XXIII

J'étais déjà dans cette disposition pour ainsi dire innée pour le

poëte David, il y a quelques années, quand je visitai la patrie, la

demeure et le tombeau de ce grand lyrique. J'aime à me retracer encore

aujourd'hui la mémoire des sites et des impressions que j'y recevais

des lieux, des noms et des chants sacrés. Je les retrouve dans mes

notes écrites sur la selle de mon chameau qui me servait d'oreiller et

de table.

La peste sévissait dans Jérusalem; nous restâmes assis tout le jour en

face des portes principales de la cité sainte; nous fîmes le tour des

murs en passant devant toutes les autres portes de la ville. Personne

n'entrait, personne ne sortait; le mendiant même n'était pas assis

contre les bornes, la sentinelle ne se montrait pas sur le seuil; nous

ne vîmes rien, nous n'entendîmes rien: le même vide, le même silence à

l'entrée d'une ville de trente mille âmes, pendant les douze heures du

jour, que si nous eussions passé devant les portes mortes de Pompéi

ou d'Herculanum! Nous ne vîmes que quatre convois funèbres sortir en

silence de la porte de Damas et s'acheminer le long des murs vers les

cimetières turcs; et près de la porte de Sion, lorsque nous y

passâmes, qu'un pauvre chrétien mort de la peste le matin, et que

quatre fossoyeurs emportaient au cimetière des Grecs. Ils passèrent

près de nous, étendirent le corps du pestiféré, enveloppé de ses

habits, sur la terre, et se mirent à creuser en silence son dernier

lit, sous les pieds de nos chevaux.

La terre autour de la ville était fraîchement remuée par de semblables

sépultures que la peste multipliait chaque jour. Le seul bruit

sensible, hors des murailles de Jérusalem, était la complainte

monotone des femmes turques qui pleuraient leurs morts. Je ne sais si

la peste était la seule cause de la nudité des chemins et du silence

profond autour de Jérusalem et dedans; je ne le crois pas, car les

Turcs et les Arabes ne se détournent pas des fléaux de Dieu,

convaincus que sa main peut les atteindre partout et qu'aucune route

ne lui échappe.--Sublime raison de leur part, mais qui les mène par

l'exagération à de funestes conséquences!

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 103 / 196 题