiant même n'était pas assis
contre les bornes, la sentinelle ne se montrait pas sur le seuil; nous
ne vîmes rien, nous n'entendîmes rien: le même vide, le même silence à
l'entrée d'une ville de trente mille âmes, pendant les douze heures du
jour, que si nous eussions passé devant les portes mortes de Pompéi
ou d'Herculanum! Nous ne vîmes que quatre convois funèbres sortir en
silence de la porte de Damas et s'acheminer le long des murs vers les
cimetières turcs; et près de la porte de Sion, lorsque nous y
passâmes, qu'un pauvre chrétien mort de la peste le matin, et que
quatre fossoyeurs emportaient au cimetière des Grecs. Ils passèrent
près de nous, étendirent le corps du pestiféré, enveloppé de ses
habits, sur la terre, et se mirent à creuser en silence son dernier
lit, sous les pieds de nos chevaux.
La terre autour de la ville était fraîchement remuée par de semblables
sépultures que la peste multipliait chaque jour. Le seul bruit
sensible, hors des murailles de Jérusalem, était la complainte
monotone des femmes turques qui pleuraient leurs morts. Je ne sais si
la peste était la seule cause de la nudité des chemins et du silence
profond autour de Jérusalem et dedans; je ne le crois pas, car les
Turcs et les Arabes ne se détournent pas des fléaux de Dieu,
convaincus que sa main peut les atteindre partout et qu'aucune route
ne lui échappe.--Sublime raison de leur part, mais qui les mène par
l'exagération à de funestes conséquences!