Le quatrième livre commence par une ode imitée de Moïse, qui semble
récapituler toute la sagesse des ancêtres et toutes les vanités de la
vie humaine en dehors de Dieu.
«Avant que les montagnes fussent nées, avant que les cieux et la terre
fussent éclos de l'éternité jusqu'à l'éternité, tu es Dieu!
«Tu pulvérises l'homme et tu lui dis: Renais;
«Car mille ans à tes yeux sont comme le jour d'hier qui a été et comme
une faction montée dans la nuit!
«Tu répands l'humanité comme l'eau; ils sont, les hommes, comme un
sommeil, comme une herbe née du matin!
«À l'aurore elle fleurit et passe, le soir elle est desséchée et
morte!
«Le nombre de nos années est de soixante-dix ans à quatre-vingts ans
pour les plus robustes; puis le fil de nos jours est coupé en un clin
d'oeil, et nous ne sommes plus!
«Enseigne-nous à compter ces jours, afin que nous leur fassions
rapporter les fruits de la sagesse!
«Que tes oeuvres me réjouissent à contempler, ô mon Dieu! Que j'aime à
les chanter, soit sur l'instrument à dix cordes, soit sur le _nébel_,
soit dans des hymnes méditées sur la harpe!
«Le juste fleurit comme le palmier; il monte comme le cèdre, il
fructifie encore dans sa vieillesse!»
L'évidence de la Providence lui est révélée ailleurs dans deux versets
aussi saillants d'expression qu'irréfutables de pensée.
«Celui qui a _planté_ l'oreille n'entendra-t-il pas? et celui qui a
aplani l'oeil ne verra-t-il pas?»
Il chante jusqu'à sa politique dans la cinquante et unième ode; il
chante jusqu'à son agonie dans la suivante.
«Mes jours s'évaporent comme une fumée; mes os sont consumés comme un
tison au feu.
«À force de gémir ma chair s'attache à mes os.
«Je ressemble au pélican du désert; je suis devenu comme le hibou
habitant des ruines.
«Je veille et je deviens comme le passereau solitaire sur le toit!
«Mon âme est collée à la poussière. Ranime-la, selon ta promesse!
«Constamment, Seigneur, je porte ma vie dans ma main, et je te
l'offre!
«Je lève mes yeux vers les montagnes d'où me viendra ton secours!
«De même que les yeux de l'esclave sont fixés sur les mains de son
maître, de même que les yeux de la servante sont attachés aux mains de
sa maîtresse, de même, ô Jéhovah! mes yeux sur mon Dieu!...
«Ramène, ô Jéhovah! nos captifs comme l'eau des torrents sur une terre
nue!
«Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans la joie.
«Il s'en allait devant lui et pleurait en marchant, celui qui portait
le sac des semailles; il revient joyeux et chargé de gerbes!
«Mon âme t'attend, mon Dieu, plus impatiemment que les gardes de nuit,
aux portes de la ville, n'attendent le matin!
«J'ai apaisé _devant toi_ et assoupi mon âme comme un enfant sevré qui
est sur les bras de sa mère; comme un enfant sevré mon âme est
assoupie de confiance en moi!»
Où trouver sur la lyre antique des notes de flûte semblables à celle
de ce berger?