XVIII

Le problème de la félicité des méchants, qui agitait Job jusqu'à la

sueur de son front, agite David à son tour; il l'exprime dans une ode

égale en doute à celle du patriarche de Hus.

«Ils ne partagent pas les misères de nous autres mortels: l'orgueil

est le collier qui relève leur tête; la violence est leur vêtement.

«À force de graisse leurs yeux sortent de leurs orbites; leurs désirs

satisfaits débordent. Ils boivent à longs traits les eaux d'iniquité,

et ils disent: Comment Dieu le saura-t-il?

«Et moi, c'est donc en vain que j'ai purifié mon coeur?

«Tes ennemis élèvent leur drapeau contre tes propres drapeaux pour

qu'on les aperçoive de loin, comme le bûcheron qui élève la cognée

au-dessus de sa tête dans une épaisse forêt.

«N'abandonne pas au serpent l'âme de la tourterelle, Seigneur!

«Je dis aux superbes: N'élevez pas si haut votre front; car ce n'est

ni de l'orient, ni de l'occident, ni du septentrion, ni du désert que

vient la fortune. Dieu seul est roi!

«Je me console en pensant aux jours d'autrefois, aux années du temps

qui a coulé!

«Je me souviens de mes chants pendant la nuit, et je retourne mon

coeur pour méditer dans mon esprit!»

Il se rappelle le passage de la mer Rouge.

«Les eaux t'ont vu, Seigneur! les eaux t'ont vu et elles ont

bouillonné d'effroi! Les abîmes ont remué!

«Tu passas à travers la mort, et on ne revit pas même l'empreinte de

tes pas.»

Tout à coup, dans une série de cantiques, il chante en hymne l'épopée

du peuple de Dieu. Depuis Moïse jusqu'à lui, il recompose toutes les

destinées de sa race. Chaque récit est un prodige, et chaque prodige

fait éclater sur sa harpe un cri de bénédiction. C'est le poëme

national d'un peuple exclusivement théocratique, chanté aux pieds de

ses autels par un pontife-roi.

L'épopée finit par ses propres aventures:

«Il fit choix de David, son esclave, et il le tira d'un parc de

brebis!»

Cette revue lyrique des temps écoulés et des prodiges accomplis le

rend plus pieux et plus poëte.

«Moi,» dit-il, «mon âme languit après tes parvis! Mon coeur et ma

chair te chantent, ô Dieu vivant!

«Le passereau trouve sa demeure, l'hirondelle un nid pour ses petits,

tes autels à moi! Heureux ceux qui habitent ta demeure!

«Un jour à l'ombre de ton temple vaut mieux que mille dans les tentes

des pervers.

«Ou poëte, ou joueur de flûte, toutes mes pensées sont à toi!»

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 84 / 196 题